Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 11
NOVEMBRE 1980

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE
DE MOIS EN MOIS
SERMON DE PIERRE CHRYSOLOGUE SUR L'ÉVANGILE : MATTHIEU 8
LA PROPHÉTIE DE SAINT MÉTHODE DE PATARA
DIGNITÉ, DIVERSITÉ ET UNITÉ DE L'ÉCRITURE
L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE
L'AME APRES LA MORT
LA TRES SAINTE VIERGE MARIE, MERE DE DIEU
NATURE DE L'ÉTAT MONACAL
LA DISCRÉTION OU DISCERNEMENT

DE MOIS EN MOIS

« Rien de nouveau sous le soleil » (hormis le fait que nous en avons bien moins, sur la pente nord du Canigou, maintenant, à l'approche de l'hiver), depuis le dernier bulletin.

Timothée est toujours avec moi, et j'espère pour un bon moment encore. Vladimir a dû regagner l'Angleterre où il continue à faire son miel de vertus. Notre archevêque m'a enfin déchargé de la mission d'Amérique. Il ne me reste comme « paroisse » que l'Europe occidentale. Il se peut que je fasse une tournée cet hiver à travers ces différents pays, voir nos fidèles. Mais c'est encore très incertain.

hm. Cassien

Dieu par nature est misÄricordieux, et prÉt ł sauver par clÄmence ceux qu'il ne peut sauver par justice.

saint Jérôme

SERMON DE PIERRE CHRYSOLOGUE SUR L'ÉVANGILE : MATTHIEU 8

Un pilote donne la preuve de son habileté, non quand il jouit d'un temps serein, mais dans la bourrasque et la tempête ; quand la brise est caressante, le dernier des matelots peut diriger le navire ; quand les vents bouleversent tout, c'est au plus habile qu'on recourt. Aussi, quand les disciples virent que leur science de la navigation ne leur servait à rien - car la mer était déchaînée contre eux et les menaçait de ses vagues - ils allèrent tout tremblants se réfugier auprès du pilote même de l'univers, auprès de Celui qui dirige le monde et commande aux éléments ; ils Lui demandèrent d'apaiser les flots et d'écarter le danger.

Puis, voyant qu'il Lui suffisait de commander pour soumettre la mer, abattre les vents, ramener le calme, ceux qui naviguaient avec Lui commencèrent à croire et à reconnaître qu'Il est vraiment le Maître de l'univers.

Le Christ, en ce moment, n'est-Il pas endormi au milieu de nous ? Crions alors, comme les apôtres pour Le réveiller, disons-Lui : « Nous périssons, Seigneur, sauve-nous ! » Car cette page d'Évangile est bien faite pour notre temps, qui voit l'univers entier brisé dans un vaste naufrage. Crions donc et ne craignons pas de répéter : « Nous périssons, Seigneur, sauve-nous ! » En vérité, mes frères, si nous étions convaincus que nous sommes tous un seul et même corps, que notre propre vie est très étroitement liée au sort de ceux qui périssent, nous n'hésiterions pas à nous affliger par le jeûne et à gémir dans nos prières, nous ne cesserions pas de crier vers Dieu, et nous tâcherions de nous porter secours à nous-mêmes dans la personne de nos frères. On ne verrait pas des guerres insensées répandre sur le sol, comme une mer, notre sang ; nous ne serions pas témoins de ces naufrages lamentables où périssent les corps et les âmes, mais à nos lèvres monterait cette humble prière : « Nous périssons, Seigneur, sauve-nous ! »

Et pourtant, aucun sentiment de compassion, d'affection ou de crainte, nulle honte, nul repentir ne réveillent notre âme insensible à la douleur. C'est Dieu, oui, Dieu, qui nous envoie les châtiments qui nous accablent, les coups qui nous frappent sans relâche : la puissance donnée aux païens, les ravages de la grêle, la nielle qui gâte les blés, le triomphe des impies, les épidémies, la mort déchaînée, les tremblements de terre ; et tout cela ne suffit pas à nous faire trembler, à nous inspirer de la crainte, à nous faire abandonner le péché pour marcher vers le bien. On ne voit partout que fureurs de la convoitise, luxe à perdre haleine, complaisance dans le mal ; tandis que se consomme la ruine de nos intérêts véritables. Sans doute ces fléaux viennent-ils de Dieu, mais c'est nous qui les provoquons par nos fautes : Dieu est donc juste. Mais aussi, croyons-le bien, Il garde pour nous des trésors de miséricorde : frères, retournons-nous vers le Seigneur, afin que Lui se retourne vers nous ; renonçons au mal pour recevoir en échange le bonheur ; ne suivons plus le monde païen et mauvais, ni les puissances d'iniquité, mais attachons-nous à servir Dieu ; notre Seigneur et notre Chef nous y aidera, Lui dont l'honneur et la majesté subsistent sans fin dans les siècles des siècles. Amen.

Le discernement, chez les commençants, est une connaissance vraie d'eux-mêmes : chez les progressants, c'est un sens spirituel qui distingue sans erreur le vrai du bien seulement naturel ou de son contraire ; chez les parfaits, c'et une science qui leur vient d'une illumination divine, et qui peut éclairer de sa lumière ce qui est obscur chez les autres. Ou peut-être, d'une façon générale, le discernement est et se définit : la perception certaine de la volonté de Dieu en toute occasion, en tout temps et en toute circonstance ; elle se rencontre seulement chez ceux qui sont purs de coeur, de corps et de bouche.

