Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de S.B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

NUMÉRO 9
AOUT 1989

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

 SOMMAIRE
NOUVELLES

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

ORTHODOXIE ET «ORTHODOXIE»

L'AME APRES LA MORT

LA VIE DE SAINT JEAN KOUKOUZÉLES

ÉPISODE DES DEUX ANGES DÉGUISÉS EN VIEILLARDS

LE CHEMIN DE LA CONNAISSANCE

LETTRE PROPHÉTIQUE AUX CHRÉTIENS ORTHODOXES

NOUVELLES

« Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Dieu merci, tout va bien à l'hermitage. Nos fidèles de Limoges ont passé une semaine en visite ici et nous avons pu célébrer plusieurs fois la Divine Liturgie. Nous attendons bientôt notre cher Vladimir Moss qui vient d'Angleterre, et qui doit être pour l'instant en Russie, en train de contacter l'Église des Catacombes.

A propos de visites à l'hermitage : je veux bien faire une concession en acceptant des visiteurs, à condition que ce soit pour des motifs spirituels uniquement. L'hermitage n'est ni une auberge, ni l'endroit adéquat pour s'occuper de préoccupations professionnelles. Je ne veux faire de mal à personne, mais seulement mettre les choses au clair.

Je ne sais toujours pas si les Pères Jean et Marc de Floride s'occuperont de notre mission en Amérique, ou si c'est encore à moi qu'incombe cette tâche. J'ai de nouveau demandé un éclaircissement à notre archevêque. Mais il se peut fort bien que j'aie de nouveau à faire mes valises dans un mois ou deux pour me rendre en Amérique. Que la volonté de Dieu soit faite !

La question de la Troisième guerre mondiale me préoccupe beaucoup. Je crois fermement aux prophéties, mais une chose est d'y croire, autre chose de les comprendre.

Encore une petite chose pour terminer : si j'emploie dans mes articles la forme « nous », ce n'est pas dans l'esprit de Louis XVI, ni par fausse humilité mais parce que je ne parle pas en mon nom personnel, mais comme représentant de notre Synode. Enfin, j'ai l'habitude maintenant qu'on me trouve ridicule et qu'on me juge avec des critères relatifs et subjectifs.

hm. Cassien

Un Père de l'Église s'est fort bien exprimé en disant que, pour le croyant, l'amour envers Dieu serait une consolation suffisante, même dans le cas de la perte de l'âme.

L'ÉGLISE DES CATACOMBES EN RUSSIE

suite

Chapitre II :

« Le Mystère d'iniquité » agit continuellement, comme le dit le saint apôtre ; aujourd'hui, il est parvenu à ce que « celui qui tient » soit « ôté du monde. » (2 Th 2,7). Cela se produisit pratiquement et visiblement le 2 mars 1917 à trois heures de l'après-midi. Ce jour-là, à cette heure, l'Empereur de toutes les Russies Nicolas II abdiqua et confia l'acte d'abdication aux « élus du peuple ». Cependant, ce même jour, à cette même heure, se produisit un événement incompréhensible pour les habitants de cette terre. Et il se déroula presque secrètement. Seules quelques personnes en furent les témoinsÉ

Dans le village de Kolomenskoe, près de Moscou, pendant plusieurs jours, à l'occasion de la Révélation de la Mère de Dieu, on chercha son icône, appelée : « La puissante Mère de Dieu ». En 1812, cette icône avait « marché » à la tête des armées russes qui avaient repoussé Napoléon au-delà des frontières de l'état russe. Par la suite, cette icône miraculeuse fut oubliée et, semble-t-il, « perdue ». Personne ne savait ce qu'elle était devenue. Ce n'est que le 1e mars qu'une pieuse veuve du nom d'Evdokia eut la révélation qu'elle trouverait l'icône dans le village de Kolomenskoe. Elle examina les deux églises du village, mais apparemment, l'icône n'était dans aucune. Alors, elle demanda s'il n'y avait pas de vieilles icônes à quelque endroit. On lui répondit qu'il y en avait dans une vieille cave. Elle demanda qu'on l'y conduise. Elle descendit dans cette cave avec le diacre. Il y avait, en effet, beaucoup d'icônes recouvertes de poussière. Ils se mirent à les essuyer une à une. Mais ils ne retrouvaient pas l'icône recherchée. Quand ils approchèrent de l'icône « La Puissante Mère de Dieu », Evdokia s'écria joyeusement : « La voilà ! », alors que l'icône n'avait pas encore été nettoyée et qu'à cause de l'épaisse couche de poussière, il était impossible de discerner le dessin. Après l'avoir nettoyée, ils virent que c'était vraiment elle. L'icône miraculeuse « La Puissante Mère de Dieu » était retrouvée. Cela se passait à 3 heures de l'après-midi, le 2 mars 1917. A cet instant précis, l'Empereur abdiquait à Pskov et la Reine des Cieux apparue à Kolomenskoe semblait prendre sa place sur le trône. Sur l'icône, elle est représentée en manteau rouge, assise sur un trône, avec le sceptre des souverains de Russie à la main.

