Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 14

FEVRIER 1981

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

DE MOIS EN MOIS
ORTHODOXIE ET EXCLUSIVITÉ DE LA RÉVÉLATION DIVINE
UNE PROPHÉTIE PAR LÉON LE SAGE
LA LUMIERE
LE SALUT
PROFESSION DE FOI DE SAINT NICODÈME L'HAGIORITE
NOTRE PAIN
L'AME APRES LA MORT
DE LA VIE DE SAINT DANIEL LE STYLITE
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

DE MOIS EN MOIS

Ma mission en Argentine s'est terminée, tant bien que mal. J'en ai aussi profité pour visiter quelques-uns de nos fidèles en France.

Je termine à la hâte ce bulletin, qui est en retard, mais qui, heureusement, avait été préparé avant le voyage.

Notre mission en Amérique du Nord se développe. Le père Jean Lewis a été nommé exarque pour l'Amérique, puis élevé à l'higouménat. Un troisième prêtre, le père Paul, hiéromoine d'origine portugaise, a rejoint notre Synode et collabore avec les pères Jean et Marc pour l'Église en Amérique. Espérons qu'ils prendront aussi en charge la paroisse de Buenos Aires.

Que ces saints jours du Grand Carême qui débute vous rapprochent de l'amour du Père, qui ne désire que notre salut.

Bien à vous,
Hm. Cassien

ORTHODOXIE ET EXCLUSIVITÉ DE LA RÉVÉLATION DIVINE

La véritable connaissance est basée sur une communion réelle avec Dieu. En dehors de cette communion avec Dieu, toute connaissance est nulle et fausse. Toute connaissance qui est basée sur un domaine étranger à la communion avec Dieu, nous l'appelons «gnosticisme» : il s'agit d'une initiation à une certaine théorie, à une certaine doctrine ; quant à ceux qui sont initiés à cette théorie, à cette doctrine, nous leur donnons le nom de «gnostiques», ces deux termes venant tous deux du mot «gnose», qui signiÞe «connaissance».

Tandis que dans la conception orthodoxe, nous n'admettons même pas que ce que nous appelons l'Église Orthodoxe constitue une «religion». Par «religion», nous entendons un système à base spiritualiste et philosophique qui a pu évoluer au cours des siècles par l'entremise de l'homme. Elle reflète l'évolution des conceptions humaines, en présente une systématisation, et s'est nécessairement adaptée à elle. Tandis que la doctrine orthodoxe exclut toute possibilité de connaissance de Dieu par les facultés humaines. L'homme, malgré tout son savoir, malgré toute son intelligence, ne peut pas par lui-même connaître Dieu, si Dieu ne Se révèle pas à lui.

De sorte que l'Église, pour nous, c'est le lieu, c'est le tabernacle de la révélation divine. Si Dieu ne Se révèle pas à nous, nous sommes, nous-mêmes, inaptes et incapables d'accéder à la connaissance et à la compréhension de ce qui Le concerne par nos propres facultés intellectuelles, sentimentales, physiques, psychiques : toute expérience humaine, aussi riche soit-elle, s'avère nulle et vaine.

C'est pourquoi notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ Lui-même nous a dit : «Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est Celui qui L'a fait connaître. Nul ne vient au Père que par Moi╔ Celui qui M'a vu a vu le Père.»

Alors, de ce fait, nous n'admettons pas que l'Orthodoxie constitue une religion parmi tant d'autres et nous n'admettons pas non plus qu'elle constitue même la meilleure des religions. Ce n'est pas la meilleure des religions pour la bonne raison que les religions ne sont que des religions, alors que l'Orthodoxie, c'est la révélation de Dieu à l'homme. Ni plus ni moins !

D'ailleurs, si vous prêtez attention au mot «ORTHODOXE», vous verrez que c'est un terme exclusif : «orthodoxe» vient de «orthos doko» qui veut dire : «je crois de façon juste, correcte», et de «orthos doxaso» ou «orthos doxologo» qui veut dire : «j'adore de façon juste, j'adore correctement». Admettons que je me trouve avec plusieurs personnes de croyances différentes réunies ensemble, et que je leur dise : «Je crois en Dieu de façon juste !», cela signifie qu'elles-mêmes croient de façon erronée. Si je leur dis que je glorifie Dieu de façon correcte, cela implique que leurs propres pratiques d'adoration sont fausses et illusoires.

Le terme «orthodoxe» contient donc en lui-même la notion d'exclusivité, de mise à part. C'est pourquoi le mot «Orthodoxie» ne porte pas le sufÞxe «isme» qui s'applique à une école, à une théorie, à un système de pensée, par exemple : bouddhisme, confucianisme, islamisme, catholicisme, protestantisme, rationalisme, athéisme, communismeÉ Tous ces «ismes» présupposent des idéologies. Tandis que lorsque nous parlons de la véritable Église du Christ, nous disons ORTHODOXIE; pourquoi ? - Parce que nous ne parlons pas alors d'un système conceptuel élaboré par l'imagination humaine, mais d'un message qui repose exclusivement sur la révélation de Dieu à l'homme.

Comme dit d'ailleurs l'Écriture, «de plusieurs façons et à plusieurs reprises, Dieu a parlé à son peuple par les prophètes, et quand est arrivée la plénitude des temps, Il a parlé par son Fils», et encore : «╔Sur le fondement des prophètes et des apôtres, Jésus Christ étant la pierre angulaire». Cela suppose que Dieu est apparu et S'est révélé à nous soit par la bouche des prophètes, soit par celle des apôtres, mais surtout, au-dessus de toute autre relation, par l'incarnation de son Fils seul-engendré et coéternel, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Par conséquent, en ce qui concerne l'Orthodoxie, nous le répétons, il ne s'agit nullement d'une religion quelconque, mais d'une authentique et vivante RÉVÉLATION, laquelle dans sa dénomination aussi bien que dans son contenu se fonde sur la notion d'EXCLUSIVITÉ. Si nous disons en effet que le mot ORTHODOXIE signifie «juste doctrine, juste adoration», cela ne peut qu'impliquer nécessairement que les autres systèmes de croyances, d'adoration sont erronés, caduques.