Le discernement est une conscience sans souillure, et une sensibilité purifiée.
Saint Jean Climaque. L'Échelle sainte (26,1).
LA PROPHÉTIE DE SAINT MÉTHODE DE PATARA

Et la race blonde possédera la cité aux sept collines pendant six ou cinq (semaines, mois ╔ ?), et des herbes y seront plantées, et beaucoup en mangeront pour rendre justice aux saints ; et trois administrateurs proviseurs gouverneront à l'Est ... Puis ce sera l'avènement d'un seul qui gouvernera ; et après lui un loup féroce ... et les nations établies du Nord seront également troublées et se déplaceront avec grande violence et rage et elles seront divisées en 4 autorités : la première séjournera à Éphèse, la deuxième à Melayah ; la troisième à Acrocampos, c'est-à-dire à Pergamos, et la quatrième à Vythinia... Puis les nations établies à 1'angle du Sud seront secouées, et Philippe le Grand se lèvera avec 18 langues, et ils se rassembleront dans la région de la cité aux sept collines, et feront une guerre telle qu'il n'y en a jamais eu. Et ils courront à travers les passages et rues de l'Eptalofos (Constantinople), et le massacre des hommes fera naître un fleuve et la mer sera maculée par le sang jusqu'aux profondeurs de l'abîme. Puis le boeuf beuglera et le mont appelé Xirolofos hurlera ; puis les chevaux s'arrêteront et une voix du ciel criera : arrêtons-nous, et tenons-nous bien, paix à vous ; le châtiment du désobéissant et de l'insoumis est suffisant ; et maintenant allez dans la région à droite de l'Eptalofos (Constantinople) et là, vous trouverez un homme sur deux collines, debout, en grande affliction (il sera brillant de visage, charitable, pauvrement habillé, le regard austère, doux pour soutenir ses convictions), il aura un ongle recourbé au pied droit, et une voix par un ange déclarera : « Faites-le roi » ; et ils lui donneront une épée à la main droite, en lui disant : « Courage Jean ; le Puissant prévaudra et détruira tes ennemis. » Et, prenant l'épée de la main de l'ange, il frappera les Ismaélites, les Éthiopiens et toutes générations infidèles. Et il divisera les Ismaélites en trois parties : la première passera par l'épée, la deuxième, il la baptisera ; et la troisième, il la réduira à l'esclavage en Orient. Et, à son retour, les trésors de la terre seront ouverts [cela ne veut pas dire que les gisements d'or se révéleront tout seul et déverseront l'or. Mais l'humanité se servira de ses moyens technologiques pour extraire le trésor minéral contenu dans le sol et utilisera aussi toute la terre cultivable. Comme dit Agathangelos : « Et après cela (après la dernière et destructrice guerre qu'il prédit et date), je vous conduirai des nids paternels à l'autarcie. »] Chaque nation se suffira à elle-même, et tout le monde sera riche et il n'y aura pas de pauvres ; et le sol donnera du fruit au centuple ; et les armes de la guerre deviendront des charrues et des faux ; et il régnera 35 ans. (Saint Méthode, évêque de Patara en Lycie, souffrit le martyre en l'an de grâce 310. Il est commémoré le 20 juin de chaque année.)

traduit par C.Pountney

ăDe leurs ÄpÄes, ils forgeront des hoyaux et de leurs lances des serpes. » (Mi 4,3)

DIGNITÉ, DIVERSITÉ ET UNITÉ DE L'ÉCRITURE

Quand un auteur sacré parle, c'est évidemment pour dire quelque chose ; les paroles inspirées ne sont pas un bavardage vide et superflu. N'est-il pas vrai, en effet, que lorsqu'un homme sage prend la parle, ce qu'on attend de lui, avant tout, ce sont des propos qui ne soient pas indignes de sa valeur morale et intellectuelle, qui ne viennent pas au hasard et n'aillent pas à l'aventure, mais qui naissent de raisons plausibles, qui répondent utilement à l'attente des auditeurs et s'accordent avec le prestige de celui qui parle ? S'il en est ainsi, combien plus doit-on juger de même quand il s'agit de paroles sacrées ? Oui, tout ce qui s'y trouve doit être, pour nous, élevé, divin, conforme à la raison, irrépréhensible.

Mais la plupart du temps, pour ne pas dire toujours, il nous arrive - et c'est bien notre faute - qu'au moment où l'on fait la lecture à l'église, nos oreilles et nos coeurs battent la campagne très loin de là, ce qui nous empêche d'entendre ; et ce manque d'attention rend méprisable à nos yeux la valeur des paroles divines. Au lieu d'écouter la lecture, nous passons notre temps à faire nos comptes, à nous mettre en colère, à remuer nos griefs, à revivre en esprit nos plaisirs coupables. Pendant que nous sommes ainsi occupés, nos oreilles sont sourdes et notre esprit sommeille. Et si même quelques bribes du texte lu tombent par hasard dans nos oreilles, notre esprit, écrasé par les soucis du monde, reste insensible à la portée de ce qu'il entend, et comme il n'en acquiert pas une connaissance précise, il n'y attache que peu d'importance.

Or, le contenu des livres sacrés renferme en soi les germes de progrès les plus puissants pour le salut de l'homme et son éducation spirituelle ; et c'est pour nous que tous ont été écrits, afin que nous y trouvions les principes directeurs d'une vie pure, la connaissance de Dieu, la science de notre origine et de notre nature, l'intelligence des réalités à venir. Et comme l'esprit humain ne saurait par lui-même embrasser d'un seul regard des horizons aussi vastes, la variété des enseignements sacrés doit l'élargir à la mesure d'une telle science.

