NUMÉRO 13

 Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

JANVIER 1981

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 DE MOIS EN MOIS
VISION DE SAINT DIADOQUE DE PHOTICÉ
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
SUR L'ÉCONOMIE
L'AME APRES LA MORT
LES ORACLES
MYSTERE REDOUTABLE


DE MOIS EN MOIS

«Ce que je redoute m'arrive, ce que je crains m'attend.» (Job).

J'ai à nouveau reçu de notre Archevêque, ma mission pour me rendre en Argentine. Plaise à Dieu, je partirai le 5 (18) janvier, pour revenir un mois après.

J'ai eu également l'occasion de me rendre à Limoges, visiter et communier nos fidèles, grâce à la bienveillance d'un ami qui se déplaçait vers le Massif Central.

Dans le même temps, Timothée, qui est resté quelque temps à l'hermitage, repartait pour l'Angleterre.

J'ai pu célébrer cette année à l'hermitage la sainte Fête de Noël, et j'ai reçu, à cette occasion, la visite du Père Athanase Fradeaud (moine de notre Église des V.C.O.) venu de Paris. Concernant ce bulletin, il va de soi qu'il faut donner à nos fidèles une nourriture spirituelle qui soit solide ; aussi est-il utile d'alterner les exposés hagiographiques, avec des articles plus ardus.

C'est pourquoi ce numéro comprend la relation des «Visions de Saint Diadoque de Photicé», texte d'une grande beauté et d'une grande profondeur que nous livrons à la méditation de chacun. D'ailleurs, il complète et éclaire l'article consacré à «la vie après la mort».

Voilà en bref, en attendant mon retour, date à laquelle je reprendrai immédiatement la rédaction du prochain bulletin.

Bien à vous,
hm. Cassien

VISION DE SAINT DIADOQUE DE PHOTICÉ

QUESTION : - Pourquoi as-tu tellement admiré le désert ? Dis-le moi, je t'en prie, demandais-je une nuit, dans la tranquillité de mon âme, au sage Jean (le Baptiste) comme s'il eût été là. Et toi, glorieuse mère Église, pourquoi, disais-je encore, avais-tu pareille ferveur pour ce personnage rustique et négligé ? Et cette voix qui charmait l'oreille des hommes, pourquoi la faisais-tu retentir si agréablement dans un désert inanimé ? En personne, ou plutôt comme en personne, il se présenta devant moi et se mit à causer :

RÉPONSE : - Comment pourrais-je, dit-il, moi qui suis en dehors du siècle périssable, te parler à toi, ami, qui y passes ta vie pour le temps que Dieu voudra ?

Q. - Tu le pourras, repris-je, homme admirable, si tu consens à me laisser voir ton amour de la sagesse par le moyen des questions et des réponses ; et si tu veux, je réglerai l'ordre : je te devancerai sur le terrain des sujets, afin que tu sois le maître et moi le disciple. Qu'est-ce qui t'a incité, homme courageux, à charmer ainsi la solitude par tes discours et ta vie, en édifiant là-bas une cité de vertus ?

R. - Les traces d'une vie de pureté, dit-il, le parfum du désert, l'éloignement des moeurs de la ville, voilà ce qui rend agréable à fréquenter le silence de ces lieux ; c'est pourquoi je persévérais là à briser la tempête des pensées humains par la force de la patience, attendant en esprit la parole de la voix que tu as évoquée.

Q. - Bien. Quel est donc le genre de cette voix ? C'est ce que je brûle d'apprendre de toi pour commencer.

R. - Elle parlait, répondit-il, de la légèreté d'Israël : quand ils eurent scellé leurs oreilles comme avec la cire de l'inconscience, repoussant le son de la connaissance du Très-Haut, je me mis à appeler des lieux déserts les peuples sauvages à se porter au-devant de cette foi divine ; ce disant, j'enveloppais d'une énigme claire la contemplation.

Q. - Mais qui est-ce, dis-je, qui a manifesté la puissance de Celui que tu annonçais ?

R. - La parole du Père, proférée par l'Esprit.

Q. - Sûrement. Mais comment, dis-moi, as-tu reconnu Celui que tu ne connaissais pas ?

R. - Dans une forme d'homme je voyais une force divine.

Q. - Et moi, homme divin, j'admire aussi ton audace.

R. - A quel sujet, dit-il ?

Q. - Pour avoir, étant homme, baptisé le Fils de Dieu.

R. - Par l'obéissance, répondit-il, j'ai guéri mon audace ; car il n'est rien de plus humble que l'obéissance.

Q. - Oui ; c'est bien d'un coeur réellement contrit que naît l'obéissance.

R. - Tu dis vrai, répondit-il.

Q. - Je repris : Comment as-tu reconnu la béatitude du Saint Esprit, alors que, sous une figure, Il S'était abattu du haut des cieux sur le Seigneur ? Selon ton témoignage, en effet, tu l'as vu sous la forme d'une colombe.

R. - Des souffles joyeux, répondit-il, précédèrent sa présence indicible, et la voix qui retentit ensuite du haut des cieux, qui montrait comme du doigt que le Père rendait témoignage au Fils, m'indiqua clairement le mystère infini de cette colombe.

Q. - Il suffit. Mais cette voix qui retentit, continuai-je, était-elle celle du Père Lui-même ou bien d'une puissance qui clamait de la part de Dieu ?

R. - C'était celle du Père lui-même.

Q. - Et comment, dis-moi, a-t-Il pu prendre une voix sensible, Celui dont la nature est incorporelle et invisible ?

R. - Ce n'est pas au moyen d'un organe vocal, dit-il, que la Divinité s'exprime ; mais lorsqu'elle veut faire entendre sa volonté, cette volonté s'adresse comme une voix à celui que point l'action divine. Aussi, ceux qu'elle veut qui entendent, ceux-là seuls entendent, même si un seul lieu rassemble ceux qui doivent entendre et ceux qui sont indignes de cette audition. C'est pourquoi la voix ne se laissa entendre qu'à l'endroit où le Seigneur fut baptisé, autrement, le monde entier eût entendu la voix qui retentit d'une telle hauteur, eût-elle été celle d'un ange. Qui le veut peut apprendre cela dans l'Évangile, en particulier dans celui de saint Marc (9,7-8) ; car Il parle de la voix qui s'éleva sur la montagne lors de la transfiguration du Seigneur, quand il dit : «Voilà qu'un nuage les couvrit.de son ombre et qu'une voix sortit de la nuée : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le.»