Tiré de «La Foi Transmise»

L'Épouse du Christ ne saurait consentir à l'adultère : elle est incorruptible et pudique. Elle ne connaît qu'une maison, elle garde avec une chaste pudeur la sainteté d'un lit unique. C'est elle qui nous conserve à Dieu, c'est elle qui remet au royaume les fils qu'elle a engendrés. Quiconque se séparant de l'Église, s'unit à une adultère, se frustre des promesses de l'Église ; s'il abandonne l'Église du Christ, il n'aura pas accès aux récompenses du Christ ; il est un étranger, un profane, un ennemi. On ne peut avoir Dieu pour père quand on n'a pas l'Église pour mère. Quelqu'un a-t-il pu se sauver, en restant en dehors de l'arche de Noé ? Si oui, il le peut aussi, celui qui reste à l'extérieur, en dehors de l'Église ! Voici l'avertissement du Seigneur : «Qui n'est pas avec Moi, dit-Il, est contre Moi ; et qui n'amasse pas avec Moi, disperse.» (Mt 12,30). Celui qui brise la paix, la concorde du Christ, agit contre le Christ ; celui qui amasse ailleurs que dans l'Église, disperse l'Église du Christ. Le Seigneur dit encore : «Mon Père et Moi, nous ne sommes qu'un» (Jn 10,30) ; et il est écrit à propos du Père, du Fils, et de l'Esprit saint : «Les trois ne sont qu'un» (Jn 19,23). Le moyen de croire que l'unité, dérivée de cette solidarité divine, liée aux mystères célestes puisse être morcelée dans l'Église, et dissoute par les tiraillements de volontés en confiit ? Celui qui n'observe pas cette unité, n'observe pas la loi de Dieu, ni la foi au Père et au Fils, il ne garde ni la vie, ni le salut.

Saint Cyprien de Carthage (De l'Unité de l'Église)


UNE PROPHÉTIE PAR LÉON LE SAGE

Au sujet du roi légendaire, pauvre et élu, connu et inconnu à la fois, vivant au bout du territoire byzantin, le vrai roi que les hommes ont chassé de sa maisonÉ il sera révélé à la fin des IsmaélitesÉ un vendredi, à trois heures. Éil sera révéléÉ Celui qui va être révélé au moyen d'arcs dans le ciel et de signes apparaîtra. Il sera, par audition spirituelle directe, informé par l'ange visible, un ange révélé sous la forme d'un moine en habit blanc qui parlera à l'oreille du roi pauvre pendant son sommeil ; et il prendra sa main droite et lui dira : «Lève-toi, homme endormi, debou... et le Christ versera de la lumière sur toi ; car Il t'invite à paître un peuple élu.» Et la seconde fois, il lui dira : «Sors, homme caché, ne te dissimule plus, beaucoup de gens te cherchent». Et la troisième fois, il lui donnera des tablettes de pierre sur lesquelles sont inscrits deux commandements : punir, nationaliser les choses d'utilité commune, chasser l'impiété, brûler ceux qui pratiquent la sodomie, et aussi chasser les mauvais prêtres du sanctuaire et rétablir ceux qui sont dignes à l'office divin. Et il porte les signes suivants : l'ongle de son gros orteil droit est enfléÉ et il a des croix pourpres sur ses deux omoplatesÉ et le nom du roi est caché dans les nations…

Le Seigneur lui posera la Main sur la têteÉ en ces jours, les hommes seront dans l'affliction et cacheront leur visages sur le sol et se couvriront la tête de poussière et crieront au Seigneur du ciel et de la terre, et le Seigneur entendra leurs prières et écoutera les habitants de la terre et enverra son archange sous la forme d'un homme qui établira sa demeure dans les îles. Et il trouvera son saint ; l'élu ni vu ni connu de personneÉ Il (le roi pauvre) est caché et inaperçu, manifesté seulement à Dieu et à lui-même. Il est d'ascendance noble et royale et un saint devant le Seigneur Dieu le révélera, le présentera, et l'oindra avec l'huile sainte à la fin de ces joursÉ Et il sera révélé comme suit : une étoile apparaîtra à trois heures du matin, pour trois jours, au-dessus du centre de la ville, à l'aurore de la fête de la Mère de Dieu. Et cette étoile n'est pas une des planètes, mais elle est comme celle apparue lors de la naissance salvatrice du Christ. Et un héraut criera à haute voix ces trois jours durant, appelant et découvrant l'homme de l'espoir. Puis, les gens de la ville, voyant les phénomènes et entendant la voix tonnante, seront stupéfaits. Et, émerveillés, avec joie et avec crainte, ils diront en pleurant qu'ils ne savent pas qui est l'homme de l'espoir. Puis, pendant que tout le monde regardera et pleurera, chantant longuement et chaleureusement l'invocation «Kyrie eleison», et après s'être frappé le front contre le sol et couvert la tête de poussière, ils sangloteront et se lamenteront de la prochaine affliction qui les menace (à cause des hauts et des bas de la guerre), la Puissance divine acceptera avec bienveillance leurs supplications et prières et prendra soin, avec compassion, des habitants de la terre, et (par cette compassion) l'homme élu sera révélé pour le bien des survivants élus.

Dans le ciel, on verra apparaître une substance confuse mais solide, comme le soleil, aussi grande qu'une aire où 6 boeufs peuvent fouler ; et au-dessous de ce nuage solide se placera une croix ; et à gauche de cette croix pourpre un arc tendu apparaîtra, tel celui qui avait été placé à la vue de nos pères pour l'alliance éternelle. Et comme personne ne connaîtra l'homme de l'espoir, l'arc produira un reflet de lui-même dans sa partie méridionale, bien visible sur le fond sombre du ciel, et ainsi l'arc principal se manifestera au-dessus de la hutte du vrai roi. Alors les peuples glorifieront Dieu et courront vite vers le bout de l'arc ; et, emmenant avec eux le vénérable roi au regard de vieux, portant de grands cierges et des branches de palmiers et l'honorant de toutes les façons, ils le conduiront au Grand Sion… Et un héraut du ciel, invisible, mais parlant d'une voix tonnante, demandera aux gens : «L'aimez-vous ?» Alors, crainte, terreur, et ravissement mystique s'empareront de tous, à la voix tonnante du messager.