En effet, il y a bon nombre d'auteurs sacrés, et leur message est très riche et très divers. Il y a aussi un grand nombre de psaumes, et chacun d'entre eux est plein d'enseignements variés. Sans doute, tous reprennent-ils le même corps de doctrine, toujours identique ; c'est cependant par des moyens différents qu'ils nous conduisent tous vers la même voie de la science. Ainsi, tout n'est pas présenté en même temps (car nous ne saurions tout recevoir d'un seul coup), mais la vérité se déploie en parties successives ; et, en prenant contact avec chacune de ces parties, nous progressons dans la connaissance de l'ensemble.

saint Hilaire de Poitiers

L'infirmitÄ des sens n'est pas en Ätat de saisir et de supporter la flamme des choses.

saint Isaac le Syrien

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

(suite)

Ainsi, en accord avec son enseignement impie, le Métropolite déclara :

« Les chrétiens doivent se soumettre et obéir à ce pouvoir antichrétien, non par peur mais par devoir de conscience (Rm 13,5) parce que ce pouvoir vient de Dieu ».

« Et puisque ce pouvoir soviétique antichrétien est donné au pays par Dieu , alors nous, " Église ", nous nous soumettons à ce pouvoir et acceptons ses joies et ses succès (comme) nos joies et nos succès, ses défaites comme nos défaites ». (Un plan athée fut annoncé le 15 mai 1932, par un décret du gouvernement soviétique portant la signature de Staline. Le but de ce plan devait être le déracinement complet de la religion sur tout le territoire de I'URSS : jusqu'au 1er mars 1937, « le Nom de Dieu » ne devait pas exister et être prononcéÉ Cela fut donc sans conteste « un succès et une joie » du pouvoir de l'Antichrist. Question : Mais si l'on suit la déclaration du Métropolite SergeÉ Où peut bien mener son chemin ?)

La « déclaration » du Métropolite Serge fut considérée comme une trahison envers le Christ, une honteuse perfidie envers la chrétienté non seulement en Russie, mais également dans le monde entier. Ensuite, il entra en véritable maître dans « l'Église » et commença à commander. Jusqu'à cette odieuse capitulation devant l'ennemi du Christ, l'Église était l'ennemi officiel de la lutte contre Dieu et du gouvernement antireligieux. Mais à partir de ce moment, sous le visage de l'« Église soviétique », elle devint son alliée, l'alliée d'un persécuteur animé d'une incroyable cruauté contre les chrétiens et la chrétienté. Dès lors, comme chef de « l'Église » soumise à l'ennemi du Christ, le Métropolite Serge devait nier la persécution contre la foi chrétienne et à l'opposé annoncer une « liberté » encore jamais vue pour « l'Église ». Il soutenait ce mensonge à chaque occasion, lors d'interviews faites par des étrangers et dans la presse. Et sa nouvelle « hiérarchie » prenait également sa suite :

« En URSS, l'Église a acquis une incroyable liberté ».

« Sous le pouvoir soviétique, il n'y a jamais eu et il n'y a aucune persécution et encore moins de persécution contre la foi. »

« Et en ce qui concerne certains " membres de la hiérarchie " qui se trouvent en prison, ou même sont condamnés, alors ils n'ont pas du tout été victime de leur foi, mais de leurs crimes politiques. »

« Et si on ferme ou détériore des églises, le gouvernement le fait, non pas à cause de son incroyance, mais à la demande de la population elle-même quand existe un danger qu'une église vétuste puisse s'écrouler. »

On le voit, il n'y a pas ici de différence entre les dogmes politiques des rénovateurs de la 1e « Église soviétique », et ceux des nouveaux rénovateurs de la 2e. Mais en approfondissant cette question, on distingue tout de même une différence entre ces deux « Églises ». Si la 1e « Église » soviétique a rejeté tout à fait le Patriarche Tikhon, la 2e, pour des raisons particulières a fait de lui son « unique penseur ». Si les rénovateurs ont introduit des innovations dans les usages de l'Église, « les nouveaux rénovateurs » sont, mais uniquement en paroles, les « partisans » des canons et de toutes les règles ecclésiastiques.

Ainsi, à la base même aussi bien de « l'Église soviétique » rénovée que de « l'Église soviétique » à nouveau rénovée (le peuple ne fait pas de différences entre elles et appelle ces deux fausses Églises, à juste titre, d'un même nom : « les rénovées »), se trouve toujours le même formidable mensonge. Les deux variantes de cette falsification de l'Église véritable nient de la même façon les nombreuses persécutions contre les croyants, dont l'ampleur et la cruauté n'ont jamais été égalées dans toute l'histoire de la chrétienté, nient également la diffamation de plusieurs millions de saints nouveaux martyrs ayant souffert pour Dieu, pour le Christ et sa sainte Église, et de plusieurs millions de condamnés comme « criminels », selon sa propre calomnie.

En réalité, il n'y a aucune différence entre la 1e et la 2e « Église soviétique ». C'est une même idée qui en est à l'origine : être à tout prix l'alliée du pouvoir soviétique. Seule la 2e « Église soviétique » a agrandi son « diocèse ». Elle a absorbé entièrement la 1e « Église soviétique ». Un ordre fut donné, et tout le clergé « rénové » se repentit et « dans une profonde dignité » rejoignit la 2e « Église soviétique ». Seul un « chef » des rénovateurs, pour des raisons de gloriole « ne s'est pas repenti » et est resté jusqu'à la fin « inébranlable ». Et, en plus des rénovateurs, la seconde « Église soviétique » a su s'allier une partie importante des partisans de Tikhon. C'est alors que les rénovateurs se sont mis à lutter contre les gens des Catacombes. Le pouvoir soviétique se trouve du côté des rénovateurs ou de l'« Église soviétique ». L'Église des Catacombes secrète, cachée dans des cavernes désertes a deux ennemis : le pouvoir soviétique et l'« Église soviétique ». Face à l'Église des Catacombes, ils s'unissent pour pourchasser et détruire. Mais l'« Église soviétique » et le pouvoir soviétique ne sont pas pacifiques entre eux. Si l'épiscopat est entièrement « soviétique », obéissant en tout au pouvoir, on ne peut en dire autant des « prêtres ». Une part importante de ces « prêtres » fait partie de la « cinquième colonne » (l'expression vient de la Guerre d'Espagne), l'ennemi interne de l'« Église soviétique ». Cette cinquième colonne, c'est le peuple croyant. Ce sont ceux qui décrient tout le mensonge et la duperie de l'« Église soviétique », mais qui n'ont pas assez de force pour se séparer d'elle, parce qu'ils sont désorientés.

