NUMÉRO 12

 Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

DECEMBRE 1980

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

NOUVELLES
SERMON EN LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR
L'ÉVANGÉLISATION DE LA FRANCE
SAINT LUPICIN ET LE ROI BURGONDE HILPÉRIC
L'AME APRES LA MORT
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
AVEC LA CROIX POUR BANNIERE
LA NAISSANCE DE NOTRE SEIGNEUR

NOUVELLES

Voilà le dernier bulletin de l'année. Comme toujours, les textes sont choisi d'après le besoin spirituel, la formation de nos lecteurs, ainsi bien sûr qu'à partir des textes que nous avons à notre disposition, et si possible en considérant le cycle liturgique de l'année.

Nous publions donc pour Noël un sermon de saint Léon le Grand, des prières liturgiques, et même un récit apocryphe. A ce propos, quelques mots concernant les apocryphes en général : il s'agit d'écrits anciens à sujet biblique, mais qui ne figurent pas dans le canon de la Bible. Ces textes, à l'origine souvent authentiques, furent falsifiés par la suite par les hérétiques, les sectateurs. Parfois aussi ils furent tout bonnement inventés en empruntant à d'autres écrits existants et en les complétant par l'imagination. Le vrai et le faux s'y trouvent donc mélangés. Pourtant l'Église s'en est toujours servi avec discernement pour l'iconographie, l'hymnologie, etc, selon la parole de l'apôtre : «Éprouvez tout et ne retenez que ce qui est bon» (1 Th 5,21).

Le mot apocryphe vient du grec et veut dire caché; soustrait, secret.

Les textes d'Alexandre Kalomiros que nous avons déjà publié et que nous désirons, plaise à Dieu, encore publier, sont traduits sur le grec. Le livre de Kalomiros est traduit également en anglais : Against False Union.

De tout coeur, nous souhaitons à tous nos lecteurs pour la fête de la Nativité de notre Sauveur Jésus Christ, la paix que les anges ont annoncé et que le monde ne peut donner.

Bien à vous
hm. Cassien

SERMON EN LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR

de saint Léon le Grand

Soyons transportés d'allégresse, bien-aimés, et donnons libre cours à la joie spirituelle, car voici que s'est levé pour nous le jour d'une rédemption nouvelle, jour dès longtemps préparé, jour d'un éternel bonheur.

Voici, en effet, que le cycle de l'année nous rend le mystère de notre salut, mystère promis dès le commencement des temps, accordé à la fin, fait pour durer sans fin. En ce jour, il est digne que, élevant nos coeurs en haut, nous adorions le mystère divin, afin que l'Église célèbre par de grandes réjouissances ce qui procède d'un grand bienfait de Dieu.

En effet, Dieu tout-puissant et clément, dont la nature est bonté, dont la volonté est puissance, dont l'action est miséricorde, dès l'instant où la méchanceté du diable nous eut, par le poison de sa haine, donné la mort, détermina d'avance, à l'origine même du monde, les remèdes que sa Bonté mettrait en oeuvre pour rendre aux mortels leur premier état; Il annonça donc au serpent la descendance future de la femme qui par sa vertu, écraserait sa tête altière et malfaisante à savoir le Christ qui devait venir dans la chair désignant ainsi Celui qui, Dieu en même temps qu'homme, né d'une vierge, condamnerait par sa naissance sans tache le profanateur de la race humaine. Le diable, en effet, se glorifiait de ce que l'homme, trompé par sa ruse, avait été privé des dons de Dieu, et dépouillé du privilège de l'immortalité, était sous le coup d'une impitoyable sentence de mort; c'était pour lui une sorte de consolation dans ses maux que d'avoir ainsi trouvé quelqu'un pour partager avec lui sa condition de prévaricateur; Dieu Lui-même, suivant les exigences d'une juste sévérité, avait modifié sa décision première à l'égard de l'homme qu'Il avait créé en un si haut degré d'honneur. Il fallait donc, bien-aimés, selon l'économie d'un dessein secret, que Dieu, qui ne change pas et dont la Volonté ne peut pas être séparée de sa Bonté, accomplit par un mystère plus caché le premier plan de son Amour et que l'homme entraîné dans la faute par la fourberie du démon, ne vînt pas à périr, contrairement au dessein divin.

Les temps étant donc accomplis, bien-aimés, qui avaient été préordonnés pour la rédemption des hommes, Jésus Christ, fils de Dieu, pénétra dans les bas-fonds de ce monde, descendant du séjour céleste tout en ne quittant pas la Gloire de son père, venu au monde selon un mode nouveau, par une naissance nouvelle. Mode nouveau, car, invisible par nature Il s'est rendu visible en notre nature; insaisissable Il a voulu être saisi; Lui qui demeure avant le temps, Il a commencé à être dans le temps; maître de l'univers, Il a pris la condition de serviteur en voilant l'éclat de sa Majesté; Dieu impassible, Il n'a pas dédaigné d'être un homme passible; immortel, de se soumettre au lois de la mort. Naissance nouvelle que celle selon laquelle Il est né conçu par une vierge, né d'une vierge sans qu'un père y mêlât son désir charnel, sans que fut atteinte l'intégrité de sa mère, une telle origine convenait en effet à celui qui serait le Sauveur des hommes; afin que tout à la fois Il eût en Lui ce qui fait la nature de l'homme et ne connut pas ce qui souille la chair de l'homme. Car le Père de ce Dieu qui naît dans la chair, c'est Dieu, encore en témoigna l'archange à la bienheureuse Vierge Marie. «L'Esprit saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c'est pourquoi l'enfant qui naîtra de toi sera saint et sera appelé Fils de Dieu.» (Lc 1,35).

Origine dissemblable, mais nature commune : qu'une vierge conçoive, qu'une vierge enfante et demeure vierge, voilà qui, humainement, est inhabituel et inaccoutumé, mais relève de la Puissance divine. Ne pensons pas ici a la condition de celle qui enfante, mais à la libre décision de Celui qui naît, naissant comme Il le voulait et comme Il le pouvait. Recherchez-vous la vérité de sa nature ? Reconnaissez qu'humaine est sa substance, voulez-vous avoir raison de son origine ? Confessez que divine est sa Puissance. Le Seigneur Jésus Christ est venu, en effet, ôter notre corruption, non en être la victime; porter remède à nos vices, non en être la proie. Il est venu guérir toute faiblesse, suite de notre corruption, et tous les ulcères qui souillaient nos âmes : c'est pourquoi il a fallu qu'Il naquît suivant un mode nouveau, Lui qui apportait à nos corps humain la grâce nouvelle d'une pureté sans souillure. Il a fallu, en effet, que l'intégrité de l'enfant sauvegardât la virginité sans exemple de sa mère, et que la puissance du divin Esprit, répandue en elle, maintint intacte cette enceinte de la chasteté et ce séjour de la sainteté en lequel Il se complaisait : car Il avait décidé de relever ce qui était méprisé, de restaurer ce qui était brisé et de doter la pudeur d'une force multipliée pour dominer les séductions de la chair, afin que la virginité, incompatible chez les autres avec la transmission de la vie, devînt, pour les autres aussi, imitable grâce à une nouvelle naissance.