Et puis, se frappant la poitrine, pleurant, se lamentant et levant les bras vers le ciel, ils diront : «Oui, Seigneur, nous l'aimons, car c'est Toi qui nous l'as donné, et nous l'aimons.» Et, lui rendant l'immense honneur qui lui est dû, ils l'emmeneront au Grand Sion. Et là, il priera et fera le signe de la croix sur les portes et elles s'ouvriront toutes seulesÉ Et ceux de l'intérieur s'en iront, complètement effrayés. Les autres prieront et l'emmèneront en un haut lieu où ils l'appelleront leur roi. Et ils iront ainsi, de nuit, au palais royal, et les insignes officiels changeront. Deux anges le conduiront, et ils seront sous la forme de serviteurs en habit blanc ; et ils lui diront à l'oreille ce qu'il doit faire.

Quelques explications :

Léon le Sage (886-912) était empereur de Byzance, fils de l'empereur Basile 1er le Macédonien. Il est appelé «Le Sage», par rapport à son père, qui était illettré et aussi parce qu'il s'occupait de philosophie et de théologie.

«La fin des Ismaélites», désigne le moment où Israël se convertira finalement au Christ comme dit l'Apôtre «Leur faux pas est-il tel que leur chute soit définitive ? Évidemment non ! «Israël s'est trouvé en partie frappé d'endurcissement jusqu'à la venue de l'ensemble des Gentils.» (Rm 11,11 et 25).

«Un arc tenduÉ lors de l'Alliance éternelle» : il s'agit de l'alliance noachique après le déluge. (Gn 8-9).

«Le Grand Sion» : D'après nous, il s'agit de l'église Sainte-Sophie à Constantinople.


LA LUMIERE

par Alexandre Kalomiros

Pourtant, il s'est trouvé des «orthodoxes» qui ont discuté avec l'athéisme et la philosophie en général. Des érudits de différentes associations religieuses de notre pays se sont efforcés, pendant des années, de prouver que «la science aussi admet l'existence de Dieu», mais la seule chose qu'ils ont réussi à prouver avec toutes ces discussions a été la grande estime qu'ils avaient eux-mêmes pour la science et leur ignorance de l'Orthodoxie. En exemples vivants de l'européanisation que nous avons subie dans ce pays, ils n'ont ni voulu ni pu puiser dans l'Orthodoxie la puissance nécessaire pour confondre toute philosophie. Malgré toute leur orthodoxie théorique, ils sont restés de vrais occidentaux.

L'Orthodoxie peut démontrer par la logique aux philosophes que si la philosophie veut rester rationnelle, elle ne peut aboutir qu'à l'agnosticisme, c'est-à-dire la négation de toute connaissance. Toutes les autres prétentions de la philosophie sont irrationnelles, et bien qu'elles afÞrment avoir la raison comme fondement, elles sont en réalité basées sur l'imagination.

Il n'y a qu'un seul chemin vers la Connaissance, celui que Dieu a tracé à travers les siècles. Ce n'est point le chemin des raisonnements, mais le chemin de la vie, car, de plus, la vérité n'est pas un système de théories philosophiques, mais une existence personnelle : «Je suis le chemin, la vérité et la vie.»

Mais pour que l'on puisse marcher sur ce chemin, il ne suffit pas de dire et de croire qu'on est chrétien. «Ceux qui Me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux». Quelque chose d'autre est nécessaire, à savoir la lutte du chrétien pendant toute sa vie. Ce qui est nécessaire, c'est la pureté du coeur qui rend l'homme digne de recevoir l'illumination du saint Esprit. C'est vers cette pureté du coeur que sont dirigées toutes les luttes ascétiques et morales du christianisme, qui a pour but la demeure de la sainte Trinité dans l'homme. «Si quelqu'un M'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; Nous viendrons à lui, et Nous ferons notre demeure chez lui.»

Ce contact immédiat avec la sainte Trinité, cette communion étroite avec la Divinité, la vision de Dieu, c'est cela la Connaissance. Elle seule éclaire l'homme. C'est elle qui lui fait sentir ce que Dieu est et ce qu'est sa création. C'est elle qui lui fait pénétrer les raisons des êtres pour lui faire percevoir ce qu'est l'homme au-delà des apparences et loin des définitions philosophiques.

Cette Connaissance, que peuvent en dire les philosophes et les athées ? La nier ? Ils ne le peuvent. L'aveugle qui n'a jamais vu la lumière peut sans doute nier que la lumière existe. Mais sa négation n'aura aucun poids pour quiconque voit.

Celui qui voit ne peut démontrer à l'aveugle l'existence de la lumière. Si l'aveugle est de bonne foi, il le croira et courra tomber à genoux devant le Christ en Le suppliant de lui accorder la lumière. S'il ne le croit pas, il restera aveugle pour toujours et personne ne pourra jamais lui faire comprendre l'ampleur de sa perte.

Voilà les relations de l'Orthodoxie avec les philosophes : relations entre ceux qui voient et les aveugles. De même qu'il est impossible à quelqu'un qui voit de discuter avec des aveugles sur la beauté du monde, sur les couleurs et la lumière, de même un orthodoxe ne peut discuter avec les philosophes sur la grandeur de la Connaissance.

La Connaissance, c'est quelque chose que l'on doit goûter et sentir. Personne ne peut en parler, ni comprendre ce qu'on en dit sans disposer des représentations adéquates.

Faut-il couper tout dialogue entre les orthodoxes et les rationalistes ? Certainement pas. Le dialogue se poursuivra tant que les aveugles et les voyants seront en présence. Les aveugles parleront toujours comme des aveugles. L'important est que les voyants ne se mettent pas à parler à la manière des aveugles, car alors comment les aveugles pourraient-ils se rendre compte de leur aveuglement ? Les voyants doivent continuer à parler comme des voyants, même s'ils sont incompris. Ils pourront du moins se faire comprendre entre eux et, qui sait, peut-être, en les écoutant, certains aveugles pourront comprendre que sans yeux on ne peut pas connaître la lumière.