Q. - Tu m'as bien instruit, dis-je. Et l'apparition, sous une forme, de l'Esprit saint et vivifiant, comment faut-il l'interpréter ? Car Il est éternel et immuable, comme tu l'as dit. Or qui sait comment se présente la nature bienheureuse ?

R. - Cela aussi mérite l'admiration dans la théorie sur la voix du Père ; car la nature invisible et immuable de l'Esprit n'a pas pris la forme d'une colombe pour être vue comme elle voulait l'être, mais celui qui en a été jugé digne a vu cette beauté dans laquelle l'Esprit divin qui descendait du ciel a voulu se faire voir à l'homme ainsi, en vertu de sa volonté, la forme s'est montrée au regard contemplateur, sans qu'on puisse dire qu'on a considéré cette nature ineffable et inconcevable changée, comme par une réduction, en cette forme limitée. C'est de cette façon, dit-il, que les prophètes aussi ont vu Dieu comme d'une vision physique ; car Il ne leur apparaissait pas changé en une figure, mais ce sont eux qui voyaient l'infigurable comme dans une forme de gloire, quand sa Volonté, non sa Nature, se montrait à leurs yeux ; car c'est la volonté active qui leur apparaissait physiquement dans les visions de la gloire, à cause de celui qui avait consenti à se laisser voir entièrement dans la forme de son vouloir.

Q. - Comment donc Dieu sera-t-il vu des hommes dans la vie incorruptible ?

R. - L'incorruptibilité du corps, selon la vraie opinion, rapproche l'homme de Dieu ; c'est ainsi qu'alors aussi Dieu sera vu des hommes, comme de son coté l'homme peut voir Dieu.

Q. - Ainsi donc, repris-je, dans une figure ?

R. - Non, mais dans la vertu de Gloire ; c'est pourquoi ceux qui doivent en être jugés dignes seront constamment dans la lumière, jouissant toujours, dans la gloire, de l'Amour de Dieu, mais incapables de concevoir en quoi consiste la nature de la Lumière de Dieu qui les éclaire ; de la même façon, en effet, que Dieu se limite où Il veut, tout en restant illimité, de même aussi Il se fait voir quand Il veut, tout en restant invisible.

Q. - Et que faut-il entendre par la vertu de Dieu ?

R. - Une beauté sans forme qu'on ne connaît que dans la gloire.

Q. - Pour moi, repris-je, la gloire se conçoit à la manière humaine comme une vue suréminente.

R. - Ne crois pas cela, dit-il ; la beauté de cette nature immatérielle et bienheureuse est, selon la foi, supérieure à toute forme à cause de sa grande pureté ; en suite de quoi Dieu seul domine comme présent ce qui n'est pas encore ; car si cette nature indicible était dans une forme, Il ne considérerait pas comme existant ce qui n'est pas encore.

Q. - Que veux-tu dire ?

R. - Que ce qui est totalement dans une forme ne peut rien prévoir de ce qui doit se dire ou arriver, parce qu'il est totalement dans une nature limitée, même si toute sa nature est comme une vue. Aussi notre esprit embrasse-t-il d'un oeil riche l'ensemble des choses, mais il ne peut rien savoir de l'avenir, même après la séparation de l'âme d'avec le corps, quand toute l'âme, dit la foi, est comme une sorte d'oeil, ce qu'il convient de penser des puissances célestes, dont la nature, logiquement, n'est que vision.

Q. - Que penser donc de ceux qui regardent ces puissances de l'âme comme supérieures à toute forme ?

R. - Ceux-là, dit-il sont loin de compte. Du fait, sans doute, que ni les anges ni l'âme ne peuvent être vus, il faut, de l'avis unanime, les regarder comme des êtres sans figure. Mais il faut savoir qu'ils ont une vue, une beauté et une limitation spirituelles, de sorte que la splendeur de leurs pensées est leur forme et leur beauté. C'est pourquoi, lorsque l'âme a de belles pensées, elle est tout illuminée et visible de toutes parts, mais si elle en a de mauvaises, sans éclat et sans rien d'admirable ; de même, en effet, que les ombres arrachées par la prunelle de l'oeil à cause de sa pénétration vive et aiguë, qu'il faut appeler sens de la vue (car il convient que l'on traite autant que possible ce sujet d'étude invisible à l'aide même d'un exemple visible), semblent comme des formes de l'activité de l'oeil, de même la conception que l'esprit arrache à ses passions devient comme une forme de l'activité de l'âme, ce qu'elle est par suite de la grande subtilité de celle-ci ; car tout ce que l'activité acquiert dans le cas des natures incorporelles, cela devient comme une partie de la nature en raison de cette grande subtilité, que la chose s'accompagne de gloire ou de souffrance. C'est ce qu'il faut penser aussi des anges apostats : tant qu'ils avaient les sentiments qui conviennent à des anges la beauté même de leurs pensées devenait pour eux forme de gloire ; mais lorsqu'ils eurent méprisé les pensées chères à Dieu, ils se firent de leur félicité même une forme de honte.

Q. - Ainsi donc, par rapport à la densité de notre corps, il faut appeler l'âme et les anges des êtres sans matière ni forme ; tandis qu'en regard de la pureté infinie de la nature divine, il ne le semble plus ?

R. - Toute génération, dit-il, reçoit son achèvement d'une forme ; mais ce qui est toujours et n'a pas de génération n'a jamais, selon la foi, que sa seule Beauté supérieure à toute forme car Il n'a pas reçu son achèvement à la suite d'une génération, mais Il tient de soi-même l'être dans sa nature supranaturelle.

Q. - Explique encore là-dessus, repris-je, à ma curiosité ceci : pourquoi parlons-nous de beauté à propos de Dieu, alors que nous ne parlons pas de forme ? Car c'est dans la forme, en règle absolue, qu'on admire aussi la beauté.

R. - Parce que, ce qui fait la Beauté de Dieu, c'est la Gloire de l'essence divine.

Q. - Alors, que peut-on dire qu'a exprimé le Psalmiste : «J'apparaîtrai dans la justice à tes regards, je me rassasierai de la vue de ta gloire ?» (Ps 16,15).