Le « chef » des rénovateurs, le Métropolite Serge et ceux qui sont avec lui ont réussi à faire croire, aussi bien dans l'« Église soviétique » qu'hors de ses limites, que « seul le comportement envers le pouvoir a changé, mais la foi et la vie orthodoxe sont restées immuables » (déclaration).

Est-il possible que reconnaître le pouvoir antichrétien luttant contre Dieu ne concerne pas notre foi ?

Une telle déclaration anéantit d'une part le principal dogme de notre foi en Dieu, et d'autre part établit la base d'une fausse doctrine. C'est cette même « foi » que « confesseront » tous les soumis à la « tête sauvage » dont « les noms ne sont pas inscrits dans le livre de vie de l'Agneau » (Ap 13,8).

La doctrine concernant l'ennemi du Christ, l'antichrist, fait partie intégrante de l'enseignement de l'Écriture de la révélation divine, de l'Ancien et du Nouveau Testament, c'est un dogme de la foi chrétienne, et de l'Église du Christ, mais « l'Église soviétique » réalise en URSS tout le programme de l'ennemi du Christ, apparaissant comme le précurseur du dernier antichrist. « L'Église soviétique officielle » qui, en aucun cas n'exprime l'expérience de l'Église orthodoxe en Russie, et qui essaie de dissimuler la réalité antichrétienne du pouvoir de l'État, nie sans honte tout ce que voit et perçoit le peuple chrétien.

C'est pourquoi la fausse doctrine du Métropolite Serge et de ses disciples doit être clairement dénoncée par l'Église orthodoxe comme hérétique.

L'abbé Hypéréchios a dit : « Aie sur tes lèvres des hymnes spirituelles ; leur continuelle récitation soulagera le poids des tentations qui te viennent. Le voyageur lourdement chargé en est une claire comparaison : en chantant, il oublie la fatigue du chemin. »

L'AME APRES LA MORT

(suite)

tiré de « The Orthodox Word »

La doctrine orthodoxe concernant les anges.

Nous savons, par les paroles du Christ Lui-même, que l'âme est rencontrée à la mort par des anges. « Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham » (Lc 16,22).

Quant à la forme sous laquelle des anges apparaissent, nous la connaissons aussi par l'Évangile : « Car un ange du Seigneur descendit du ciel... Son aspect était comme l'éclair, et son vêtement blanc comme la neige. » (Mt 28,2-3).

« Elles entrèrent dans le sépulcre, virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées » (Mc 16,5).

« Voici, deux hommes leur apparurent, en habits resplendissants » (Lc 24,4).

«Elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus » (Jn 20,12).

D'un bout à l'autre de l'histoire chrétienne, les manifestations d'anges ont toujours eu lieu sous cette même forme de jeunes hommes habillés de blanc.

La tradition iconographique de l'apparence des anges a toujours été conséquente à travers les siècles, dépeignant de tels jeunes hommes rayonnants (souvent avec des ailes qui sont, bien sûr, un accessoire symbolique qu'on ne voit pas normalement dans les apparitions angéliques) ; et le 7e Concile oecuménique en 787 a décrété que les anges doivent toujours être représentés de cette façon unique, comme hommes. Les cupidons de l'art occidental de la Renaissance et des époques plus récentes sont d'inspiration païenne et n'ont rien à voir avec les anges.

En effet, non seulement en ce qui concerne la représentation artistique des anges, mais dans la doctrine entière des êtres spirituels, l'Occident catholique romain (et protestant) moderne s'est grandement éloigné de l'enseignement de l'Écriture et de l'antique Tradition chrétienne. La compréhension de cette erreur nous est essentielle pour saisir la vraie doctrine chrétienne concernant le destin de l'âme après la mort.

L'évêque Ignace Brianchaninov (+ 1867), un des grands pères des temps récents, remarqua cette erreur et consacra un volume entier à l'exposition de celle-ci ainsi qu'à celle de la vraie doctrine orthodoxe sur ce sujet. En critiquant les idées d'un ouvrage théologique normatif catholique romain du XIXe siècle (Abbé Bergier, Dictionnaire de Théologie), l'évêque Ignace consacre une grande partie de ce volume à combattre l'idée moderne, fondée sur la philosophie cartésienne du XVIIe siècle, selon laquelle tout ce qui existe en dehors du domaine de la matière appartient à celui du « pur esprit ».

Une telle conception, en effet, place le Dieu infini au niveau des divers esprits limités (anges, démons, âmes des disparus). Cette idée est devenue monnaie courante aujourd'hui partout (bien que ceux qui l'adoptent ne voient pas toutes ses conséquences), et est responsable pour une grande partie de la confusion du monde contemporain concernant les choses « spirituelles » : une grande curiosité à l'égard de tout ce qui est hors du monde matériel, avec souvent très peu de distinction entre ce qui est divin, angélique, démoniaque, ou simplement le résultat de pouvoirs humains extraordinaires ou de l'imagination.