Mais ce fait même, bien-aimés, que le Christ ait choisi de naître d'une vierge, n'apparaît-il pas dicté par une raison très profonde ? C'est à savoir que le diable ignorât que le salut était né pour le genre humain, et crût, la conception due à l'Esprit lui échappant, que Celui qu'il voyait non différent des autres n'était pas né différemment des autres. Celui, en effet, en qui il constata une nature identique à celle de tous, avait, pensa-t-il, une origine semblable à celle de tous; il ne comprit pas qu'était libre des liens du péché Celui qu'il ne trouva pas affranchi des faiblesses de la mortalité. Car Dieu, qui, dans sa Justice et sa Miséricorde, disposait de multiples moyens pour relever le genre humain, a préféré choisir pour y pourvoir la voie qui lui permettrait de détruire l'oeuvre du diable en faisant appel non à une intervention de puissance, mais à une raison d'équité. Car, non sans fondement, l'antique ennemi, dans son orgueil, revendiquait sur tous les hommes les droits d'un tyran, et, non sans raison, il accablait sous sa domination ceux qu'il avait enchaînés au service de sa volonté, après qu'ils eussent d'eux-mêmes désobéi au commandement de Dieu. Aussi n'était-il pas conforme aux règles de la justice qu'il cessât d'avoir le genre humain pour esclave, comme il l'avait dès l'origine, sans qu'il eut été vaincu par le moyen de ce qu'il avait lui-même réduit en servitude. A cette fin, le Christ fut conçu, sans l'intervention d'un homme, d'une vierge que l'Esprit saint et non une union charnelle rendit féconde. Et tandis que, chez toutes les mères, la conception ne va pas sans la souillure du péché, cette femme trouva sa purification en Celui-là même qu'elle conçut. Car, là où n'intervint pas de semence paternelle, le principe entaché de péché ne vint pas non plus se mêler. La virginité inviolée de la mère ignora la concupiscence et fournit la substance charnelle. Ce qui fut assumé de la Mère du Seigneur, ce fut la nature, et non la faute. La nature du serviteur fut créée sans ce qui en faisait une nature d'esclave, car l'homme nouveau fut uni à l'ancien de telle façon qu'il prit toute la vérité de sa race, tout en excluant ce qui viciait son origine.

Lors donc que le Sauveur miséricordieux et tout-puissant ordonnait les premiers moments de son union avec l'homme, dissimulant sous le voile de notre infirmité la puissance de la Divinité inséparable de l'homme qu'Il faisait sien, la perfidie d'un ennemi sûr de soi se trouva déjouée, car il ne pensa pas que la naissance de l'enfant engendré pour le salut du genre humain lui fut moins asservie que celle de tous les nouveau-nés. Il vit, en effet, un être vagissant et pleurant, il Le vit enveloppé de langes, soumis à la circoncision et racheté par l'offrande du sacrifice légal. Ensuite, il reconnut les progrès ordinaires caractéristiques de l'enfance et, jusque dans les années de la maturité, aucun doute ne l'efþeura sur un développement conforme à la nature. Pendant ce temps, il Lui inþigea des outrages, multiplia contre Lui les avanies, y ajouta des médisances, des calomnies, des paroles de haine, des insultes, répandit enfin sur Lui toute la violence de sa fureur, et Le mit à l'épreuve de toutes les façons possibles; sachant bien de quel poison il avait infecté la nature humaine, il ne put jamais croire exempt de la faute initiale Celui qu'à tant d'indices il reconnut pour un mortel. Pirate effronté et créancier cupide, il s'obstina donc à se dresser contre Celui qui ne lui devait rien, mais, en exigeant de tous l'exécution d'un jugement général porté contre une origine entachée de faute, il dépassa les termes de la sentence sur laquelle il s'appuyait, car il réclama le châtiment de l'injustice contre Celui en qui il ne trouva pas de faute. Voila pourquoi deviennent caducs les termes malignement inspirés de la convention mortelle, et, pour une requête injuste dépassant les limites, la dette toute entière est réduite à rien. Le fort est enchaîné par ses propres liens et tout le stratagème du malin retombe sur sa propre tête. Le prince de ce monde une fois ligoté, l'objet de ses captures lui est arraché; notre nature, lavée de ses anciennes souillures, retrouve sa dignité, la mort est détruite par la mort, la naissance rénovée par la naissance; car, d'un coup, le rachat supprime notre esclavage, la régénération change notre origine et la foi justifie le pécheur.

Toi donc, qui que tu sois, qui te glorifies pieusement et avec foi du nom de chrétien, apprécie à sa juste valeur la faveur de cette réconciliation. C'est à toi, en effet, autrefois abattu, à toi chassé des trônes du paradis, à toi qui te mourais en un long exil, à toi réduit en poussière et en cendre, à toi à qui ne restait aucun espoir de vie, à toi donc qu'est donné, par l'Incarnation du Verbe, le pouvoir de revenir de très loin à ton Créateur, de reconnaître ton Père, de devenir libre, toi qui étais esclave, d'être promu fils, toi qui étais étranger, de naître de l'Esprit de Dieu, toi qui étais né d'une chair corruptible, de recevoir par grâce ce que tu n'avais pas par nature, afin d'oser appeler Dieu ton Père, si tu te reconnais devenu fils de Dieu par l'esprit d'adoption. Absous de la culpabilité résultant d'une conscience mauvaise, soupire après le royaume céleste, accomplis la volonté de Dieu, soutenu par le secours divin, imite les anges sur la terre, nourris-toi de la force que donne une substance immortelle, combats sans crainte et par amour contre les tentations de l'ennemi, et, si tu respectes les serments de la milice céleste, ne doute pas d'être un jour couronné pour ta victoire dans le camp de triomphe du roi éternel, lorsque la résurrection préparée pour les justes t'accueillera pour te faire partager le royaume céleste.

Animés de la confiance qui naît d'une si grande espérance, bien-aimés, demeurez donc fermes dans la foi sur laquelle vous avez été établis, de peur que ce même tentateur, à la domination de qui le Christ vous a désormais soustraits, ne vous séduise à nouveau par quelqu'une de ses ruses et ne corrompe les joies propres a ce jour par l'habileté de ses mensonges. Car il se joue des âmes simples en se servant de la croyance pernicieuse de quelques-uns, pour qui la solennité d'aujourd'hui tire sa dignité non pas tant de la naissance du Christ que du lever, comme ils disent, du « nouveau soleil ». le coeur de ces hommes est enveloppé d'énormes ténèbres et ils demeurent étrangers à tout progrès de la vraie lumière, car ils sont encore à la remorque des erreurs les plus stupides du paganisme et, n'arrivant pas à élever le regard de leur esprit au-dessus de ce qu'ils contemplent de leurs yeux de chair, ils honorent du culte réservé à Dieu les luminaires mis au service du monde.