 

LE SALUT

par Alexandre Kalomiros

Plusieurs soi-disant orthodoxes prennent part avec grand plaisir aux conversations avec les catholiques et les protestants en parlant eux-mêmes comme des aveugles à des aveugles.

Prenons comme exemple la discussion concernant la justification, c'est-à-dire la question de savoir si ce sont les oeuvres ou bien la foi qui sauvent l'homme.

Les catholiques enseignent que l'homme est sauvé d'après le nombre et la qualité des bonnes oeuvres qu'il aura à présenter à la fin de sa vie. A un certain moment, les Papes eux-mêmes ont proclamé que les bonnes oeuvres des saints étaient de loin supérieures à celles dont ils avaient besoin pour leur propre salut et que leurs oeuvres surérogatoires pourraient être à la disposition des pécheurs, si ces derniers en versaient le prix relatif.

Les protestants, dénonçant cette thèse des catholiques, ont enseigné que les oeuvres n'ont aucune signification, que «l'homme ne se justifie pas par les oeuvres de la loi» et que c'est seulement la foi qui sauve l'homme.

La discussion persiste depuis des siècles dans un échange incessant d'arguments qui se multiplient sans convaincre personne et qui tourbillonnent dans le cercle vicieux des conceptions anthropocentriques si caractéristiques du rationalisme.

Quelle est l'attitude des «orthodoxes» par rapport à la discussion des occidentaux ? Un sentiment d'infériorité et de désorientation gagne nos théologiens, qui restent béats d'admiration devant la complexité des raisonnements occidentaux. Ils ne savent que dire. Au-dedans d'eux-mêmes ils blâment l'Orthodoxie qui n'a pas pris une position claire sur ce problème. Certains s'allient avec les catholiques - avec quelques réserves - et d'autres essaient de concilier les deux conceptions. Les apôtres et les pères ne les aident pas : ils semblent se contredire eux-mêmes et entre eux.

Voilà en vérité dans quelles ténèbres le rationalisme conduit l'homme. Comment les rationalistes peuvent-ils comprendre les apôtres et les pères, puisque les apôtres et les pères ne sont pas rationalistes et parlent un langage inconnu d'eux ?

Pour les rationalistes, l'Écriture sainte, le livre le plus simple du monde, est plein de contradictions. Pour eux, chaque mot et chaque expression n'a qu'une seule signification définie d'avance. Soit c'est l'apôtre Paul qui a raison d'enseigner que la justification provient de la foi, soit c'est l'apôtre Jacques qui écrit : «Quel est le profit, frères, si quelqu'un dit qu'il a la foi et s'il n'a pas les oeuvres, est-ce que la foi peut le sauver ?É Les démons même croient et ils tremblent.»

C'est pour cette raison que plusieurs théologiens protestants ont appelé l'épître de saint Jacques «de paille», et s'indignent de la voir au nombre des livres du Nouveau Testament. Mais l'apôtre Paul lui-même paraît se contredire, parlant à un moment de la justification par la foi et à un autre moment de l'attribution «à chacun selon ses oeuvres». C'est à cause de cela que certains protestants ont commencé à débattre le sujet «des deux justifications».

La pensée des apôtres et des pères est si pure et si simple╔ pourtant, entre les mains des théologiens rationalistes, elle s'emplit de brouillard et de ténèbres. Pour leur pensée étroite, chaque antithèse ne peut être que contradiction. Et cependant, la réalité est pleine d'antithèses. Ce n'est que lorsque l'homme accepte les antithèses telles qu'elles sont, sans s'efforcer de les aplanir, qu'il s'approche de la vérité.

Les orthodoxes devraient glorifier Dieu, car jamais un problème semblable n'est apparu dans l'Église orthodoxe. La discussion sur la justification qui, depuis tant de siècles, se poursuit en Occident, est vide de tout contenu. Le salut n'est pas accordé comme une récompense pour quelque chose de bon que l'homme aurait réussi, foi ou oeuvres. Le salut n'est pas une récompense, ni la damnation une punition. Cette conception, comme toutes les conceptions rationalistes, est anthropocentrique. C'est le prolongement dans le monde spirituel de ce qui arrive dans la vie quotidienne des hommes dans la société où une bonne parole ou une bonne oeuvre est récompensée et une mauvaise parole ou une mauvaise oeuvre est punie par les lois que les hommes ont établies.

Comme les anciens Grecs, les occidentaux ont fait Dieu à l'image de l'homme. Ils Le voient comme un juge qui juge et punit sur la base des lois établies. Mais la Justice de Dieu n'a pas plus de connotation vindicative que législative. Dieu ne punit pas pour satisfaire sa Justice. Ceci est une conception tout à fait antichrétienne. Dieu ne punit personne, jamais ; comme un père, Il ne fait que corriger l'enfant pour le faire progresser. Même la géhenne n'est pas un lieu de punition, mais un lieu d'auto-exil, loin de la Présence de Dieu. C'est un état d'aveuglement volontaire, le lieu qui ne reçoit jamais les rayons du soleil. Dieu est juste, c'est-à-dire bon, c'est pourquoi Il ne peut partager le lieu de sa communion avec les injustes, c'est-à-dire les pécheurs, et ce, non parce que Dieu refuse d'approcher le pécheur, mais parce que le pécheur se détourne de la Justice de Dieu, qu'il ne veut avoir aucun contact avec elle. «Ce n'est pas Lui (Dieu) qui est hostile, mais nous, car Dieu n'est jamais hostile» (2e homélie de saint Jean Chrysostome sur la IIe épître aux Corinthiens, chapitre 3.)