L'abbé Bergier enseignait que les anges, les démons etÉ les âmes des disparus sont « parfaitement spirituels » ; ainsi, ils ne sont pas assujettis aux lois du temps et de l'espace ; nous ne pouvons parler de leur « forme » ou « mouvement » que par métaphore, et « ils ont besoin de revêtir un corps subtil chaque fois que Dieu leur permet d'agir sur les vivants ». Il y a même un ouvrage catholique romain, digne de foi sous d'autre aspects, du XXe siècle, affirmant, par exemple, que « tous les anges et que les démons " peuvent " emprunter la matière nécessaire (pour devenir visibles aux hommes) à une nature inférieure soit animée, soit inanimée » (Blackmore Spiritism, Facts and Frauds). Les adeptes du spiritisme et les occultistes eux-mêmes ont absorbé ces idées de la philosophie moderne. Un apologiste sophistiqué du christianisme surnaturel, C.S. Lewis, tout en critiquant la « conception moderne du ciel comme étant un pur état d'esprit », semble toutefois être, du moins partiellement, influencé par l'opinion moderne selon laquelle « le corps, le lieu, la locomotion et le temps sont étrangers aux sommets de la vie spirituelle ».

De telles opinions sont le résultat d'une simplification exagérée de la réalité spirituelle sous l'influencé du matérialisme moderne et dues a une perte de contact avec la doctrine et l'expérience spirituelle chrétiens.

Pour comprendre la doctrine orthodoxe des anges et des autres esprits, on doit d'abord « désapprendre » la simpliste dichotomie moderne « matière-esprit » ; la vérité est plus complexe que cela, et en même temps si « simple » que ceux qui sont encore capables de la croire seront sans doute considérés comme des « naïfs prenant tous les mots au pied de la lettre ». L'évêque Ignace écrit : « Quand Dieu ouvre les yeux (spirituels) d'un homme, il devient capable de voir les esprits sous leur propre forme ». « Des anges, apparaissant à des hommes, sont toujours apparus sous forme d'hommes ». « Pareillement, d'après l'Écriture, il apparaît clairement que l'âme humaine a la forme d'un homme dans le corps, exactement comme les autres esprit créés ». Il cite une multitude de sources patristiques pour le prouver. Voyons donc l'enseignement patristique pour nous-mêmes.

Saint Basile le Grand, dans son livre sur le saint Esprit, affirme que « dans les puissances célestes, leur nature est celle d'un esprit aérien - pour ainsi dire - ou d'un feu immatérielÉ Pour cette raison, ils sont limités dans l'espace et deviennent visibles pour ceux qui en sont dignes, dans la forme de leur propre corps ». Et aussi : « nous croyons que chacune (des puissances célestes) est en un lieu déterminé. Car l'ange qui se tenait devant Cornélius n'était pas en même temps avec Philippe (Ac 10,3 ; 8,26), et l'ange qui parlait avec Zacharie près de l'autel de l'encens (Luc 1,11) n'occupait pas en même temps sa propre place dans le ciel ».

Pareillement, saint Grégoire le Théologien enseigne : « Des lumières secondaires après la Trinité, et qui ont une gloire céleste sont les anges resplendissants. Ils circulent librement autour du grand Trône car ils sont intellects aux mouvement agile, flammes et esprits divins qui se déplacent avec aisance à travers l'air ».

Ainsi, lorsque la sainte Écriture dit que Dieu créa ses anges des esprits et ses ministres des flammes de feu (Ps 103,4 ; He 1,7), elle ne nous enseigne pas que les anges sont de purs esprits, mais plutôt qu'ils sont faits d'une substance particulière (si l'on peut dire) qui, bien que non crûment matérielle comme le corps humain, est cependant « matérielle » en un sens, et se déplace dans l'espace et le temps, à telle enseigne que quelques-uns des pères n'hésitent pas à parler des « corps aériens » des anges.

Saint Jean Damascène, en résumant, au VIIIe siècle, l'enseignement des pères qui l'ont précédé, déclare : « Par rapport à nous, l'ange est dit être incorporel et immatériel, bien qu'en comparaison avec Dieu, qui seul est incomparable, tout s'avère grossièrement matériel - car seule la Divinité est véritablement immatérielle et incorporelle. » Il nous dit encore : « Les anges sont circonscrits car, lorsqu'ils sont au ciel, ils ne sont pas sur terre, et quand ils sont envoyés sur terre par Dieu, ils ne restent pas au ciel. Cependant, ils ne sont pas limités par des murs, des portes, des barreaux ou des sceaux, car ils sont sans limite. Je dis qu'ils échappent à ces limitations, bien qu'ils ne soient pas tels lorsqu'ils apparaissent à ceux qui en sont dignes et à qui Dieu l'accorde, car ils changent à ce moment et prennent l'aspect qui leur permet d'être vus et à ceux-ci de les voir. N'est à proprement parler sans limitation par nature que l'Incréé. Toute créature est limitée par le Créateur, Dieu. »

En disant que les anges « n'apparaissent pas exactement tels qu'ils sont », saint Jean Damascène bien sûr ne contredit pas saint Basile, qui enseigne que les anges apparaissent « sous la forme de leur propre corps ». Ces deux affirmations sont également vraies , comme on le voit clairement dans nombre de manifestations d'anges dans l'Ancien Testament. Ainsi, l'archange Raphaël était le compagnon de route de Tobie pendant de longues semaines sans qu'une seule fois il eût été soupçonné de ne pas être un homme. Pourtant, quand finalement l'archange révéla son identité, il dit : Tous ces jours j'étais visible. (Tb 12,19).