R. - Le Prophète a dit cela, répondit-il, non comme si la nature divine était dans un visage ou une figure, mais parce que, dans la forme et la Gloire du Fils, le Père, qui n'a pas de forme, se montrera à nous, c'est pour cette raison, en effet, qu'il a plu à Dieu que son Verbe vînt par l'Incarnation dans la forme humaine tout en restant, bien sûr, dans la gloire de sa Toute-puissance, afin qu'en regardant la densité de la figure de cette chair glorieuse (car une forme voit une forme), l'homme pût, après avoir été purifié, voir la beauté de la Résurrection comme en l'appliquant à Dieu. C'est donc de cette façon mystérieuse que le Père se montrera aux justes, comme il apparaît maintenant aux anges, tandis que le Fils, à cause de son corps, se montrera manifestement ; il convient vraiment, en effet, que ceux qui doivent toute l'éternité être régis sciemment par Dieu puissent voir toujours leur chef, ce qui serait impossible si Dieu Verbe n'avait pas, en se faisant homme, revêtu une forme.

Q. - Tu m'as instruit, ô Verbe, selon la foi et la raison, en me découvrant entièrement la colonne de Jean. Mais maintenant, je t'en prie, achève de m'expliquer la théorie des anges ; cela s'accorde, je suppose, avec la condition qui est celle de l'âme après la résurrection du corps.

R. - Quoi donc ? dit-il.

Q. - Les anges ont-ils des sens ou non ?

R. - D'après le discours mystique, il leur appartenait de choisir des sentiments en raison de leur liberté ; c'est pourquoi certains d'entre eux, pour s'être asservis à la passion, tombèrent. Mais comme, pour avoir confessé l'Esprit divin et glorieux, ceux qui ne se sont pas laissé séduire par l'apostasie se sont gardés innocents et exempts de passion, ils sont supérieurs également aux sens et jouissent d'une gloire immuable, de sorte qu'en toute circonstance ils ont des pensées semblables ; non seulement, en effet, ils connaissent semblablement le beau, mais encore ils ignorent semblablement le contraire, ce qu'il faut espérer aussi des justes à la résurrection, lorsqu'ils auront présenté à Dieu le fruit de leurs actions libres dans une soumission parfaite (cf. l Co 15,27-28 ?).

Q. - Bien. Mais, repris-je, est-ce que ces puissances saintes et célestes ont une voix pour chanter leurs hymnes, ou le font-elles, comme certains l'imaginent, par une parole intérieure ?

R. - Elles ont une voix, répondit-il ; car si on les reconnaît pour des flammes de feu, comme les Écritures l'indiquent (He 1,7), c'est évidemment d'une voix excellente qu'elles chantent Dieu ; aussi beaucoup de saints entendent-ils souvent leurs voix dans les visions, comme les Écritures l'indiquent.

Q. - C'est évident, repris-je. Mais, diront peut-être certains, c'est d'après l'explication qui a été donnée de la voix divine que la parole de la voix angélique doit être aussi considérée.

R. - Du fait que Dieu peut tout, dit-il, Il se montre, quand Il le veut, comme en train de parler, en restant au-dessus de tout, puisqu'Il est seul immatériel. Mais les anges ne le peuvent ; car si, alors qu'ils ne parlent pas, ils pouvaient, à leur gré, se montrer eux aussi comme en train de parler, ils pourraient aussi tirer du néant ce qu'ils voudraient.

Q. - Fort bien. Et que faut-il penser, continuai-je, de l'âme séparée du corps ?

R. - Jusqu'à ce que l'âme séparée du corps reprenne le corps par la résurrection, tous conviennent qu'elle chante Dieu au moyen de la parole intérieure, puisqu'elle ne tient que du corps la faculté de parler ; mais les anges, en tant que créés dans une nature simple et sonore, usent, comme nous l'avons reconnu, de voix incessantes ; non qu'ils s'expriment au moyen d'un organe corporel, mais ils ont une sorte de mobilité extraordinaire qui est de l'ordre du son ; car leur nature aérienne, si éprise de chant, les porte sans cesse à des clameurs continuelles et perçantes.

Q. - C'est clair ; mais comment donc, repris-je, faut-il imaginer qu'ils prennent une forme quand Dieu les envoie à l'un des saints ?

R. - La question sort de la leçon et par là même restera sans réponse ; toutefois, il faut se dire ceci : dès que, sur l'ordre de Dieu, ils pensent à revêtir une forme quelconque, aussitôt ils y entrent par l'imagination, vu que leur nature, dans sa grande rareté, se met facilement au service de leur vouloir  ; étant donné, en effet, qu'elle se condense comme par la force de leur vouloir, rien ne les empêche de passer par l'imagination de l'invisible au visible, quelle que soit, je le répète, la figure dans laquelle ils veulent se montrer à l'âme pure  ; car il n'appartient qu'à l'âme pure et spirituelle d'être à même de voir de science la forme que lui présente l'imagination  ; si en effet ce qui est appelé dans l'imagination ne rencontre pas les dispositions de celui qui imagine, un ange et un homme ne peuvent entrer en contact de façon visible. C'est pourquoi aussi ils usent alors d'une voix sensible, et la voix imite, me semble-t-il, pour la raison que j'ai dite, la figure que présente l'imagination.

Q. - C'est plausible. Mais je t'en prie, Verbe mon maître, explique-moi encore ceci avant l'apparition du jour (car je sais que dès sa venue tu disparaîtras ; tu ne supportes plus alors, en effet, d'être présent à l'âme pour lui parler, ou de voir les formes ailées de la vie): si les anges envoyés par Dieu sur la terre, pendant le temps qu'ils passent en ce monde, ne quittent pas leur séjour céleste.

R. - Pendant qu'ils sont en ce monde, répondit-il, ils ne peuvent de la même façon être également au-dessus du. ciel  ; ceci est réservé au Verbe de Dieu fait homme, qui apparaît sur cette terre sans être objet d'imagination et ne quitte pas les régions célestes, mais ne laisse pas de tout embrasser grâce à sa nature incirconscrite. Il faut savoir que partout où se trouvent ces puissances angéliques, elles voient tout ce qui se passe au-dessus du ciel aussi bien que dans le monde, comme si c'était totalement placé autour d'elles ; car leur nature transparente et le fait que celle-ci a de tous cotés une sorte de vue par la grâce surtout du Saint-Esprit, font qu'elles voient ainsi toutes choses. Mais Dieu seul voit de près même l'avenir, parce qu'il est au-dessus de tout et qu'Il embrasse par la pensée, comme déjà présent, non seulement ce qui est, mais ce qui adviendra en n'importe quel temps c'est pourquoi aussi Il connaît seul les intentions des coeurs.