Loin des âmes chrétiennes cette superstition impie et ce mensonge monstrueux. Aucune mesure ne saurait traduire la distance qui sépare l'Éternel des choses temporelles, l'Incorporel des choses incorporelles, le Maître des choses des choses qui lui sont soumises : car, bien que celles-ci possèdent une beauté admirable, elles ne possèdent cependant pas la Divinité, qui seule est adorable.

La Puissance, la Sagesse, la Majesté qu'il faut honorer, c'est donc Celle qui a créé de rien tout l'univers, et, selon une raison toute puissante, a produit la terre et le ciel dans les formes et les dimensions de son choix. Le soleil, la lune et les astres sont utiles à ceux qui en tirent parti, sont beaux pour ceux qui les regardent, soit; mais qu'à leur sujet, grâces soient rendues à leur Auteur et que soit adoré le Dieu qui les a créés, non la créature qui Le sert. Louez donc Dieu, bien-aimés, dans toutes ses oeuvres et tous ses Jugements. Qu'en vous aucun doute n'effleure la foi en l'intégrité de la Vierge et en son enfantement virginal. Honorez d'une obéissance sainte et sincère le mystère sacré et divin de la restauration du genre humain. Attachez-vous au Christ naissant dans notre chair, afin de mériter de voir régnant dans sa Majesté ce même Dieu de gloire qui, avec le Père et l'Esprit saint, demeure dans l'unité de la Divinité dans les siècles des siècles. Amen.

Du sein virginal, tel d'un rocher, éclôt la semence, d'où vient la moisson.

saint Ephrem le Syrien
L'ÉVANGÉLISATION DE LA FRANCE

Plusieurs hommes apostoliques quittèrent Rome lorsque la persécution (sous Néron en 67 après J.C.) y eut éclaté. De ce nombre furent Luc et Trophime, qui se dirigèrent vers les Gaules, sans doute après la mort de Paul, leur maître.

Trophime, après la maladie qui l'avait retenu à Milet était allé retrouver Paul à Rome. S'étant rendu dans les Gaules, il établit à Arles le centre de sa mission. Suivant une antique et respectable tradition, saint Pierre l'aurait établi évêque de cette ville. Ceci peut donner à penser qu'il reçut de cet apôtre l'ordination épiscopale, comme saint Clément, autre disciple de Paul, et qui fut depuis évêque de Rome. Pierre et Paul, unis en Jésus Christ, ne formaient pas des écoles distinctes; aussi avons-nous vu plusieurs disciples, comme Marc et Sylvanus, s'attacher, selon les circonstances, à l'un ou à l'autre.

C'est ainsi que l'on a pu dire que Trophime avait été établi évêque d'Arles par saint Pierre.

Crescent, qui était déjà en Gaule depuis plusieurs années, y avait déjà fondé plusieurs Églises, et en particulier celle de Vienne. Il est très probable que ce sont ces deux apôtres qui fondèrent les Églises qui existaient déjà au second siècle sur les bords de la Garonne. Trophime travailla avec tant de zèle à l'oeuvre évangélique qu'il a mérité d'être appelé «La source d'où les ruisseaux de la foi coulèrent sur toutes les Gaules.» (Pape Zozime de Rome).

Crescent abandonna à Trophime les provinces méridionales des Gaules, et s'avança vers le nord jusqu'à la métropole de la Première-Germanie (Mayence).

Les provinces centrales de la Gaule furent évangélisées par saint Luc. «Le ministère de la divine parole, dit saint Épiphane, ayant été confié à saint Luc, il l'exerça particulièrement dans la Gaule». Ces paroles, rapprochées des traditions de la vieille Armorique, nous portent à croire que saint Luc exerça principalement son zèle dans la partie des Gaules appelée Celtique. Saint Irénée nous apprend en effet qu'il y existait des Églises au second siècle, et il atteste que leur foi était pure comme celle des Églises des Germanies Cis-Rhénanes, fondées par saint Crescent.

Saint Luc ne se rendit probablement dans les Gaules qu'après saint Trophime, car nous regardons comme probable qu'il composa son évangile à Rome après la mort des apôtres Pierre et Paul, peu avant on livre des Actes des Apôtres.

Il y eut donc, au premier siècle, des Églises organisées dans les Gaules, et elles firent assez de progrès pour que Tertullien ait pu dire, au second siècle, que «dans les diverses nations des Gaules, Jésus Christ comptait de nombreux adorateurs.»

Au moment où la persécution de Decius (250-253) couvrait l'empire du sang des chrétiens, de nombreux apôtres quittaient Rome et se rendaient dans les Gaules pour y répandre la bonne semence de l'Évangile. Dès le temps apostoliques, comme nous l'avons rapporté, l'Évangile aussi avait été annoncé dans ce pays qui fut appelé depuis la France. Ses premiers apôtres lui étaient venus d'Orient. L'Église de Lyon surtout était devenue florissante. Les provinces méridionales, dont les relations avec l'Italie et l'Orient étaient plus fréquentes, possédaient de plus nombreuses Églises. Quant aux provinces de centre et du nord, elles étaient encore presque païennes; aussi est-ce vers elles que se dirigèrent les apôtres du troisième siècle. Ils étaient nombreux et formaient sept groupes; à la tête de chacun d'eux était un évêque. Les sept évêques étaient : Gatianus, qui fonda l'Église de Tours; Trophime, qui ressuscita celle d'Arles évangélisée par un autre Trophime, disciple de saint Paul; Paulus, premier évêque de Narbonne; Saturninus, de Toulouse; Dyonisius, de Paris; Strémonius, d'Auvergne; Martial, de Limoges.

D'après les plus anciennes traditions, ces apôtres auraient été envoyés dans les Gaules par l'évêque de Rome, saint Fabien. Son successeur, Étienne, en envoya d'autres, et bientôt, le pays entier fut couvert d'Églises florissantes. Le paganisme se réfugia dans les campagnes qui eurent leur grand apôtre, environ un siècle après, dans la personne de saint Martin de Tours.

La persécution ravagea ces Églises naissantes; mais, comme partout ailleurs, le sang des martyrs fut une semence de nouveaux chrétiens, et l'Église de France était dans un état florissant, lorsque le père du grand Constantin, Constantius Chlorus la délivra de ses persécuteurs.

Saturninus, de Toulouse, et Denys, de Paris, souffrirent le martyre à la même époque que saint Cyprien à Carthage, saint Nicéphore à Antioche, saint Martinus à Caesarée en Palestine.

Dans ce même temps, le grand évêque d'Alexandrie, Denys╔

Ainsi écrit Wladimir Guettée, sur l'évangélisation des Gaules, dans son «Histoire de l'Église».