Les trois anges qui apparurent à Abraham paraissaient également manger et boire et étaient pris pour des hommes (Gn 18 & 19). Pareillement, saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Lectures Catéchétiques, nous apprend, concernant l'ange qui apparut à Daniel que « Daniel, à la vue de Gabriel, frissonna et tomba face contre terre et, tout prophète qu'il était, n'osa lui répondre tant que l'ange ne se fut pas transformé à la ressemblance d'un fils d'homme. » Pourtant, dans le livre de Daniel (chap. 10), nous lisons que même dans sa première apparence aveuglante avec une luminosité (son visage brillait comme l'éclair, ses yeux étaient comme des torches de feu, ses bras et ses pieds avaient l'éclat de l'airain poli et le son de ses paroles était comme le son d'une multitude) insupportable à des yeux humains. Ainsi, l'apparence d'un ange est la même que celle d'un homme ; mais parce que le « corps » angélique n'est pas matériel, la seule vue de son aspect flamboyant et resplendissant suffit pour terrifier n'importe quel homme encore charnel, les apparitions angéliques doivent être nécessairement adaptées à leurs spectateurs humains, apparaissant moins brillantes et moins effrayantes qu'elles ne sont en réalité.

(à suivre)


LA TRES SAINTE VIERGE MARIE,
MERE DE DIEU

L'Église orthodoxe ne fait que tirer une conséquence de la doctrine de l'union hypostatique des natures divine et humaine en Christ, lorsqu'elle enseigne que la très sainte Vierge Marie n'a pas donné naissance seulement à l'homme Jésus, mais au Dieu-homme Jésus Christ, et que dès lors on l'appelle à bon droit « Génitrice de Dieu ». La Vierge immaculée et sublime n'a mis au monde ni un Dieu dépourvu de corps, ni un homme simplement, mais bien un homme parfait et un Dieu infaillible, intégral. Voilà pourquoi l'Église orthodoxe exalte et honore la très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie.

Elle l'appelle aussi « toujours vierge », car Marie a été et demeure vierge avant, pendant et après la naissance de Jésus Christ. « Voyez, la prophétie d'Esaïe est accomplie, car tu enfantas en étant vierge, et tu demeures telle après la naissance comme avant. Le nouveau-né était Dieu, aussi renouvela-t-Il également la nature ». (Vêpres du Samedi, ton 1).

Étant donné que la très sainte Vierge Marie a enfanté le Dieu-homme, Sauveur du monde et qu'elle est devenue sa mère, l'Église orthodoxe croit qu'elle a participé à l'oeuvre du salut accomplie par le Christ. Elle a été « la porte du salut du monde », portant dans son sein le Fils de Dieu, en étant de la sorte unie à la nature divine, la très sainte Vierge ne s'est pas seulement renouvelée elle-même, mais elle a renouvelé avec elle le monde entier dont elle a été la représentante. « En ton sein, le Dieu souverainement glorifié, notre Père, a complètement renouvelé le monde entier ». (Samedi, matines ton 1). Dans d'autres textes des livres liturgiques, l'attention du fidèle est attirée sur le fait qu'en vertu de sa consanguinité avec le corps du Christ, la très sainte Vierge Marie a uni en elle le terrestre au céleste. Par elle, tous les hommes sont devenus participants à la nature divine. Les vues ainsi exprimées dans ces liturgies ne se comprennent que si l'on considère que, selon la conception orthodoxe, l'humanité est un tout organique, une unité dans sa pluralité, et que la très sainte Vierge Marie est la représentante de l'humanité devant la divinité.

Enfin, l'Église orthodoxe croit qu'en vertu de sa haute dignité et de sa participation à l'oeuvre du salut par le Christ, la très sainte Vierge intercède pour nous devant Dieu, que, semblable à une mère aimante, elle se charge de porter nos prières devant le trône de Dieu. Cette force de l'intercession est une grâce que Dieu lui a conférée. Les chrétiens orthodoxes demandent même directement à Dieu de bien vouloir accueillir gracieusement les prières que la Mère de Dieu présente pour nous : « Montre ton amour de l'homme, ô Miséricordieux, écoute celle qui T'a enfanté, la Génitrice de Dieu, qui prie pour nous ; délivre, ô notre Rédempteur, le peuple désespéré ! » (Vêpres de Samedi, ton 8).

En un mot, on ne peut que constater dans la vénération exprimée à la Mère de Dieu une conséquence logique, à la fois dogmatique et pratique, de la christologie orthodoxe.

Métropolite Séraphim
dans « L'Église Orthodoxe », Payot, Paris, 1952.