Q. - Alors l'âme séparée du corps, dis je, selon l'explication donnée à propos des anges, ne regarde pas seulement la région des êtres incorporels, elle voit de même tout ce qui est dans le monde ?

R. - Pas du tout, répondit-il ; dès que les anges ont été créés dans une nature simple, ils peuvent voir absolument non seulement ce qui est au-dessus du lieu, mais ce qui est dans le lieu ; car c'est le propre d'une nature rare de n'être pas vue de ceux qui ont une nature dense, tandis qu'elle voit toutes les natures de ce genre. Mais l'âme, une fois séparée du corps, ne peut plus voir ce qui est dans le lieu ; «parce que l'Esprit aura passé là, dit l'Écriture, elle n'y sera plus et ne.reconnaîtra plus son lieu» (cf. Ps 102,16) ; comme c'est, en effet, par son union au corps qu'elle est dans le lieu, de toute nécessité elle ne peut plus, une fois séparée du corps, voir ce qu'elle voyait par le corps ; c'est que l'homme a son intégrité dans la composition , tandis que les anges ont la leur dans la simplicité de leur nature.

Voilà, avec peut-être quelques détails encore, ô roi multicouronné et illustre, tout ce que me manifesta le Verbe qui me révéla la sagesse de Jean ; le jour venu, il s'envola, me laissant sur la soif de son amitié.


L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Pour en revenir aux évêques de l'Église des Catacombes, il convient de noter les efforts particuliers du Métropolite Cyrille, du Métropolite Joseph, de l'Archevêque Dimitri, de l'évêque Damascène, de l'évêque Alexis de Voronjej et de beaucoup d'autres dans le domaine du développement de communautés cachéesÉ Et, du côté opposé, il faut signaler l'insistance particulière que montre le Métropolite Serge a présenter les succès des membres de l'Église des Catacombes comme étant nuls. De son point de vue, il n'y aurait aucun membre de l'Église des Catacombes, parce qu'«il n'y a aucune opposition au Métropolite Serge» (!!?) Faut-il préciser que le pouvoir soviétique a toujours soutenu et soutient encore de telles «informations» ? Et en tout premier lieu, le Métropolite Serge s'est prononcé contre l'idée même de l'existence des Catacombes. Dans sa déclaration, il écrit : «Seuls les rêveurs de cabinet peuvent penser qu'une aussi énorme communauté que l'Église orthodoxe avec toute son organisation peut vivre tranquillement dans un pays en se cachant du pouvoir.»

A ce propos, il faut dire que dans la catégorie des «rêveurs de cabinet» entre avant tout le Patriarche martyr Tikhon, sans parler de tous les dignitaires, sans doute «mythomanes». Mais l'expression «de cabinet» ne convient pas vraiment à ces derniers, car ils ont activement travaillé pour l'Église non dans le confort d'un «cabinet d'études», mais dans un univers de réclusions carcérales et concentrationnaires, ou dans l'exil, comme le Métropolite Joseph qui vécu avec des bêtes crasseuses, des porcs, séparés seulement d'eux par des roseauxÉ

C'est d'ailleurs justement au moment où ils se sont trouvés dans de telles conditions qu'ils ont compris qu'il n'y avait aucune autre issue que celle «d'aller dans les catacombes» !

Au-delà des expériences des membres de la hiérarchie russe, il faut revenir très loin dans l'histoire de l'Église universelle, et arrêter son attention sur les persécutions des trois premiers siècles, au temps des saints apôtres ; il apparaît alors que l'Église toute entière depuis le temps des apôtres, a été dirigée, d'après le Métropolite Serge, par des «rêveurs de cabinet»É Continuant sur la même voie, le Métropolite Serge atteint les limites de l'insolence admissible et du véritable blasphème, car on doit rattacher le début de cet enseignement sur l'Église «cachée» à la prédication de notre Seigneur Jésus Christ, comme cela a déjà été démontré plus haut et en conclusion par les paroles de l'Apocalypse. D'ailleurs, à ce propos :

«Apocalypse de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu'Il a fait connaître, par l'envoi de son ange, à son serviteur Jean» (Ap 1,1).

Et, bien entendu, ce qui doit arriver à la fin des temps est décrit ici :

«Et la femme s'enfuit dans le désert, où elle avait un lieu préparé par Dieu, afin qu'elle y fût nourrieÉ» (Ap 12,6).

«Et les deux ailes du grand aigle furent données à la femme, afin qu'elle s'envolât au désert, vers son lieuÉ loin de la face du serpentÉ» (Ap 12,14).

Nous sommes déjà au commencement de la fin. La quantité de temps qu'il nous reste ne nous est pas connue, mais sa qualité est évidente. L'antichrist impersonnel collectif agit déjà. Et son action est universelle. Le recul de Dieu est partout visible, dans le monde entierÉ Le Métropolite Serge et ses successeurs savent qu'ils sont assis sur un «baril de poudre». Le «Maître» ne le leur cache pas, qui «patiente jusqu'à présent», et plus tard arrivera «ce qui doit arriver». Les saints et bienheureux staretz russes ont parlé clairement à ce sujet. Ils n'ont béni que l'existence souterraine de l'Église. Le Métropolite Serge et ceux qui sont avec lui n'ont pas entendu la voix des saints et des bienheureux, ils ont accepté un compromis et espèrent comme cela «sauver l'Église». Mais en agissant de cette manière, ils ne réussiront qu'à la détruire. Il est pourtant clair pour tous que de deux choses l'une : il existe soit «l'Église soviétique», soit «l'Église des Catacombes». Comme le disait à ce propos le saint père martyr Maxime, évêque de l'Église des Catacombes :

«L'Église soviétique et l'Église des Catacombes sont incompatibles.»