Le salut comme la connaissance est une question de relation avec Dieu. Les oeuvres et la foi, les vertus et les efforts sont ceux qui ouvrent la porte du coeur au Seigneur. Mais ce qui donne le salut, ce ne sont ni les oeuvres, ni la foi, ni les vertus, ni les efforts, ni tout cela ensemble. Car il se peut que l'homme possède tout cela et ne puisse jouir des «arrhes de l'Esprit», ne puisse devenir l'habitacle de la sainte Trinité. Le salut, comme aussi la connaissance, c'est la vivification de l'homme par la Grâce de Dieu, et la vision de Dieu dont le coeur pur se rend digne dès à présent à la mesure de sa pureté. Ce n'est ni une récompense forcée, de la part de Dieu, de luttes et d'efforts qui peuvent n'avoir en rien purifié le coeur, ni la récompense d'une foi intellectuelle qui peut n'avoir en rien changé la vie de l'homme.


PROFESSION DE FOI DE SAINT NICODEME L'HAGIORITE

1) Je crois, je vénère et j'adore un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles, qui se reconnaît en trois Personnes : Père, Fils et saint Esprit - Trinité consubstantielle et indivisible - égales en honneur, ayant la même royauté, le même trône, la même puissance, sans commencement, éternelles, interminables, irréfutables, inexplicables et insaisissables.

2) Je crois et déclare l'incarnation mystérieuse, indicible de Dieu-Verbe par Marie, la Toute-Vierge et Génitrice de Dieu ; sa crucifixion, sa mise au tombeau et sa résurrection, pour la rémission des péchés et de la mort, ainsi que pour notre salut en Dieu ; son ascension dans les cieux et son second Avènement pour juger les vivants et les morts.

3) J'adhère de toute mon âme et de tout mon coeur au symbole sacré de notre foi qui a été formulé avec l'aide du saint Esprit par le premier et le deuxième concile oecuménique, et qui se compose de douze articles auxquels je crois comme l'Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique, orthodoxe et orientale, les interprète dans tous les détails.

4) Je confesse et j'adhère aux sept saints mystères de notre Église, c'est-à-dire : le baptême, la chrismation, la divine eucharistie, la pénitence, le sacerdoce, le mariage, et l'onction des malades. Je les considère essentiels pour le salut de l'âme, parce qu'ils nous transmettent la foi, la grâce et la sanctiÞcation du très saint Esprit.

5) J'honore et j'adhère aux vénérables canons des saints apôtres, aux sept conciles oecuméniques et aux synodes locaux reconnus, de même qu'à tous les vénérables canons des saints pères de chaque lieu, qui sont contenus dans le code de notre Église.

J'adhère et j'honore aussi le grand synode convoqué à Constantinople en 1583 et 1593, sous Jérémie le deuxième, anathématisant le nouveau calendrier, ainsi que d'autres innovations inspirées par le diable.

6) J'adhère et je garde fermement tous les dogmes de l'Église orthodoxe orientale, concernant les Personnes et l'adoration de la Divinité suressentielle, ainsi que toutes les vénérables traditions écrites ou non écrites, apostoliques et patristiques, en accord avec ce que dit notre père, saint Basile le grand :

«Si, en effet, nous essayions de laisser de côté les traditions non écrites, parce qu'elles n'auraient point grande valeur, nous porterions sans nous en apercevoir atteinte à des points capitaux de l'évangile.»

7) Enfin, je glorifie, j'observe et je garde tout ce que l'Église du Christ orthodoxe orientale, tout ce que notre mère spirituelle accepte, confesse, observe et garde depuis le commencement jusqu'à maintenant, sans absolument rien en omettre, - pas même un iota - jusqu'à mon dernier soupir, je resterai son enfant véritable et fidèle.

Par contre, j'anathématise, je rejette, je me détourne du calendrier du Pape.

Avec les saints pères remplis de l'Esprit de Dieu, et les docteurs universels, je déclare :

«A qui transgresse la tradition ecclésiastique écrite ou non écrite : anathème !»

et encore :

«A toute innovation contre la Tradition, l'enseignement ecclésiastique et contre les définitions des saints pères : trois fois anathème !»


NOTRE PAIN…

Il est bien utile d'expliquer de temps à autre quelques mots du vocabulaire religieux. Par exemple, ces paroles du Notre Père : «Donne-nous aujourd'hui notre pain╔» En ce cas, c'est l'adjectif qui suit qu'il faudrait un peu expliquer. Le mot grec «epiousion», se compose du préÞxe «epi», et du mot «ousia». «Epi» peut vouloir dire en ce cas soit «sur», «au-dessus», soit «en vue de», «pour». «Ousia», c'est la substance, l'essence. On peut donc traduire ce mot par «suressentiel».

Saint Jean Damascène dit que ce mot veut dire soit «à venir», c'est-à-dire du siècle futur, soit : «que l'on prend pour la sauvegarde de notre être».

Quoi qu'il en soit, traduire par «quotidien», «de chaque jour», comme le font les Latins est complètement inexact et déplacé. On n'a qu'à rajouter ironiquement «pas trop rassi», «bien frais»…! Mais laissons les Latins avec leurs trouvailles.

Il faut donc opter pour «substantiel», ou «suressentiel», en faisant une concession sur le vocabulaire, tout en ayant conscience du sens plénier du verbe grec qui veut dire à la fois : «substantiel» (nécessaire pour subsister) et «suressentiel» (au-dessus de la matière, céleste).

Hm. Cassien

J'ai délaissé, insensé, la gloire paternelle

et j'ai dissipé dans les vices

le trésor qui me fut confié.

Par la voix du Prodigue je crie vers Toi :

«J'ai péché contre toi, ô Père des miséricordes,

accueille-moi pénitent et traite-moi

comme l'un de tes serviteurs».

Kondakion du dimanche du Fils Prodigue.

L'AME APRES LA MORT

(suite)

Tiré de «The Orthodox Word»

Voilà la différence la plus frappante entre les expériences américaines et indiennes dans l'étude des docteurs Osis et Haraldson, mais les auteurs n'en donnent aucune explication. On se pose pourtant la question : Pourquoi l'expérience moderne américaine exclut-elle presque totalement l'élément de peur provoquée par les apparitions effrayantes de l'autre monde, alors que cet élément est si courant dans l'expérience chrétienne du passé, ainsi que dans celle des indiens d'aujourd'hui ?