NATURE DE L'ÉTAT MONACAL

Saint Cyrille le Philotée aimait les moines et disait : Qui n'aime pas celui qui est lumineux par sa vie, sage par la gnose, humble par l'esprit ? Qui n'aime pas les ennemis du mal, puisqu'ils n'ont pas de mal, et ceux qui détournent leur regard des choses d'ici-bas, puisqu'ils lèvent les yeux vers Dieu et qu'ils ont acquis la foi, l'espérance et la charité à l'égard de Lui seul ? Qui n'aime pas ceux qui ne possèdent pas de biens, sont détachés des passions et libres ? Qui n'aime pas ceux qui méditent jour et nuit la loi du Seigneur et chantent non seulement de leur souffle mais avec leur intelligence ? Qui n'aime pas ceux qui sont obéissants dociles et zélés selon Dieu ? Qui n'aime pas ceux qui sont pacifiques, qui aiment leurs frères et Dieu ? Qui n'aime pas ceux qui sont paisibles, tempérants et sans soucis, parce qu'ils n'ont souci que d'eux-mêmes ? Qui n'aime pas ceux qui vivent dans le deuil selon Dieu et qui ont faim et soif de la justice ? Qui n'aime pas ceux qui craignent le Seigneur, qui se repentent sincèrement et qui sont miséricordieux au sens propre, parce que miséricordieux envers eux-mêmes ? Qui n'aime pas ceux qui sont doux et humbles de coeur comme étant disciples et imitateurs du Christ ? Qui n'aime pas ceux qui sont prudents, qui possèdent la vraie sagesse et qui aiment la vérité comme auditeurs et comme maîtres ? Qui n'aime pas ceux qui sciemment ont renoncé au monde et aux choses du monde, qui ont pris leur croix et suivent le Christ ? Qui n'aime pas ceux qui, pour Dieu sont restés en dehors du joug du mariage, qui ont mortifié leurs membres terrestres et mènent une vie angélique ? Qui n'aime pas ceux qui ont l'intelligence du Christ, et qui sont devenus la lumière du monde et le sel de la terre, si du moins ils sont moines ? Qui n'aime pas ces temples vivants, ces holocaustes doués de raison, ces victimes parfaites pouvant chanter « en toute franchise » : « A cause de toi, nous sommes livrés à la mort tout le jour ; on nous considère comme des brebis de sacrifice ? » Qui n'aime pas « un corps tout de chasteté et une bouche toute de pureté et une intelligence toute de lumière » ? Un moine est un livre vivant, si du moins il est vraiment moine ; sinon, il est un tombeau ouvert.

De la « Vie de saint Cyrille le Philéote. »

Ce qui importe plus essentiellement que tous les livres et les idées possibles, c'est de trouver un staretz (père spirituel) orthodoxe, à qui tu puisses découvrir chacune de tes pensées, et de qui tu puisses entendre non pas ta propre opinion, plus ou moins judicieuse, mais le jugement des saints pères.

Vassilievitch Kireisvski

LA DISCRÉTION OU DISCERNEMENT

Ce qui se dit en grec « diacrisis » se traduit en français par : « discernement des esprits » ou « discrétion ». Mais ces traductions nous semblent insuffisantes, inadéquates. Non que nous ne saurions nous-mêmes mieux traduire, mais la faute en est aux limitations du vocabulaire français, car certains mots grecs n'y ont pas d'équivalent. Il nous faut soit garder le mot grec, qui est inhabituel et incompréhensible pour un français, soit faire une concession sur le mot, en prenant un verbe français qui le traduira à peu près correctement. Mais dans ce cas, il faut catéchiser et donner une explication, afin que le mot français trouve dans la conscience du lecteur ou de l'auditeur le sens orthodoxe du mot originel. Pour notre mot « diacrisis », il faut donc dire qu'il s'agit du don, de la vertu de jugement entre le bien et le mal, d'évaluation de la juste mesure, du sens du moment opportun d'agir et de parler. Cela dit pour la traduction du mot, dont le contenu sera le sujet de notre article.

Un jour, lors d'une conférence, les pères du désert discutaient entre eux pour savoir quelle est la plus grande des vertus. Chacun donnait son avis et l'un disait ceci et l'autre cela. Finalement, le grand Antoine prit la parole en disant que c'est la discrétion qui est la plus grande des vertus. Puisque, disait-il, beaucoup sont tombés par manque de discernement. Ou bien ils se sont égarés à droite du chemin, c'est-à-dire dans l'excès de la ferveur ou dans les folies de la présomption, ou alors ils se sont laissés entraîner à gauche, c'est-à-dire dans la tiédeur et le relâchement.

La discrétion est l'oeil de l'âme, dit saint Cassien, qui discerne les pensées et toutes les actions de l'homme, qui voit parfaitement tout ce qu'il faut faire.

Là où la discrétion fait défaut il faut y suppléer par l'obéissance. En obéissant, nous remettons le jugement à un autre, qui est sensé précisément avoir le don de discerner. C'est pourquoi les pères recommandent avant tout au novice l'obéissance qui le garde de la chute, et disent que celui qui vit en anachorète ne doit plus avoir besoin de conseil, mais être un maître. Le discernement nous permet de mesurer la charge que nous pouvons porter. Cette charge dépendra de notre niveau spirituel, c'est-à-dire de notre force spirituelle, du secours de la grâce et aussi d'un tas de circonstances extérieures.

C'est le discernement qui a fait dire à notre Seigneur : « Le Sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat ». Cela veut dire que les moyens dans la vie spirituelle (ascèse, silence, prière, jeûne, etc.) doivent être à notre service et que ce n'est pas nous qui devons devenir leur esclave. L'exemple le plus flagrant de cet abus est le monde actuel qui crée des moyens qui devraient nous libérer, mais par manque de discernement il en devient son esclave.

Si, dans le passé, l'Occident s'est laissé égarer par manque de discernement du côté droit (inquisition, refus du progrès scientifique, etc.), il tombe maintenant par ce même manque dans l'excès opposé en rejetant toute contrainte, toute norme, toute échelle de valeur, et, bien sûr toute référence envers son Dieu. Partant d'une piété faussée, il tombe dans l'orgueil qui lui fait construire une nouvelle tour de Babel.

La discrétion qui est requise pour la vie spirituelle de chacun l'est aussi pour la société dans son ensemble. Mais hélas, cette notion a été transformée en attitude hypocrite qui sait à merveille cacher ses vices, ses ambitions, la fausseté de ses valeurs.

Celui qui a acquis la vraie discrétion sait démasquer à travers la surface, apparemment bonne, le fond pourri, même s'il se tait, par discrétion, précisément.