Oui, «l'Église soviétique» est compatible avec le pouvoir soviétique. Mais les Catacombes ne sont compatibles ni avec le pouvoir soviétique, ni avec «l'Église soviétique» créée par ce même pouvoir. Pourtant, l'Église «officielle» à travers sa hiérarchie se moque du peuple croyant quand elle annonce que le pouvoir soviétique est béni par Dieu, qu'il a été envoyé et offert par la bienveillance du Très-HautÉ Alors que la véritable Église, qui est secrète, considère le pouvoir soviétique comme le pouvoir de la grande colère de Dieu, permise par le Tout-Puissant en tant que pouvoir diabolique pour punir les gens de s'être «éloignés» de Dieu (2 Th 2,3). Elle considère le pouvoir soviétique comme le pouvoir de l'antichrist impersonnel et collectif, le prédécesseur de celui qui doit venir à la fin des temps. «L'Église soviétique» parlant par la bouche de la bête (Ap 13,2) est dans un certain sens ce faux prophète dont parle l'Apocalypse. Le but de ce menteur est de séduire l'univers pour que les gens croient ce mensonge très blasphématoire qui proclame que le Christ - et son Ennemi (que la fausse Église ne nomme pas et ne considère pas comme l'antichrist) sont tout à fait compatibles, la compatibilité du pouvoir soviétique et de «l'Église soviétique» en étant la preuve. C'est pourquoi cette «Église soviétique» nie l'invraisemblable persécution contre la foi qui existe dans le pays autant qu'existe le pouvoir soviétique.

La fausse Église se montrant une fois de plus sous son vrai jour, déclare :

«Il n'y a pas eu et il n'y a pas de persécutions.» C'est pourquoi elle prétend que les millions de martyrs pour le Christ sont des «criminels politiques» justement condamnés par le pouvoir soviétique.

«L'Église soviétique», c'est l'ombre du pouvoir soviétique. Elle n'est dirigée ni par un patriarche, ni par des évêques, ni par des prêtres, mais par le conseil aux affaires religieuses et par son délégué, c'est-à-dire une section spéciale, G.B. du comité central du parti. L'administration elle-même de cette «Église» à son tour est désignée sous le contrôle de ce même pouvoir. C'est pourquoi «l'Église soviétique» accomplit sans aucune restriction la volonté de «la dictature du prolétariat», elle rend toutes sortes de services au Pouvoir, emploie la langue du mensonge, accomplit toutes sortes d'injustices etÉ même de crimes. Elle est soumise «à la religion de l'antéchrist et de la lutte contre Dieu», et le pouvoir soviétique envoie ses «militants», formant une entité qui lui est indispensable, dans l'un ou l'autre domaine de la vie de «l'Église». C'est un contrôle supplémentaire sur «l'Église». Quant à cette «Église», elle tranquillise les croyants en disant : «Nous faisons les faibles d'esprit, et par là même nous trompons le pouvoir soviétique plus astucieusement.»

L'Église des Catacombes n'use d'aucun subterfuge et n'a recours à aucun compromis avec l'ennemi du Christ, l'antichrist impersonnel. Par sa propre volonté, elle ne lui cède le pas en rien, niant idéologiquement aussi bien le pouvoir soviétique que «l'Église soviétique». Elle porte docilement «le joug du Christ» vivant «dans le désert».

(à suivre)

«Pendant ton baptême dans le Jourdain, Seigneur,

est apparue l'adoration due à la Trinité, car la voix du Père T'a rendu témoignage,

en T'appelant du nom de Fils bien-aimŽ;

et l'Esprit, sous une forme de colombe, attestait la vŽritŽ de cette parole;

Gloire à Toi Christ notre Dieu, qui es apparu illuminant le monde !»

Tropaire de la Théophanie

SUR L'ÉCONOMIE

Canon VII de saint Cyrille (au prêtre Gennade)

Le zèle pour la vraie foi de votre piété, ce n'est pas d'aujourd'hui que je le connais ; je le connaissais depuis longtemps et je vous loue certes bien de vouloir vivre dans une telle exacte observance. Mais la considération du bien général oblige parfois certains de sortir quelque peu hors du chemin prescrit, afin d'obtenir un plus grand bien. En effet, de même que les voyageurs en mer devant la tempête qui éclate et le danger que court le vaisseau, pris de peur, jettent à la mer une partie de la cargaison pour sauver le reste, de même, nous aussi, en face des événements, toutes les fois qu'il n'est pas possible de garder la très grande exactitude, nous négligeons une partie pour ne pas subir la perte totale.

Je vous écris cela, carÉ

Canon XVIII de saint Basile de Grand.

 

Prenez garde à vous, ô prêtre, et à ceux que vous instruirez et faites attention en vous acquittant du ministère qui vous a été confié; car on ne vous a pas remis un ministère terrestre, mais céleste, non humain, mais angélique.

Appliquez-vous à vous montrer ouvrier irréprochable, qui marche dans le droit chemin de la vérité. Ne vous présentez jamais à la synaxe eucharistique avec des sentiments d'inimitié contre quelqu'un, afin de ne pas éloigner le Paraclet un jour de synaxe. Évitez les procès, évitez totalement les querelles, restez au contraire caché dans l'église, priant et lisant l'Écriture sainte jusqu'à l'heure de la célébration des divins mystères ; présentez-vous alors à l'autel avec componction sans regarder de-ci de-là, mais vous tenant devant le Roi céleste avec sainte frayeur et crainte. Ne récitez pas en hâte par complaisance humaine et n'abrégez pas les prières ; pendant la supplication «n'ayez égard à la personne d'aucun homme», mais ayez le regard fixé sur le Roi qui est là devant vous et les puissances célestes, qui assistent tout autour. Rendez-vous dignes des exigences des saints canons. Ne concélébrez pas avec ceux que les canons rejettent.

Voyez donc, devant qui vous vous présentez, comment vous célébrez, à qui vous donnez l'eucharistie. Attention, n'oubliez pas le précepte du Maître et celui des saints apôtres : «Ne donnez pas, dit-Il, les saints dons aux chiens, et ne jetez pas les perles devant les pourceaux» ; «Voyez ces chiens», et le reste.