Il ne nous est pas indispensable de circonscrire la nature exacte de ces apparitions pour comprendre qu'elles dépendent dans une certaine mesure, comme nous l'avons déjà dit, de ce que le mourant s'attend à voir, de ce qu'il est préparé à voir. Ainsi, les chrétiens des siècles passés, qui avaient encore une croyance vivante en l'enfer, voyaient souvent, lorsque leur conscience les accusait, des démons, au moment de mourir. Les Indiens d'aujourd'hui, qui sont certainement plus «primitifs» quant à leurs croyances et leur entendement que les chrétiens, voient souvent des êtres qui correspondent à leurs craintes encore bien réelles de l'au-delà ; tandis que nos contemporains d'Amérique, avec leur mentalité «éclairée», voient des apparitions qui sont en harmonie avec leur vie facile et leurs croyances réconfortantes qui, en général, ne comportent pas une réelle peur de l'enfer, et ignorent les démons.

Du côté objectif, les démons eux-mêmes offrent des tentations qui correspondent à l'état spirituel et aux attentes de ceux qu'ils tentent. A ceux qui ont peur de l'enfer, les démons peuvent apparaître sous des formes terribles afin de les laisser mourir en état de désespoir ; mais à ceux qui ne croient pas à l'enfer, (ou aux protestants qui croient qu'ils sont infailliblement «sauvés», et donc, ne doivent pas craindre l'enfer), ils offriraient naturellement des tentations sous des formes différentes et qui ne révéleraient pas aussi clairement leur mauvaise intention. Ainsi, ils peuvent apparaître, même à des athlètes du Christ, sous un aspect plutôt plus séduisant qu'effrayant.

Les tentations démoniaques dont fut l'objet sainte Maure, martyre du IIIe siècle, pendant son agonie, offrent un bon exemple de cette dernière sorte de tentation à l'heure de la mort. Après avoir été crucifiée pendant neuf jours avec son mari, saint Timothée, elle fut tentée par le diable. La Vie de ces saints rapporte comment sainte Maure elle-même raconte ses tentations à son mari et compagnon de martyre :

«Prends courage, mon frère, et chasse le sommeil loin de toi. Sois vigilant et sache ce que j'ai vu ; il me semblait que devant moi, pendant que j'étais dans une sorte d'extase, se tenait un homme qui avait à la main une coupe remplie de lait et de miel. Cet homme me dit : "Prends ceci et bois." Mais je lui dis : "Qui es-tu ?" Et il répondit : "Je suis un ange de Dieu". Alors, je lui dis : "Prions le Seigneur." Et il dit : "Je suis venu pour soulager tes souffrances ; j'ai vu que tu avais grande envie de manger et de boire, puisque tu n'as rien mangé jusqu'à maintenant." Puis, je lui dis : "Qui t'a inspiré cette pitié à mon égard ? Et que t'importent ma patience et mon jeûne ? Ne sais-tu pas que Dieu a le pouvoir de faire ce qui est impossible aux hommes ?" Quand je priais, je vis que cet homme détournait son regard vers le couchant. C'est ainsi que je compris que c'était une illusion satanique. Satan voulut nous tenter même sur la croix. Peu après, la vision disparut.

«Ensuite, un autre homme vint à moi et il me sembla qu'il m'emmenait à une rivière coulant de lait et de miel, et me dit : "Bois". Mais je lui répondis : "Je t'ai déjà dit que je ne boirai ni eau ni aucune boisson terrestre jusqu'à ce que je boive la coupe de la mort pour le Christ mon Seigneur, et que Lui-même mélangera pour moi avec le salut et l'immortalité de la vie éternelle." Quand j'eus dit cela, cet homme but dans la rivière, et soudain, tous deux, lui-même et la rivière disparurent.»

La troisième apparition à sainte Maure, celle d'un vrai ange, sera citée plus loin dans cette étude ; mais déjà ici il ressort clairement avec quelle prudence les vrais chrétiens considèrent l'acceptation des «révélations» au moment de la mort.

L'heure de la mort est donc en effet propice à la tentation démoniaque et les «expériences spirituelles» qu'ont les gens à ce moment (même si elles semblent être «après» la mort - ce qui sera encore débattu plus loin), doivent être soumises aux mêmes normes dictées par la doctrine chrétienne que le sont toutes les autres «expériences spirituelles». Ainsi, les «esprits» qu'on rencontre à ce moment doivent également être soumis à l'épreuve universelle, ce qu'exprime l'apôtre Jean par les paroles suivantes : «Éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde.» (1 Jn 4,1).

à suivre

Un laïc demanda à l'ancien Barsanuphe : «Si je me signe de la main gauche, ne pouvant le faire de la droite, n'est-ce pas déplacé ?» L'ancien répondit : «Moi, jusqu'à présent, quand je veux faire le signe de croix sur ma main droite, je le fais de la gauche.»

DE LA VIE DE SAINT DANIEL LE STYLITE

Il arriva qu'il se produisit une tempête d'une insupportable violence, en sorte que, sous la brûlure des vents, la cuculle de peau du saint homme devint comme de l'étoupe ; bientôt, le vent dépouilla le saint de cette loque même, il fit voler ce vêtement de peau jusqu'à une certaine distance dans le ravin, le saint demeurant toute la nuit exposé à la neige. Comme les vents les plus mordants venaient heurter sa face, ils le rendirent pareil à un pilier de sel. Le matin venu, on ne put tirer l'échelle jusqu'au saint à cause de l'extrême violence de la tempête, et il demeura donc ainsi : il n'était plus pour ainsi dire qu'un cadavre sans souffle de vie.