Avant ta Naissance, Seigneur, les puissances spirituelles

étaient attérées de voir le mystère.
Car Tu as voulu devenir enfant,
Toi qui avais paré d'astres le ciel.
Tu t'es étendu dans la crèche des bêtes,
Toi qui contiens tous les confins de la terre dans le dragon.
Par cette économie ta miséricorde a révélé le grand amour.
Christ, gloire à Toi.
Tierce du 24 décembre

SAINT LUPICIN ET LE ROI BURGONDE HILPÉRIC

(Saint Lupicin est le 2e abbé de Condat [l'actuel Saint-Claude],
il s'endormit vers 490)

Un jour, en effet, mû par la détresse de petites gens, qu'un certain personnage, fort de son prestige à la cour, avait illégalement par violence, soumis au joug d'un injuste esclavage, le serviteur de Dieu, par son témoignage sacré, s'efforçait de les défendre devant l'illustre Hilpéric, ancien patrice en Gaule et par qui le pouvoir public était devenu en ce temps-là une royauté. Or, l'abominable oppresseur, enflammé d'une furieuse colère et vomissant, pour déshonorer le saint homme, des mots tout écumants de la colère qui le remplissait, s'écrie : «N'es-tu pas cet imposteur que nous connaissons depuis longtemps, toi qui, voilà environ dix ans, malgré ton arrogance, renonçait au prestige d'être romain et proclamait que la terre de nos aïeux était menacée d'une ruine imminente ? Pourquoi donc, je t'en prie, faux prophète, ces augures si terribles ne sont-ils confirmés par aucun événement fâcheux ? explique-le nous !»

Alors Lupicin audacieusement, désignant Hilpéric, homme d'une intelligence rare et d'une droiture remarquable : «Écoute un peu, perfide et pervers ! Le fléau que j'annonçais à toi et à tes pareils, regarde-le. Ne vois-tu pas, malheureux dégénéré, que droit et justice sont bouleversés, qu'à cause de tes péchés et de ceux des tiens, je veux dire de vos exactions répétées envers des innocents, les faisceaux à courroies de pourpre le cèdent à l'autorité d'un juge vêtu de peaux de bêtes ? De grâce, rentre un peu en toi-même, et vois si un nouvel hôte, par un mépris inattendu, ne confisque les terres et les arpents. Que tu saches cela, pourtant, que tu en aies le sentiment, j'ai tout lieu de croire que tu as décidé, en jetant sur ma pauvre personne un double croc, de me salir par une note d'infamie - tu m'espérais craintif devant le roi ou effrayé par la tournure des événements. »

Bref, le patrice fut si charmé de cette audacieuse sincérité que, en présence des courtisans, il établit en donnant de nombreux exemples et par un long discours, que les choses s'étaient passées ainsi par volonté divine. Peu après, en vertu de sa puissance royale, il prit la décision de rétablir dans la liberté ces hommes libres. Quant au serviteur du Christ, après lui avoir offert des présents pour subvenir aux besoins des frères et de la maison, il le laissa repartir, honoré, dans sa communauté.

Le Rameau mystique a fleuri.

De toi, Marie, innocente, est sortie la Fleur,
le Maître qui créa les siècles,
porte l'univers et te fit Mère de Dieu.
Réunis dans la joie, nous proclamons :
Béni est Celui qui naît.
Notre Dieu, gloire à Toi !
Vêpres du 23 décembre

L'AME APRES LA MORT

 

(suite)

Tiré de «The Orthodox Word»

En ce qui concerne l'âme humaine aussi, le bienheureux Augustin enseigne que quand l'âme est séparée du corps, «l'homme qui est dans cet état, bien que ce soit en esprit seulement et non en chair, se voit cependant si ressemblant à son corps qu'il ne peut discerner aucune différence quelle qu'elle soit».

Cette vérité a été maintenant largement confirmée dans les expériences personnelles de peut-être plusieurs milliers de personnes «ressuscitées» de nos jours.

Mais, si nous parlons des «corps» des anges ou des autres esprits, nous devons prendre soin de ne leur attribuer aucune caractéristique crûment matérielle. A la limite, nous dit saint Jean Damascène, «la forme et la définition de cette substance ne sont comprises que par le seul Créateur».

En Occident, le Bienheureux Augustin écrit qu'il est tout à fait égal de parler des «corps aériens» à propos des démons ou d'autres esprits ou de les appeler tout simplement «sans corps».

L'évêque Ignace lui-même a peut-être un peu trop insisté sur l'explication des «corps» des anges dans les termes de la connaissance scientifique des gaz du XIXe siècle ; c'est pour cette raison qu'une dispute mineure s'est soulevée entre lui et l'évêque Théophane le Reclus, qui pensait qu'il était nécessaire de souligner la nature simple des esprits (qui bien sûr, ne sont pas composés de molécules élémentaires comme le sont les gaz). Sur le point fondamental, cependant, c'est-à-dire «l'enveloppe subtile» que possèdent tous les esprits, Théophane était d'accord avec l'évêque Ignace. Peut-être fut-ce quelque semblable malentendu sur un point secondaire ou sur une question de terminologie qui causa l'opposition survenue en Occident au Ve siècle lorsque le Père latin saint Faust de Lérins enseignait cette même doctrine de la «matérialité» relative de l'âme fondée sur l'enseignement des pères orientaux.

Si la définition précise de la nature angélique n'est connue que de Dieu seul, une compréhension de l'activité angélique (du moins en ce monde) est accessible à chacun, car il en existe de nombreux témoignages tant dans l'Écriture que dans les écrits patristiques, ainsi que dans les Vies de Saints. Pour comprendre parfaitement les manifestations qui surviennent aux mourants, nous devrons apprendre en particulier comment les anges déchus (démons) apparaissent. Les anges vrais apparaissent TOUJOURS sous leur propre forme (seulement moins aveuglante qu'en réalité) et ils agissent uniquement dans le but d'exécuter la volonté et les commandements de Dieu. Les anges déchus, par contre, bien qu'ils apparaissent parfois sous leur propre forme (que saint Séraphin de Sarov décrivit, de sa propre expérience, comme «hideuse») se revêtent normalement de formes diverses et accomplissent de nombreux miracles par le pouvoir qu'ils détiennent en échange de leur soumission au prince de la puissance de l'air (Ep 2,2). Leur habitat privilégié est l'air et leur fonction principale est de tenter ou d'effrayer les hommes pour les entraîner à la perdition avec eux-mêmes. C'est contre eux qu'est dirigé le combat du chrétien : «Nous n'avons pas à lutter contre des êtres de chair et de sang, mais contre les Principautés et les Puissances, contre les maîtres de ce monde de ténèbres, contre les mauvais esprits répandus dans les régions célestes» (Ep 6,12).