Prenez garde à ne pas céder au respect humain et craindre un homme pour votre ruine ; ne livrez pas le Fils de Dieu à des mains indignes. Prenez garde à ne pas vous laisser intimider par aucun puissant de la terre ; ne craignez en cette heure-là même celui qui porte la couronne impériale, lorsque vous vous présentez à l'autel pour célébrerÉ

La joie spirituelle qui vient de l'esprit va dans le corps ; mais n'est pas du tout corrompue par la communion au corps, mais transforme celui-ci et le rend spirituel parce qu'alors il rejette tous les mauvais appétits de la chair, ne tire plus l'âme vers le bas, mais s'élève avec elle, de sorte que l'homme tout entier devient esprit suivant ce qui est écrit : «Celui qui est né de l'Esprit est esprit.» (Jn 3,6)

saint Grégoire Palamas

L'AME APRES LA MORT

(suite)

 

Tiré de «The Orthodox Word»

Voyons maintenant la rencontre avec des anges dans les véritables expériences après la mort des chrétiens orthodoxes.

 

Chapitre III

Apparitions des anges et des démons à l'heure de la mort.

Dans ces expériences, le nouveau mort rencontre d'habitude deux anges. Voici comment l'auteur de «Incroyable pour beaucoup» les décrit : «A peine la vieille infirmière prononça-t-elle ces mots («puisse-t-il hériter du Royaume des Cieux») que deux anges apparurent à mon côté ; par je ne sais quelle raison, je reconnus, dans l'un d'eux mon ange gardien mais l'autre m'était inconnu». (Plus tard, un pieux pèlerin lui apprenait que c'était «l'ange de l'accueil»). Sainte Théodora, dont le voyage après la mort à travers les «postes de péage» aériens est raconté dans la Vie de saint Basile le Nouveau, rapportait : «Quand j'étais au bout de ma force, je vis soudain deux anges radieux de Dieu qui étaient comme des jeunes hommes resplendissants d'une beauté inexprimable. Leur visage était plus brillant que le soleil, leur regard était plein d'amour, leur cheveux étaient blancs comme la neige, un rayonnement doré entourait leur tête, leurs vêtements étincelaient comme l'éclair et leur buste était entouré de bandes dorées en forme de croix». L'évêque de la Gaule du VIe siècle, saint Salvius, décrit ainsi son expérience de la mort : «Quand ma cellule se secouait voilà quatre jours et, vous me voyiez étendu mort, j'étais élevé par deux anges et porté au sommet du ciel» (Saint Grégoire de Tours. «Histoire des Francs»).

La mission de ces anges est d'emmener l'âme du nouveau défunt à son voyage dans l'autre vie. Il n'y a rien de vague en eux, ni dans leur apparence, ni dans leur action ; ayant une apparence humaine, ils saisissent «le corps subtil» de l'âme dans leurs «bras» (Sainte Théodora). «M'ayant pris par les bras, les anges me portèrent droit à travers le mur de la salle . ..» («Incroyable pour beaucoup» p. 22). Saint Salvius fut «élevé par deux anges». De tels exemples pourraient être multipliés.

On ne peut par conséquent affirmer que «l'être de lumière» dans les expériences d'aujourd'hui - qui n'a pas de forme visible, qui ne conduit l'âme nulle part, qui s'arrête pour engager un dialogue avec l'âme et montre des panoramas rétrospectifs de sa vie passée - soit un ange guide de l'autre vie. Chaque être qui apparaît comme un ange ne l'est pas en fait car, même Satan se déguise en ange de lumière (2 Cor 11-14), combien moins ces êtres, sans même l'apparence des anges, pourraient leur être identifiés !

Des rencontres incontestables avec des anges semblent ne presque jamais se produire dans les expériences «après la mort» d'aujourd'hui, pour une raison que nous tenterons d'expliquer plus bas.

Est-il possible alors que «l'être de lumière» soit en réalité un démon se camouflant comme «un ange de lumière» sans forme pour tenter le mourant au moment même où l'âme quitte le corps ? Dr Moody et d'autres investigateurs soulèvent effectivement cette question mais seulement pour réfuter la possibilité de sa solution affirmative comme n'étant pas en harmonie avec les «bons» effets que l'apparition produit chez les mourants. Indéniablement, la vision du «mal» de ces chercheurs est extrêmement naïve ; Dr. Moody pense que «Satan, lui, engagerait plutôt ses serviteurs dans la voie de la haine et de la destruction» et semble être totalement ignorant de la littérature chrétienne décrivant la vraie nature des tentations démoniaques qui sont invariablement présentées à leurs victimes comme quelque chose de «bon».

Quel est donc l'enseignement orthodoxe au sujet des tentations démoniaques à l'heure de la mort ?

Saint Basile le Grand, dans son interprétation des paroles du psaume 7 : «Sauve-moi de ceux qui me persécutent et délivre-moi pour qu'ils ne puissent saisir aucunement mon âme comme un lion» donne l'explication suivante : Je pense que les nobles athlètes de Dieu qui ont lutté efficacement contre les ennemis invisibles durant leur vie, après avoir échappé à toutes les persécutions et atteint la fin de leur vie, sont examinés par le prince de ce monde pour pouvoir, s'ils se trouvent porteurs de blessures de combat ou de quelques tâches ou effets de péché, être retenus. Mais s'ils se trouvent sans blessure et sans péché, ils peuvent être emportés par le Christ à leur repos comme non-conquis et libres. Par conséquent, le prophète prie tant pour sa vie ici-bas que pour sa vie future. Ici, il dit : «Sauve-moi de ceux qui me persécutent» et là, au moment du procès : «Délivre-moi afin qu'ils ne puissent aucunement saisir mon âme tel un lion».

Et cela, vous pouvez l'apprendre du Seigneur lui-même qui, avant sa Passion, dit : «Maintenant, le prince du monde vient : il n'a rien en moi» (Jn 14,30).

En fait, ce n'est pas seulement les combattants du Christ qui doivent affronter le test de la part des démons à l'heure de la mort. Saint Jean Chrysostome, dans ses Homélies sur saint Matthieu, donne une description vivante de ce qui arrive souvent à des pécheurs ordinaires : «Alors, on peut entendre la plupart des gens raconter des horreurs et des visions épouvantables dont les mourants sont incapables de supporter le spectacle et secouent leur lit de toute leur force, jetant leur regard effarouché sur leur entourage pendant que leur âme, refusant d'être arrachée du corps et incapable de soutenir la vue d'êtres humains effrayants peut nous frapper de terreur, que ne souffrirons-nous pas, quand parmi nous visiteurs, nous verrons des anges menaçants et des puissances sévères, pendant que notre âme sera arrachée de notre corps et entraînée malgré tous ses gémissements».