Par la Providence de Dieu, il se fit un calme et l'on amena l'échelle. Alors ils s'aperçoivent que les cheveux de la tête et les poils de la barbe se sont collés à la peau par le fait de particules de glace, que son visage a été recouvert de glace à la façon d'un bloc de verre et ne se voit plus, et qu'il ne peut absolument plus parler ou se mouvoir. Alors ils apportèrent en hâte des brocs d'eau tiède et de grandes éponges, ils le réchauffèrent ainsi peu à peu et, après lui avoir rendu difficilement la parole, ils lui dirent : «Tu as failli mourir, père.» Aussitôt, comme au sortir d'un sommeil, il leur répondit en ces termes : «Croyez-moi, enfants, jusqu'à ce que vous m'eussiez éveillé, j'étais dans un profond repos. Quand cette terrible tempête eut fondu sur moi et que mon manteau m'eut été arraché par la violence des vents, j'ai été d'abord, pendant une heure, extrêmement malheureux. Mais après que, tombé dans un profond découragement, j'eus appelé au secours le Dieu miséricordieux, je reposai sur une couche brillante, ou j'étais réchauffé par de riches couvertures, et je voyais un ancien assis sur un trône près de ma tête, le même, semblait-il que celui qui m'avait rencontré sur la route, quand je quittai la mandra du saint et bienheureux Syméon. J'eus l'impression qu'il me parlait avec grande affection et familiarité, et qu'il me montrait un faucon énorme qui, volant de l'Orient, entrait dans cette grande ville et y trouvait un nid d'aigle sur la colonne du Forum du très croyant empereur Léon. Il descendait dans ce nid et s'y logeait avec les petits de l'aigle, et après cela, il n'apparaissait plus comme un faucon, mais comme un aigle. Je demandai au vieillard ce que cela voulait dire. Il me dit : "Pour l'instant, tu n'as pas besoin de le savoir. Tu l'apprendras plus tard." Puis, ce même vieillard me réchauffant de ses embrassements, me dit d'un air enjoué : "Je t'aime tendrement. J'avais grand désir d'être près de toi. Beaucoup de fleurs et de fruits doivent sortir de ta racine." Nous nous donnions joie ainsi l'un l'autre, et vous avez eu tort de me réveiller, car j'éprouvais un plaisir extrême à la conversation de cet homme». Ses disciples dirent au saint : «Pardonne-nous, vraiment nous étions dans le désespoir, car nous pensions que ta Sainteté était morte. Mais que crois-tu, père, que veuille dire cette vision ?» Il leur dit : «Je ne le sais pas clairement. Dieu fera ce qui Lui est agréable et ce qui est avantageux pour nous.» Cependant, comme ils cherchaient sans cesse à interpréter la vision, les disciples lui dirent : «Il te faut, par les soins zélés de l'empereur, rapporter de l'Orient dans cette ville les reliques du saint et très bienheureux Syméon. Autant qu'on puisse conclure de cette vision, c'est là le bon plaisir du saint et bienheureux Syméon.» Le serviteur de Dieu répondit : «Apportez-moi une autre cuculle de peau et mettez-la moi.»

Le bienheureux empereur ne fut pas sans apprendre ce qui était arrivé, et il dit : «Il n'est pas juste que le saint se tienne nu et sans toit, exposé aux périls.» Il monta donc vers le saint et lui demanda permission de lui bâtir un petit abri de fer en forme de petit dais. Le saint refusait, alléguant : «Notre saint père Syméon n'a jamais rien eu de tel, et cependant, il était bien plus vieux que moi. Il convient donc que moi, qui suis jeune, je mène le combat et ne cherche pas les aises qui relâchent le corps.» L'empereur lui dit : «Bien dit, père, j'approuve ta résolution. Ta patience me remplit de joie, quand je vois aussi combien l'aide de Dieu n'est jamais sans s'exercer à ton endroit. Pour tout cela, on te tresse au ciel une couronne. Mais accepte de nous prêter longtemps service. Ne va donc pas te tuer tout d'un coup, Dieu t'a donné à nous pour que nous tirions profit de toi.» Par de tels arguments, il parvint à persuader avec peine le saint d'accepter, et ainsi il fit bâtir l'abri.

Il te faut d'abord garder ton rang d'homme et ensuite seulement recevoir en partage la gloire de Dieu. Ce n'est pas toi qui fais Dieu, mais Dieu qui te fait. Si donc tu es l'ouvrage de Dieu, attends patiemment la Main de l'Artiste qui fait toutes choses en temps opportun. Présente-Lui un coeur souple et docile, conserve l'empreinte que t'a donnée l'Artiste, garde en toi l'Eau qui vient de Lui, sans laquelle tu durcirais et perdrais la trace de ses Doigts. En gardant le modelé, tu monteras vers la perfection, car l'art de Dieu dévoilera en toi ce qui n'est que glaise. Ses Mains ont façonné en toi la substance ; elle te revêtira d'or et d'argent, au-dedans et au-dehors, et ainsi paré, le Roi Lui-même sera épris de ta beauté.

Saint Irénée de Lyon
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Chapitre 5

Du domaine pour ainsi dire «théorique», passons maintenant au domaine pratique et parlons de la vie quotidienne de cette fausse Église à travers les paroles du peuple lui-même. Il s'agit essentiellement de témoignages ou de déclarations de chrétiens sur ce qui se passe dans «l'Église soviétique». Ces témoignages se transmettent de bouche à oreille.

L'Église soviétique à travers son «épiscopat».

- Un chef de milice raconte :

Tout d'abord, nous rappellerons le récit d'un chef de la milice d'une ville de l'Oural. Il se trouvait chez sa tante à qui il avait l'habitude de rendre visite depuis son plus jeune âge. Les femmes réunies pour le thé le connaissaient très bien. Sa présence ne les gênait pas. Les invités avaient une discussion animée (cela se passait dans les années 50, les années de la «NEP ecclésiastique») sur un thème d'actualité : les changements évidents dans l'attitude du pouvoir envers la religion, et envers «l'Église» officiellement reconnue.

Finalement, les femmes en vinrent à la conclusion que le pouvoir soviétique devait sans aucun doute croire en Dieu, mais qu'il l'avait caché jusqu'à ce moment. La preuve en était que le pouvoir avait ouvert de nombreuses églises, et avait trouvé des «prêtres», et même des «évêques» pour ces églises. Le pouvoir avait permis à «l'Église» d'ouvrir des académies religieuses et des séminaires pour la formation d'un clergé jeune.