Le Bienheureux Augustin, dans son traité peu connu : «La Divination des démons», écrivant en réponse à une demande d'explication au sujet des nombreuses manifestations démoniaques de l'ancien monde païen, donne une bonne idée générale des activités des démons :

«La nature des démons est telle que, par la perception appartenant au corps aérien, ils surpassent facilement la perception que possèdent les corps terrestres et quant à leur rapidité aussi, car par la mobilité supérieure du corps aérien, ils dépassent incomparablement non seulement les mouvements des hommes et des bêtes mais même le vol des oiseaux. Pourvu de ces deux facultés, qui sont les propriétés du corps aérien, à savoir de l'acuité de la perception et de la rapidité du mouvement, ils prédisent et déclarent bien des choses qu'ils ont perçues longtemps à l'avance. Les hommes, à cause de la lenteur de la perception terrestre, s'en étonnent. Aussi, les démons, par la longue période dans laquelle leur vie s'est étendue, ont-ils gagné beaucoup plus en expérience d'événements que n'ont fait les hommes à cause de la brièveté de leur vie. Au moyen de ces facultés, qui sont propres à la nature du corps aérien, les démons, non seulement prédisent beaucoup de choses qui se réalisent, mais aussi accomplissent beaucoup d'actes miraculeux.»

Beaucoup de «miracles» et d'apparitions de démons sont décrits dans la longue discussion de saint Antoine le Grand contenue dans sa Vie par saint Athanase ; là aussi, les «corps plus légers» des démons sont mentionnés.

La Vie de saint Cyprien, l'ex-magicien, contient également de nombreuses descriptions de métamorphoses et miracles démoniaques, rapportés par quelqu'un qui y a pris part.

Une description classique de l'activité démoniaque est contenue dans les septième et huitième Conférences de saint Cassien, l'illustre père de la Gaule du Vème siècle qui, le premier, transmit l'enseignement complet du monachisme oriental à l'Occident. Saint Cassien écrit : «La quantité des esprits mauvais qui remplissent l'espace entre le ciel et la terre et qui s'y agitent dans une action continuelle est si considérable, que la divine Providence n'a pas heureusement permis que nous puissions les apercevoir. La crainte de leur rencontre, la laideur des formes qu'ils prennent à volonté, nous auraient jetés dans des angoisses inexprimables et notre corps n'eût pu supporter un si hideux spectacle ; ou bien, l'exemple continuel de leur malice aurait pu nous porter à les imiter»... (8,12).

«Outre ce témoignage des saintes Écritures qui prouve que les démons sont gouvernés par des démons plus méchants qu'eux, et la réponse de notre Seigneur qui repousse les calomnies des pharisiens : " Et si moi, je chasse les démons par BéelzébulÉ " (Mt 12, 27), nous avons encore des visions certaines et l'expérience des saints sur ce sujet. Un de nos frères, voyageant dans cette solitude, trouva une caverne vers le soir et voulut s'y arrêter pour y réciter l'office des vêpres. Pendant qu'il chantait les psaumes selon l'usage, le milieu de la nuit arriva : lorsqu'il eut fini et qu'il se disposait à prendre un peu de repos, il aperçut tout à coup des troupes nombreuses de démons qui arrivaient, avançant en ordre, précédant et suivant leur prince. Cette étrange procession dura longtemps. Son chef. qui était plus grand et plus terrible que les autres, s'y arrêta enfin ; on éleva son trône et il s'y assit comme sur un tribunal. Il se mit à examiner et à discuter les actes de chacun : il injuriait et chassait de sa présence, comme des lâches et des ignorants, ceux qui confessaient n'avoir pu réussir à tromper les personnes qu'ils étaient chargés de tenter et il leur reprochait, tout en fureur, le temps qu'ils avaient perdu. Ceux qui annonçaient, au contraire, avoir séduit les hommes qu'ils devaient tromper, recevaient les plus grands éloges ; il les accueillit avec joie et faveur et les proposait à tous comme modèles d'intelligence et de courage. Un démon plus méchant que les autres se présenta, l'air tout joyeux et comme apportant la nouvelle d'un grand triomphe, il nomma un solitaire très connu et déclara qu'après l'avoir tenté pendant quinze ans, il l'avait enfin vaincu et l'avait fait tomber, cette nuit même, dans le péché d'impureté ; que non seulement il l'avait poussé a commettre le mal avec une personne consacrée à Dieu mais qu'il l'avait décidé à la prendre pour femme. ll y eut alors des cris de joie dans l'assemblée.

Le prince des ténèbres exalta le vainqueur et le renvoya comblé de louanges. Cependant, l'aurore commençait à paraître et cette multitude de démons s'évanouit. Le solitaire ne crut pas d'abord le récit de l'esprit impurÉ» «ÉPlus tard, le frère qui était témoin de ce spectacle apprit que le rapport sur le moine déchu était effectivement vrai» (Conférences IV, 16).

De telles expériences ont été vécues par des chrétiens orthodoxes de tous les temps jusqu'à notre siècle. Elles ne sont pas, de toute évidence, ni des rêves, ni des visions, mais de la perception à l'état de veille des démons sous leur forme réelle, mais, bien sûr, uniquement après que les yeux spirituels aient été ouverts à la vue de ces êtres qui, normalement, sont invisibles aux yeux humains. Jusqu'à une époque très récente, ce n'étaient peut-être que quelques chrétiens orthodoxes «démodés» ou «sim-ples d'esprit» qui pouvaient encore croire à la «vérité littérale» de tels récits : même aujourd'hui, certains orthodoxes les trouvent difficiles à accepter, tant s'est répandue la croyance moderne selon laquel-le les anges et les démons sont de «purs esprits» et n'agissent pas par des moyens aussi «matériels». Ce n'est qu'avec l'augmentation énorme de l'activité démoniaque de ces dernières années que ces récits recommencent à sembler du moins plausibles. C'est également aujourd'hui que les expériences «après la mort» largement répandues ont dévoilé le royaume de la réalité non-matérielle à beaucoup de gens simples qui n'avaient pas eu de contact avec l'occulte, et qu'une explication cohérente et véridique de ce royaume et de ses êtres est devenue un des besoins de notre temps.

Seul le christianisme orthodoxe peut fournir cette explication, lui seul ayant préservé l'authentique doctrine chrétienne jusqu'à nos jours.

(à suivre)

L'abbé Achille disait : «Garde la foi droite, garde ton corps de la fornication et du vol, et tu seras sauvé selon le jugement qui sera rendu sur ce temps.»