Les Vies des Saints orthodoxes abondent en de tels récits de spectacles démoniaques survenant au moment de la mort, généralement dans le but d'effrayer le mourant et de le désespérer de son salut.

Saint Grégoire dans ses Dialogues, parle, par exemple, d'un homme riche : «...Arrivé à l'extrémité, à l'heure, même où déjà il allait sortir du corps, il vit, les yeux bien ouverts, des esprits affreux et tout noirs se tenir devant lui et s'approcher de lui d'un air très menaçant pour l'emporter aux prisons de l'enfer. Il se mit à trembler, à pâlir, à suer, à demander à grands cris un délai, à appeler en grande agitation son fils nommé Maximus... Il criait : «Maximus, accours. Je ne t'ai jamais fait de mal. Prends-moi sous ta protection». Tout troublé, Maximus accourt, la domesticité, pleurant et en clameurs, se rassemble. Ils ne pouvaient voir eux-mêmes les esprits malins dont Chrysaorieus subissait les pénibles attaques, mais ils sentaient leur présence par la confusion, la pâleur, les tremblements de celui qui était entraîné. Sous la terreur de leur affreuse image, il se tournait et se retournait en son lit, il se couchait sur le côté gauche, ne pouvant supporter leur aspect ; il se tournait vers le mur, ils étaient làÉ Alors que, dans cette terrible presse, il désespérait désormais de pouvoir être relâché à l'habitacle charnel... (Dialogues IV,38). Saint Grégoire rapporte d'autres incidents semblables, comme fait également Bède le Vénérable. Même dans l'Amérique du XIXe siècle, de telles expériences n'étaient pas rares. Une récente anthologie contient de nombreuses visions d'agonisants, datant du XIXe siècle et subies par des pécheurs non-repentis, avec des titres tels que : «Je suis dans les flammes ! Retirez-moi !», «Oh ! Sauvez-moi, ils m'entraînent dans l'abîme !», «Je vais en enfer» et «Le diable vient pour emmener mon âme en enfer !» (John Myers : «Voices from the Edge of Eternity»).

Dr. Moody par contre ne cite rien de ce genre : dans son livre, pratiquement toutes ]es expériences des mourants (avec la notable exception de celles des suicidés) sont agréables, qu'elles soient vécues par des chrétiens ou non, croyants ou non.

Ce sont les Drs Osis et Haraldsson qui ont trouvé, dans leurs études, quelque chose de plus proche des expériences citées plus haut. Ces chercheurs, dans leur étude de l'Amérique, ont eu les mêmes résultats que le Dr Moody : l'apparition des visiteurs de l'autre monde perçue comme signe positif, le malade acceptant la mort, l'expérience agréable ayant comme résultat la sérénité ou le soulagement et souvent l'arrêt de la souffrance avant la mort. Dans leur étude de l'Inde, par contre, un tiers des patients ayant vu des apparitions éprouvaient la peur, la dépression, l'anxiété à la vue des «Yamdoot» (les messagers hindous de la mort) ou d'autres êtres ; ces Indiens résistent et essayent d'échapper aux messagers de l'autre monde.

Ainsi, dans une des expériences, un membre du clergé indien racontait dans son agonie : «Quelqu'un se tient là ! Il a un chariot avec lui, c'est donc un yamdoot ! Il doit emmener quelqu'un avec lui, il me nargue, disant qu'il va m'emmener...Je vous en prie, retenez-moi ; je ne veux pas y aller».

Sa douleur s'aggrava et il mourut. Un autre Hindou mourant dit soudain, en montrant dehors et vers le haut : «Il est là !» Cette chambre d'hôpital était au rez-de-chaussée. Dehors, près du bâtiment, il y avait un grand arbre, avec une grande quantité de corbeaux perchés sur ses branches : juste à l'instant où le malade avait sa vision, tous les corbeaux s'envolèrent de l'arbre en faisant beaucoup de bruit, comme si quelqu'un avait tiré un coup de fusil ; Nous en étions très étonnés et sortîmes en courant par une porte ouverte de la chambre mais nous ne vîmes rien qui aurait pu déranger les corbeaux.

Comme, en temps normal, ils étaient très tranquilles, c'était pour nous tous un événement marquant que de les voir s'envoler avec tant de vacarme et juste au moment où le malade avait sa vision. C'était comme si eux aussi étaient devenus conscients de quelque chose de terrible. Après cela, le malade est tombé dans son coma pour expirer quelques minutes plus tard. Il y a des «yamdoots» qui, par leur apparition terrifiante, provoquent encore plus d'effroi chez les mourants.

Voilà la différence la plus frappante entre les expériences américaines et indiennes dans l'étude des Drs Osis et Haraldsson, mais les auteurs n'en donnent aucune explication.

(à suivre)

Un laïc demanda à l'ancien Barsanuphe le Grand : Si une chose me semble être selon Dieu et qu'une pensée contraire s'y oppose pour m'empêcher de la faire en me suggérant qu'elle n'est pas bonne, comment puis-je me rendre compte si elle est vraiment bonne ? Il répondit : Si la chose te semble être selon Dieu, mais qu'une pensée contraire s'y oppose, voici ce qui prouvera qu'elle est vraiment selon Dieu : si, nous étant mis en prière, notre voeu s'attache fermement à ce bien, et si cela augmente au lieu de diminuer, que la pensée opposée continue ou on de nous tracasser, soyons-en certains, la chose est selon Dieu. Car au bien vient s'opposer de l'affliction par suite de l'envie du diable, mais par la prière le bien devient plus évident. Si c'est au contraire le diable qui a suggéré le bien apparent, l'opposition à ce bien venant de lui, le faux bien lui-même diminue, ainsi que l'opposition apparente. Car l'ennemi fait semblant de s'opposer à la pensée qu'il a suggérée, afin de nous égarer par ce procédé et de nous faire croire que c'est un bien.

LES ORACLES

Pouvoir gouvernant :

Malheur à toi, ville aux sept collines, quand la vingtième lettre sera clouée sur tes murs !

Alors seront près de la chute et de la perte tes tyrans et tes juges injustes ; ceux dont les doigts sont comme des faucilles, ce qui est une faux de désolation et de blasphème en Dieu (sic).

Révérence :

Déjà mort et perdu de vue.

Beaucoup de monde le connaissent, même si personne ne le voit ; et , comme sortant soudain de quelque torpeur, il conquerra ici le sceptre de ce royaume.