Le chef de la milice écoutait attentivement cette conversation mais n'y prenait pas part. Cependant, lorsque les femmes, entraînées par leurs propres conclusions, en vinrent à manifester un réel enthousiasme, il s'écria :

- «Est-il possible que toi, ma tante, tu penses (il s'adressa d'abord à elle comme si elle était seule dans la pièce) que le pouvoir soviétique a changé, s'est complètement transformé ? Mais que dire à ce sujet ? Le pouvoir soviétique est tel qu'il a toujours été. Et ce que tu as remarqué comme étant une preuve de changement a une toute autre signification╔ Il est vrai que l'on a placé des prêtres dans les églises. Il est vrai aussi qu'on a ouvert des académies religieuses et des séminaires. Mais qu'en résulte-t-il ? Est-ce que le pouvoir s'est transformé intérieurement ? S'est-il mis à croire en Dieu ? Quelle plaisanterie ! Tu ferais mieux d'oublier ça, ma tante !

«Je suis un chef de milice, je reçois 160 roubles par mois. Bien sûr, je suis dans une ville, et le prêtre est dans un village. Mais combien crois-tu qu'il gagne ? Il touche, tiens-toi bien, 300 roubles de ce même gouvernement soviétique. Et il a aussi les services religieux. Ce ne sont pas seulement 20 kopecks que tu lui donneras pour des prières ou un office des morts, et personne ne lui donnera aussi peu non plus. Ainsi, par mois, il gagne à peu près 1000 roubles. Et tu penses que le pouvoir ne le sait pas. Hum ! Il le sait et laisse faire. Et pourquoi ? Mais parce que les "popes", les "prêtres" comme vous les appelez, accomplissent pour le pouvoir un travail que pas un seul diplomate ne peut faire. Même le ministre des Affaires Étrangères d'URSS n'est pas dans la situation de pouvoir exécuter un tel travail, parce que c'est un "ministre", un personnage officiel. On n'attend de lui que de belles phrases alambiquées au service de son idéologie. Mais ces "évêques" et ces "prêtres" agissent en tant que "particuliers", et qui plus est, en tant que "religieux"…

«Comment est-il possible que vous croyiez que le pouvoir aurait permis à ces "prêtres" et "évêques" d'agir parmi le peuple et d'agir pour ainsi dire de manière "idéologique" sans qu'ils soient soviétiques comme nous ? Ils sont tous soviétiques. Et ils accomplissent fidèlement et rigoureusement les tâches qui leur sont confiées par le pouvoir soviétique.

«Ce dernier fut et demeure athée, et lutte contre toute religion. Et tous ces "ecclésiastiques", qu'ils soient "évêques" ou plus simplement "prêtres", travaillent pour l'athéisme, pour la destruction et le déracinement de toute religion, de toute croyance religieuse dans le peuple, et surtout pour la destruction du christianisme, comme étant la religion la plus répandue et la plus nuisible. Le pouvoir soviétique paye bien ses "prêtres", mais exige d'eux un "travail". Ils fournissent ce travail et exécutent tout ce qu'on leur demande. Ils mènent le peuple vers un but défini, le communisme.»

(communiqué par une habitante de l'Oural)

Après ce discours sincère du chef de la milice, «l'enthousiasme» des femmes disparut et elles n'abordèrent plus ce sujetÉ Mais à travers cette intervention, il apparaît que le «clergé» de l'Église officielle en URSS reçoit des dividendes aussi élevés du pouvoir soviétique, non parce qu'il pourvoit aux besoins spirituels du peuple, mais parce qu'il accomplit un travail d'éducateur menant à la destruction de la religion à l'intérieur du pays et qu'il remplit au-delà des frontières d'URSS une délicate «mission diplomatique».

Le métropolite Serge affirme sa «prééminence».

 

Un prêtre vivant à Moscou, juriste de formation avant la Révolution, guidé par les starets, et membre des catacombes, parlant des années trente, cite ces paroles du métropolite Serge :

- «Qu'est-ce que Pierre a fait de bien ?»

Serge a dit cela a propos du métropolite Pierre, gardien de l'Église. Mais il est question ici non seulement du gardien de l'Église Pierre, mais surtout de son remplaçant, le métropolite Serge lui-même. Le métropolite se défend ainsi lui-même en mettant en avant des considérations pratiques. Le gardien de l'Église Pierre fut inflexible. Il refusa de donner au pouvoir soviétique une déclaration de convenance. Il n'accepta pas d'éloigner hors de l'épiscopat tous les évêques indésirables au pouvoir. Il ne se rendit pas à la prononciation de sentence pour «activité politique» contre des évêques se trouvant hors des frontières. Il refusa la soumission de l'Église au pouvoir soviétique. En d'autres termes, il refusa tout ce qu'entreprit et fit le métropolite Serge.

- «A quoi cela a-t-il mené ?» s'exclama son remplaçant, «…à ce que le métropolite lui-même soit exclu du corps de l'épiscopat et se trouve dans un dur exil, ruinant sa santé. Est-ce vraiment raisonnable ? Il faut penser à l'Église… ! Autant se cogner la tête contre un mur…»

Le gardien de l'Église, le métropolite Pierre a agi comme l'exigeait de lui son rang de sainteté et sa position de premier évêque de l'Église. Il a agi comme ont agi dans l'histoire de l'Église chrétienne les saints confesseurs et martyrs. Il a montré l'exemple de l'invincibilité de l'esprit et de la force de la foi. Il faut admirer et remercier le Seigneur qui l'a soutenu dans ce grand exploit dans les profondeurs de notre Église.

Le métropolite Pierre, fortifié par la Grâce de Dieu a suivi un chemin exceptionnel par la seule force de sa foi et du martyre. Il fut condamné à une mort lente pendant plus de dix ans et ne céda pas à cette contrainte inhumaine.

(Témoignage d'un prêtre de Moscou)

(à suivre)