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Chapitre 4 :

L'idée d'une Église secrète, d'une Église cachée, est contenue dans la parole divine. Et c'est pourquoi l'Église du Christ sur terre a commencé par être dans l'univers une Église persécutée et cachée. Notre Seigneur Jésus Christ Lui-même, encore enfant, a été victime d'une sévère persécution de la part de l'empereur-assassin qui avait l'intention de tuer l'enfant Jésus. Mais saint Joseph, le fiancé, pendant son sommeil, reçut d'un ange de Dieu l'ordre suivant : «Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, et cours en Égypte, reste là-bas jusqu'à ce que je te rappelle, car Hérode va chercher l'enfant pour Le tuer. Il se leva, prit l'enfant et sa mère durant la nuit et partit pour l'Égypte». (Mt 2,13-14)

Et toute la vie évangélique de notre Seigneur Jésus Christ s'est déroulée dans des conditions de perpétuelle persécution. Il fut constamment obligé d'aller d'un endroit à l'autre, se cachant de ses ennemis. Il disait de Lui-même : «les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête.» (Mt 8, 20).

Et le Seigneur préparait également ses disciples, ses apôtres, et à travers eux, la future Église «élue» à cette situation. Il disait :

«S'ils M'ont persécuté, ils vous persécuteront aussiÉ» (Jn 15,20)

«Et tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus Christ seront persécutés.» (2 Tm 3,12) annonce l'apôtre du Christ. Et enseignant cela à ses disciples, le Seigneur dit : «S'ils vous persécutent dans une ville, fuyez dans une autre.» (Mt 10,23).

C'est pourquoi, il faut le dire sans détours, l'Église est habituée à un tel langage afin qu'elle-même reste aussi sage qu'un ancêtre, mais aussi limpide que l'eau dans le cas où le foi serait persécutée : se cacher momentanément tout en conservant sa pureté morale - tel est son devoir. Et dès qu'est apparue la persécution est apparue l'Église cachée, l'Église des Catacombes.

C'est pourquoi lorsqu'en Russie, l'Église du Christ se trouva devant la gueule de la «bête sauvage» venue du gouffre, l'idée de l'Église des Catacombes est venue à l'esprit du patriarche Tikhon comme à beaucoup d'autres ecclésiastiques. Voici comment un des plus proches amis spirituels du patriarche, le professeur en médecine Michel Alexandrovitch Jijilenko en rendit compte :

«J'ai connu le très saint patriarche Tikhon alors que j'étais encore laïque. Avec le temps, une profonde amitié nous lia. Le patriarche me confiait ses pensées et ses sentiments les plus secretsÉ Lors d'une de nos conversations, le très saint père m'avoua ses profonds doutes et son trouble quant au rôle malhonnête que le pouvoir soviétique jouait auprès de lui. (c'est l'évêque Maxime M. A. Jijilenko qui raconte cela, se trouvant alors dans le camp de concentration de Solovietsky). Le pouvoir soviétique tenta tout simplement de l'obliger, lui, et à travers lui, l'Église, de se soumettre sans condition au parti communiste et à son idéologie. N'est-il pas assez clair que la direction du parti et le gouvernement soviétique ont à l'évidence les positions de l'antichrétienté découverte au grand jour ? Le patriarche disait : «Pour mon grand malheur, je vois que la limite aux soi-disant exigences politiques du pouvoir soviétique se situe loin au-delà des limites de la fidélité au Christ et à sa sainte Église et en général, à l'honnêteté humaine ! Que faire dans ce cas ? Car il est absolument impossible de franchir cette ligne de fidélité au Christ et à l'Église»

Finalement, le très saint patriarche arriva à la conclusion suivante :

«Il n'y a pas d'autre issue pour l'Église orthodoxe de toutes les Russies que celle, unique, qui consiste à se débarrasser de la constante pression exercée par le pouvoir et à conserver la fidélité au Christ, ce qui se concrétisera dans des temps très proches par le départ pour les CatacombesÉ»

Par conséquent, le patriarche Tikhon donna sa bénédiction au professeur M. A. Jijilenko en attendant qu'il prenne secrètement l'habit de moine. Et il dit : - «Si, à l'avenir, la haute hiérarchie ecclésiastique trahit le Christ, ne reste pas ferme et porte atteinte à l'indépendance et à la liberté spirituelle de l'Église du Christ, et se soumet à la volonté de l'ennemi prémédité de la chrétienté, l'antichrist, alors il me faudra prendre le titre d'évêque de l'Église cachéeÉ»

L'évêque de l'Église des Catacombes, le très saint Maxime raconta tout cela alors qu'il se trouvait à Solovietsky, après la mort du patriarche Tikhon. Et Maxime, pour mettre l'accent sur la soumission et la trahison de la haute hiérarchie en la personne du métropolite Serge, devint l'évêque secret de Serpoukhov, comme s'il était devenu un des vicaires de Moscou. Mais, bien sûr, n'ayant pas d'expérience pour diriger la vie des Catacombes, il fut arrêté en 1929, jugé et envoyé dans le camp de Solovietsky. Ensuite, il fut de nouveau rappelé à Moscou et fut fusillé le 6 juin 1931.

Le saint évêque martyr Maxime, de son vivant, reçut du Seigneur le don de clairvoyance. Il avait prévu et prédit sa fin de martyr. Cela arriva le grand jour de la mémoire du vénérable Serge de Radonège, le 5 juillet 1930. Alors qu'il souhaitait une bonne nuit à un proche compagnon de captivité, envoyé à Léningrad par étapes pour un nouveau jugement, l'évêque Maxime, animé d'un esprit prophétique, lui dit : - «Vous aurez beaucoup de peines et vous connaîtrez de dures épreuves, mais vous resterez en vie et vous serez libreÉ Dans quelques mois, on m'arrêtera aussi et on me fusillera. Je vous demande de prier pour moi, de mon vivant, et surtout après ma mort !»

La vision de l'évêque Maxime se réalisa dans ses moindres détails. Et surtout celui à qui l'on avait dit cela se retrouva par miracle hors des frontières d'URSS. Quant à l'évêque lui-même, six mois plus tard, en décembre 1930, il fut à nouveau enfermé dans un camp, envoyé à Moscou et y fut fusillé comme évêque de l'Église des Catacombes, n'ayant pas reconnu le métropolite Serge et rejetant l'acte de sa réconciliation avec le pouvoir soviétique.

Naturellement, l'évêque Maxime lui-même, ainsi que les autres membres de la hiérarchie comprenaient parfaitement que la dislocation de l'épiscopat due à une sanglante persécution contre l'Église constituait un réel danger pour l'Église des Catacombes. Les persécuteurs devaient coûte que coûte s'opposer à d'éventuelles nouvelles impositions des mains, surtout dans l'Église des Catacombes. Nous avons des renseignements seulement sur quelques consécrations secrètes d'évêques. Environ 20 cas. Mais peut-on considérer que cela représente la totalité du nombre de chirotonies secrètes effectuées dans l'Église des Catacombes ? Bien sûr, personne ne peut l'affirmer. Ainsi, par exemple, l'archevêque Pitiérim (Ladyguin) qui était entré dans les ordres sous le nom de Pierre, mourut presque centenaire (à 94 ans et aveugle le 6 février 1957 à 3h du matin). Autant qu'on puisse en juger, il ne figure sur aucune liste et pourtant, il n'a pas été consacré secrètement.