Il faudrait détailler davantage le thème, mais il est écrit : « Donne un peu au sage et il en deviendra plus sage encore » (Pr 9,5).

hm.Cassien


Il vint un jour de Rome un moine qui avait occupé une place éminente au palais ; il s'installa à Scété près de l'église, et n'avait avec lui qu'un seul domestique pour le servir. Un prêtre de l'église se rendit compte de sa faiblesse et s'aperçut qu'il s'agissait d'un homme venu d'une vie facile : aussi lui faisait-il parvenir tout ce que le Seigneur lui donnait ou était offert à l'église. Après vingt-cinq années passées à Scété, cet homme était devenu un grand contemplatif, il lisait dans les coeurs et avait haute réputation. L'un des grands moines d'Égypte eut vent de l'estime qu'on lui portait ; il vint le voir, espérant trouver chez lui une plus rude ascèse. Il entra donc chez lui et le salua ; les deux moines prièrent ensemble, puis s'assirent. L'égyptien vit qu'il était confortablement vêtu ; il avait pour lit une botte de roseaux recouverts d'une peau. Il avait aussi un petit oreiller sous sa tête ; et même, ses pieds étaient propres et chaussés de sandales. Et le moine de se scandaliser en son for intérieur. Dans ce lieu, on n'avait pas coutume de vivre ainsi ; on avait plutôt l'habitude de renoncements plus rudes ! Mais le vieux romain avait le charisme du discernement des esprits et lisait dans les coeurs : il comprit que le moine égyptien s'était scandalisé de sa conduite. Il dit à son serviteur : « Fais-nous un bon déjeuner aujourd'hui, puisque ce père est venu. » Et le frère fit cuire quelques légumes. A l'heure convenable, ils se levèrent et prirent leur repas. Le romain avait également un peu de vin, à cause de ses infirmités ; ils en burent. Le soir venu, ils récitèrent douze psaumes et s'endormirent. Ils firent de même au milieu de la nuit. Au matin, l'égyptien se leva et dit à l'ancien : « Prie pour moi », et il s'en alla bien mal édifié. Il était déjà à quelque distance quand le romain, désireux de le guérir, renvoya quelqu'un le rappeler. A son retour, il le reçut avec affabilité cette fois encore, et se mit à le questionner : « De quel pays es-tu ? » - « Je suis égyptien. » Et il lui demanda : « De quelle ville ? » - « Je ne suis pas de la ville, je n'y ai jamais habité. » - « Que faisais-tu avant d'être moine, dans le domaine où tu habitais ? » - « Je gardais les champs », répondit le moine. - « Où dormais-tu ? » - « Dans les champs. » - « Et tu avais un lit ? » - « Comment aurais-je bien pu avoir un lit pour dormir dans les champs ? » - « Comment dormais-tu ? » - « Sur la terre nue. » Et le romain de continuer : - « Que mangeais-tu aux champs, quel vin buvais-tu ? » - « Que peut-on bien boire et manger dans les champs ? » lui répondit le moine. - « Comment vivais-tu donc ? » - « Je mangeais du pain sec, quelques salaisons, si j'en trouvais, et je buvais de l'eau. » - « C'était un rude métier » dit l'ancien, et il ajouta : « Y avait-il des bains où tu puisses te laver dans ce domaine ? » - « Non, répondit l'autre, je me lavais dans le fleuve quand j'en avais envie. » Quand l'ancien eut achevé tout le questionnaire et fut bien renseigné sur son genre de vie et son travail d'autrefois, dans le dessein de lui être utile, il se mit à lui décrire la vie qu'il avait menée autrefois dans le monde : « Je suis de la grande ville de Rome, moi, ce pauvre misérable que tu as devant les yeux ; j'avais une situation considérable au palais de l'empereur. » L'égyptien avait à peine entendu le début de sa réponse, que le repentir le saisit et il écouta avec grande attention ce qui lui était dit : « J'ai donc abandonné Rome, disait l'ancien, et je me suis retiré dans ce désert. J'ai possédé de grandes maisons et d'immenses richesses, moi, le pauvre moine que tu as sous les yeux. Je les ai méprisées et je suis venu dans cette petite cellule. » Il lui dit encore : « J'avais des lits couverts d'or et leur garniture était très précieuse. A leur place, Dieu m'a donné ces joncs et cette peau. Mes vêtements étaient inestimables et je les ai remplacés par ces haillons. » Il dit encore : « Je dépensais beaucoup d'or pour mes repas ; pour les remplacer, Dieu m'a donné ces quelques légumes et ce petit flacon de vin. J'avais de nombreux esclaves en ma possession ; à leur place, j'ai celui-ci tout seul ; le Seigneur a touché son coeur pour qu'il me serve. Pour bain, je me contente de verser un peu d'eau sur mes pieds et sers de sandales à cause de mes infirmités ; pour remplacer les flûtes, les harpes et les autres instruments de musique qui enchantaient mes repas, je récite douze psaumes le jour et autant la nuit. Et pour expier les péchés de ma vie passée, je présente aujourd'hui à Dieu, dans le recueillement, mon pauvre et inutile service. Veille donc bien, père, à ne pas te scandaliser de ma faiblesse. » L'égyptien écouta tout cela et, après avoir fait retour sur lui-même, lui dit : « Malheur à moi, c'est après de nombreuses épreuves et bien des travaux dans le siècle que je suis venu à la vie monastique, et c'était plutôt pour m'y reposer ; je possède maintenant ce que je n'avais pas autrefois. Mais toi, c'est de ton propre mouvement que tu es venu des plaisirs du monde à la souffrance, d'une situation considérable et de la richesse à l'humilité et à la pauvreté. » Le moine s'en alla avec grand profit de cette leçon, il devint son ami et revint souvent le visiter pour en tirer profit, car le romain était homme plein de discernement et rempli de la bonne odeur du saint Esprit.