Parce qu'une colonne a été vue comme un poteau tissé, et un héraut invisible criera à haute voix par trois fois : dépêchez-vous et allez à l'ouest d'Eptalofos (Constantinople) pour y trouver un homme, mon esclave bien-aimé.

Emmenez-le au palais royal ;

sa tête est en forme de croissant, il est affable, doux, un grand penseur.

Il s'attachera à mieux connaître l'avenir, et vous aurez de nouveau votre gouvernement.

O Eptalofos (ce qui signifie : [ville aux] sept collines).

 

Sans titre

Cour de Byzas (fondateur de la ville de Byzance), demeure de Constantin, Rome, Babylone et un autre, nouvelle Sion ; trois fois trois cents, et tu gouverneras un état.

Tu amasseras l'or des nations comme de la terre, et tu gouverneras toutes les nations autour de toi. Mais le feu des temps derniers et la nation blonde te réduiront en cendres et aboliront ton état.

Tu seras de nouveau comme si tu n'avais jamais existé (réduit à zéro) jusqu'à ce que le doigt de Dieu apparaisse au point du jour, une main, libérée, frappera de deux doigts pointus comme des flammes sortant du fourneau, dans lesquelles ils vengeront la part paternelle.

Et tes enfants viendront tout droit vers toi et t'entoureront comme un cercle entoure son centre, et Lui, juste, te les transférera pour jugement ; et toi, la nouvelle, sera remise à neuf désormais ; et ton gouvernement au-dessus des nations sera supérieur à ton ancien règne.

Car tu rempliras la fonction de maison de Dieu, et les gens viendront de loin et te supplieront, suivant tes saints pas.

traduit par C. Pountney

N.B. : Ce texte fait partie d'un ensemble de prophéties dont le bulletin s'est déjà fait l'écho.

«Celui qui a commencé à marcher sur la route, s'il n'achève pas son voyage, mais s'arrête au milieu de la route, deviendra ridicule en perdant le profit des deux routes : celle d'où il vient et celle où il va. Ainsi, celui qui a commencé à marcher selon la loi divine, s'il n'achève pas sa course, perdant la considération et devenant tout à fait ridicule, sera privé de la vie éternelle.»

Saint Cyrille le Philéote
MYSTERE REDOUTABLE

Alexandre Kalomiros

 

La discussion entre l'athéisme et le catholicisme est possible. Ils discutent sur un même plan philosophique avec des arguments de la même famille. Mais la discussion entre l'athéisme et l'Orthodoxie est impossible car l'Orthodoxie parle une langue complètement incompréhensible pour l'athéisme. L'Orthodoxie comprend parfaitement bien la langue de l'athéisme, mais si elle-même se mettait à parler cette langue, elle cesserait d'être orthodoxe.

Pour exemple, prenons la discussion concernant la nature de l'homme. Le catholicisme considère que l'homme est composé d'âme et de corps. L'athéisme n'accepte pas l'existence de l'âme et enseigne que l'homme est seulement corps. Cette négation est une réponse à la conception de l'homme dans le catholicisme.

Dans leur effort d'exprimer les mystères profonds de la nature humaine avec des concepts simples, les catholiques ont emprunté les notions hellénistiques sur le corps et l'âme, de façon à ce que toutes deux soient absolument compréhensibles. Comme les anciens, ils ont décrit l'âme comme indépendante, l'âme existant en elle-même étant l'être proprement dit, et ils ont ramené le corps au niveau de fardeau inutile qui emprisonne l'âme et ne la laisse pas se développer librement, ainsi que le croyaient les Grecs.

C'est de cette manière que le mystère de l'existence humaine est descendu au niveau naïf des définitions philosophiques. C'est ainsi qu'a commencé l'échange d'arguments philosophico-scientifiques qui se perpétuera jusqu'à la consommation des siècles sans naturellement que l'on puisse démontrer quoique ce soit.

Il en est ainsi parce que l'on recherche cette preuve dans le domaine de la logique pure et pas dans un domaine qui la dépasse. Cette logique pure n'a qu'une fonction auxiliaire car, à elle seule, elle ne peut conduire ni à la connaissance, ni à la certitude.

Comment donc l'Orthodoxie pourrait-elle prendre part à une si naïve et puérile discussion sans descendre elle-même au niveau de la naïveté ? L'Orthodoxie se refuse à donner des définitions philosophiques pour définir l'homme, son corps et son âme. Elle connaît que l'homme n'est pas seulement ce qui apparaît, mais elle sait très bien qu'elle ne peut ni décrire, ni définir son âme, ni considérer le corps et la matière comme des choses qui peuvent devenir compréhensibles par le cerveau humain. Parce que peu importe jusqu'où le cerveau de l'homme peut analyser les êtres, car il ne peut de toute façon que capter les conceptions qu'il fabrique lui-même sur les êtres, mais pas leur substance.

Voilà ce que dit saint Grégoire de Nysse sur l'homme : «car il me paraît que la création de l'homme est redoutable et difficile et inexplicable. Elle représente en elle plusieurs mystères inexplicables de Dieu».

L'Orthodoxie utilise les mots «corps», «âme», «chair», «matière», «esprit» sans signifier toujours avec le même mot les mêmes choses. Elle utilise les mots qui existent dans le vocabulaire humain parce qu'il est nécessaire à son expression. Mais elle ne se précipite jamais pour enfermer un mystère complet que même les anges ne peuvent contenir dans les limites étroites d'une conception humaine. Elle n'accepte pas non plus de diviser l'homme en compartiments hermétiques tels que le corps et l'âme ou comme le prétendent certains hérétiques, corps, âme et esprit, et elle n'attribue pas à la chair une valeur vile, mais souvent s'en sert pour représenter la nature humaine toute entière : «Et la parole a été faite chair».

Mais tel n'est pas notre sujet. L'Orthodoxie est une expérience, une vie en Dieu, une série de contacts ontologiques et non une série de raisonnements humains. Ces raisonnements existent et sont parfaitement logiques, mais ils ne sont que des auxiliaires. Les fondements de l'Orthodoxie ne sont pas des faits de raisonnements et de spéculations philosophiques, mais des expériences de l'énergie divine dans le coeur purifié des saints. Comment donc l'athéisme pourrait-il discuter avec elle ?