(à suivre)

REMARQUE :

L'auteur de «L'Église Captive» G. A. Rar fait erreur quand il parle de ce membre de la hiérarchie de l'Église des Catacombes. Il écrit : «Nous disposons de témoignages prouvant que ce pilier de l'Église souterraine qu'était le célèbre archevêque Pierre prononçait le nom du métropolite Serge lors d'offices secrets comme étant son chef spirituel.» (p. 82).

L'auteur de ce document intitulé : «L'Église des Catacombes en Russie» est entré si l'on peut dire dans le «diocèse» de cet archevêque, il a plus d'une fois lu «l'autobiographie» de l'archevêque Pierre. Il a connu beaucoup de personnes parmi le clergé des Catacombes dirigées par l'évêque Pierre. Mais lui, ce témoin vivant, n'a jamais entendu parler de ce que raconte G. A. Rar, ni dans les témoignages personnels d'ecclésiastiques ; il n'existe aucune preuve de ce qu'avance l'auteur de «l'Église Captive» au sujet de l'archevêque Pierre. Ce dernier, étant encore archimandrite et supérieur de l'hôtellerie du monastère Saint-André à Odessa, reçut une mission secrète du patriarche Tikhon qui était de transmettre un message personnel du très saint Tikhon au patriarche oecuménique de Constantinople avisant que l'Église orthodoxe russe avait choisi un patriarche. L'archimandrite Pitiérim réussit à se rendre à Constantinople et transmit le message. Et il arriva miraculeusement au monastère d'origine du Mont Athos où il n'était pas revenu depuis 1911 ; il passa au Mont Athos une semaine et revint à Constantinople. Il reçut la réponse du patriarche oecuménique et le transmit personnellement au patriarche Tikhon. Pour le récompenser, le patriarche l'éleva au rang d'évêque. Mais le patriarche lui-même n'avait pas la possibilité de le consacrer à Moscou et donna une lettre à l'archevêque André d'Oufa (Oukhtomskij). Le père Pitiérim devint évêque dans l'Oural. Il était très ferme et comme archimandrite et comme évêque. Il fut plusieurs fois emprisonné pour n'avoir pas reconnu le métropolite Serge.

Il y avait à Raïthou un ancien dont la pratique constante était la suivante : Toujours assis dans sa cellule, grave et penché vers la terre, et branlant tout le temps la tête, il disait avec gémissement : «Que va-t-il m'arriver ?» Puis de nouveau se taisant environ une heure, il travaillait à sa corde. Et branlant indéfiniment la tête, il disait : «Que va-t-il m'arriver ?» Il passait ainsi tous ses jours, méditant toujours sur sa sortie du corps.

AVEC LA CROIX POUR BANNIERE

L'Europe, pour tout le monde, est un pays chrétien. Mais en vérité, le diable est malin par excellence et ses plaisanteries ont des conséquences tragiques pour l'humanité. Le malheur, le plus grand malheur qu'ait jamais trouvé le monde a la Croix pour bannière. L'aristotélisme des théologiens occidentaux et leur assimilation de la pensée rationaliste de la Grèce antique, la transformation de la théologie en philosophie, l'altération de la foi, le papisme, la soif de puissance et des pouvoirs mondains, les croisades, les mélanges et les compromis de la religion avec la politique, l'inquisition, les missions qui se sont révélées être les avant-gardes des colonisateurs, les conquêtes, les guerres «sangsues» systématiques du sang des peuples, les orgies, les impostures, les humiliations et les tyrannies ont été faites au nom de la Croix.

Conséquemment à cette chute si tragique de la religion, il était naturel que l'athéisme et la Réforme jaillissent en tant qu'expression de la recherche de la délivrance et de la santé.

Il faut prêter attention au fait que l'athéisme ne s'est présenté en Europe ni comme un indifférentisme ou un agnosticisme, ni comme une simple disposition épicurienne ; l'athéisme de l'Europe n'a pas été une négation «philosophique». Il exprimait une forte haine contre le Dieu des chrétiens tel qu'ils L'avaient connu en Europe, c'était en fait une passion violente, une indignation de l'âme, un blasphème.

Dans l'Orient chrétien orthodoxe, de l'époque de Constantin le Grand jusqu'à la révolution grecque, on n'a jamais connu de pareils incidents. Les hommes de l'Orient avaient un Dieu complètement différent du Dieu qu'ont connu les hommes de l'Occident. C'est pour cela qu'ils n'ont jamais voulu Le renier, même s'ils étaient de grands pécheurs. Les premiers athées en Grèce nous sont venus de l'Europe. Leur athéisme s'est nourri des fautes des chrétiens et de l'altération de la vérité chrétienne qui a été faite en Occident.

La Réforme aussi peut apparaître comme une secte isolée, mais en réalité elle est née en tant que négation du catholicisme. Elle n'a jamais existé comme une doctrine à part entière ; au contraire, elle était et est toujours une opposition religieuse. Ce qui justifie cette négation, c'est la présence du catholicisme. Si le catholicisme disparaissait, elle perdrait sa raison d'être.

Alexandre Kalomiros

On racontait qu'un ancien qui vivait en hésychaste dans les parties basses du pays, qu'il avait à son service un laïc chrétien. Il ariva que le fils de celui-ci tomba malade. Le père supplia longtemps l'ancien d'aller prier sur son fils et l'ancien partit avec lui. Courant devant lui, le laïc entra dans la maison et cria : «Venez au-devant de l'anachorète.» Quand l'ancien les vit venir de loin avec des flambeaux, il eut l'idée de quitter ses vêtements, de les plonger dans le fleuve et de se mettre à les laver en restant nu. Lorsque son serviteur le vit, il fut couvert de honte et dit aux hommes : «Allez-vous-en, car l'ancien a perdu l'esprit.» Puis il alla à lui et lui delmanda : «Abbé, pourquoi as-tu fait cela ? Tous disent : l'ancien a le diable au corps». L'autre répondit : «Voilà précidément ce que je voulais entendre.»

L'ÉCOLE DE L'OCCIDENT

Les controverses durent depuis des siècles en Occident et se font avec un «naturel» étonnant, et ceci parce que tous les participants, même s'ils ont des conceptions différentes, appartiennent à la même école.

Il est très difficile pour les Européens, et avant tout pour les protestants, les athées et les indifférents du point de vue religieux, de comprendre combien leur mentalité a reçu profondément le sceau de la papauté et combien leur propres conceptions négatives sont déterminées par les thèses correspondantes des adeptes de la papauté.

Le papisme a été le grand pédagogue de l'Occident. C'est lui qui a enseigné les premières lettres aux Européens et c'est lui qui les a initiés au rationalisme qu'il a hérité de la Grèce antique à travers Rome.

Le rationalisme a été l'âme de toutes les hérésies qui ont combattu le christianisme et tous les combats théologiques du christianisme sont dirigés contre lui. L'hérésie, c'est le refus d'accepter ce qui est au-dessus de la raison, et l'effort pour le transformer en quelque chose de rationnel. C'est la négation de la réalité vivante et l'acceptation de la conceptualisation pour la seule raison que le concept est compréhensible, tandis que la réalité vivante est quelque chose d'incompréhensible.

«L'Église» occidentale commença d'être imprégnée par le rationalisme bien avant le schisme. Le papisme et les différentes hérésies desquelles s'ornent maintenant «l'Église» de Rome ont eu le rationalisme pour base. Elles sont nées et ont peu à peu grandi à travers les siècles. L'éloignement (géographique) de Rome et les difficultés de contact ont contribué à ce que les premières déviations ne soient pas détectées à temps. Celui qui étudie l'histoire observera que l'Occident fut toujours pour le christianisme une province spirituelle. C'est en Orient que presque tous les problèmes spirituels et théologiques sont nés et ont trouvé leur solution. En Orient, les chrétiens se trouvaient dans une continuelle tension spirituelle. C'est par là que passaient tous les courants des hérésies, et c'est là que se trouvait la guerre spirituelle. Les occidentaux vivaient dans une sorte de confortable euphorie. C'étaient les enfants douillets de la chrétienté.

Les maladies de l'Orient étaient très aiguës. Elles étaient de la catégorie de celles qui créent des anticorps et développent l'immunité. Mais dans le même temps, en Occident, commençait une maladie chronique du genre de celles qui conduisent sûrement à la mort.

Le rationalisme porte en lui la présomption et la présomption amène l'isolement. L'isolement grandit avec la puissance mondaine. Or, à l'époque où l'Occident avait besoin plus que jamais de l'assistance spirituelle et de la conduite de l'Orient, se creusa entre eux un gouffre insondable.

L'Église latine, dans son effort de christianiser les peuples de l'Europe jusqu'alors barbares, au lieu de s'efforcer de les élever au sommet inaccessible de la foi et de la vie chrétienne, présenta le christianisme comme quelque chose de facile et d'agréable, espérant de cette façon porter plus vite les barbares au christianisme. Ainsi, au lieu d'élever les barbares, elle fit descendre l'Église. Elle rendit l'enseignement plus compréhensible, plus rangé, plus systématique, plus scientifique. C'est ainsi que commença la propagation du rationalisme et l'altération de la foi chrétienne. Le christianisme, mystère de vie dans le saint Esprit, devint peu à peu un système philosophique et moral qui trouva plus tard sa meilleure expression dans la «Summa Theologica» de Thomas d'Aquin.

C'est dans cette culture européenne que les renégats postérieurs du christianisme trouvèrent leur nourriture. C'est dans cette culture qu'ils ont grandi, et c'est elle qui leur a appris à penser et à philosopher. Protestants, humanistes, athées, toute la série des philosophes européens est sortie de l'école du catholicisme. C'est pourquoi ils parlent tous la même langue du rationalisme et c'est pour cela que malgré toutes leurs antinomies, ils se comprennent à merveille.

Alexandre Kalomiros

J'ai interrogé un ancien et je lui ai dit : «Mon père, si on trouve un peu de l'Esprit du Seigneur dans l'homme, ne sera-t-il pas sauvé en ces jours ?» Il m'a répondu : «Si. N'as-tu pas entendu ce qu'à dit le prophète : " Si tu trouves cdes raisins d'arière-saison parmi les grappes, dit-il, ne les détruis pas, car la bénédiction du Seigneur est en eux. " (Is 65,8) Ces jours sont ceux de la pénurie en laquelle nous sommes actuellement.»

LA NAISSANCE DE NOTRE SEIGNEUR

selon l'évangile de l'enfance

L'an 369 de l'ère d'Alexandre, Auguste ordonna que chacun se fit enregistrer dans sa ville natale. Joseph se leva donc et conduisant Marie son épouse, il vint à Jérusalem, d'où il se rendit à Bethléem pour se faire inscrire avec sa famille dans le lieu où il était né; lorsqu'ils furent arrivés tout proche d'une caverne, Marie dit à Joseph que le moment de sa délivrance était venu, et qu'elle ne pouvait aller jusqu'à la ville; «mais, dit-elle, entrons dans cette caverne». Le soleil était au moment de se coucher. Joseph se hâta d'aller chercher une femme qui assistât Marie dans l'enfantement, et il rencontra une vieille israélite qui venait de Jérusalem, et la saluant il lui dit : «Entre dans cette caverne où tu trouveras une femme sur le point d'accoucher».

Et, après le coucher du soleil, Joseph arriva avec la vieille devant la caverne et ils entrèrent. Et voici que la caverne était toute resplendissante d'une clarté qui surpassait celle d'une infinité de flambeaux et qui brillait plus que le soleil en plein midi. L'enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche tétait le sein de sa mère Marie. Tous deux restèrent frappés de surprise à l'aspect de cette clarté, et la vieille dit à Marie : «Est-ce que tu es la mère de cet enfant ?» Et Marie ayant répondu affirmativement, la vieille lui dit : « Tu n'es pas semblable aux filles d'Ève», et Marie repartit : «De même que parmi les enfants des hommes il n'y en a aucun qui soit semblable à mon fils, de même sa mère est sans pareille parmi toutes les femmes.» La vieille dit alors : «Madame et maîtresse, je suis venue pour recevoir une récompense qui dure à jamais». Et Marie lui répondit : «Pose tes mains sur l'enfant». Lorsque la vieille l'eut fait, elle fut purifiée, et quand elle fut sortie, elle dit : «Dès ce moment je serai la servante de cet enfant, et je veux me vouer à son service tous les jours de ma vie.»

Ensuite, lorsque les bergers furent arrivés, et qu'ayant allumé le feu, ils se livraient à l'allégresse, les cohortes célestes leur apparurent, louant et célébrant le Seigneur : la caverne ressembla à un temple auguste, où des rois célestes et terrestres célébraient la gloire et les louanges de Dieu à cause de la Nativité du Seigneur Jésus Christ. Et cette vieille israélite voyant ces miracles éclatants rendait grâces à Dieu, disant : «Je vous rends grâce, ô Dieu, Dieu d'Israël, parce que mes yeux ont vu la Nativité du Sauveur du monde.»


Quand Joseph, meurtri de tristesse, partit pour Bethléem, Vierge, tu lui disais : Pourquoi es-tu troublé de me voir porter un enfant ? Ignores-tu tout du terrible mystère que est en moi ? Rejette toute crainte, et considère le paradoxe. Dieu dans son Amour est descendu sur la terre. Il a maintenant reçu en moi la Chair dans laquelle Il a voulu naître. Sois empli de joie, quand tu adores ton Créateur, que les anges ne cessent de célébrer et glorifier avec le Père et l'Esprit saint.

None du 24 décembre

On disait que les pères parlaient selon les pensées et selon l'homme auquel ils s'adressaient.