Cependant, ni le gouvernement provisoire, ni le peuple, ni même l'Église ne prêta à cet événement l'attention voulue. Par la suite, la servante de Dieu Evdokia insistait, toujours d'après sa révélation, pour que l'icône soit portée sept fois autour du Kremlin. Mais on ne put la porter, et encore sous les coups de feu, qu'une seule fois, au temps du patriarche Tikhon, c'est-à-dire déjà sous le régime bolchévique. Evdokia disait souvent : « la Mère de Dieu a dit : si on avait fait faire sept fois le tour du Kremlin à l'icône, alors les bolchéviques n'auraient pas pu prendre le Kremlin. » Pour cela, il fallait des victimes. Mais la Russie et l'Église étaient trop faibles et ne surent pas montrer l'inflexibilité de leur foi. En l'honneur de l'apparition de l'icône de « La Puissante Mère de Dieu », on composa rapidement un hymne acathiste. Mais l'icône resta aux mains des bolchéviques. Et ceux-ci l'installèrent dans un musée sous le nom d' « icône contre-révolutionnaire de la Mère de Dieu. »

Le très grand miracle de l'apparition de cette icône miraculeuse au début de la révolution n'a pas été compris tel qu'il devait l'être.

L'histoire de nos malheurs indescriptibles commence à partir de cet événement. Le pouvoir révolutionnaire passe des mains du faible gouvernement provisoire dans les mains du cavalier sur le cheval pâle et de ses « bêtes sauvages »É

Le sinistre « manifeste » de 1870 se réalise finalement : « Quand la Russie orthodoxe deviendra une citadelle d'Adam, nous libérerons l'athéisme de ses chaînes, qui produira en Russie une catastrophe socialiste et politique sans précédentÉ » (Alekseï Chmakov, Avocat principal de la ville de Moscou, mort avant la révolution.)

Ce manifeste misanthropique fut publié comme « loi » loin des frontières de Russie par une des organisations secrètes internationales révolutionnaires et antichrétiennes, en 1870, comme nous l'avons déjà dit. Un demi-siècle plus tard, en 1917, cet événement s'amorça, et depuis, se poursuitÉ « Le cheval pâle et son cavalier qui s'appelait la mort » s'est acquitté de sa tâche politique avec une incroyable audace, inconnue jusque là. « Les bêtes sauvages de la terre », soumises au cavalier, ont inondé de sang toute la Russie. En effet, ce qui avait été prédit plus de cent ans auparavant par le vénérable Séraphim de Sarov se réalisa : « Les anges de Dieu ne réussissaient pas à accueillir toutes les âmes des tués à cause de leur foiÉ »

J'ai moi-même été témoin du récit de Lénine qui était continuellement sous surveillance durant les meetings publics à Pétrograd. A chaque occasion, le « chef » répétait ces mots :

« Plus il y aura de sang, plus le pouvoir se renforcera ! » Ce refrain encourageait les « bêtes sauvages de la terre ». Et ils s'efforçaient d'épancher leur colère. Parmi ceux qui furent tués : l'Empereur Nicolas II, l'Impératrice, leurs enfants avec le jeune héritier, leurs fidèles serviteurs qui ont désiré partager le sort cruel de la famille impériale, en tout 17 personnes de la maison impérialeÉ Ainsi commença le martyr du peuple russe. Ce martyr est estimé à plus de 20 millions d'hommes.

Ils terrorisaient toute la population, tout le peuple. A cause de l'Oint de Dieu, de sa famille et de sa maison, ils anéantirent les hauts fonctionnaires, les hommes politiques, l'intelligentsia, le clergé, les moines, les paysans, et particulièrement les croyants ; parmi eux, les officiers, soldats et matelots, les vieillards, les femmes, les enfantsÉ

Ils massacrèrent tous ceux qui détenaient le drapeau de la sainte Russie. Voilà plus de 60 ans que se perpétue cette incroyable destruction. Depuis cette époque, ils anéantissent tous les croyants, les gens de devoir, honnêtes, ayant des principes moraux, selon de fausses accusations, et fréquemment sans aucun jugement. Dès le début de la révolution, l'interdiction de tuer ces personnes a été levée. Depuis, on les tue, et personne ne porte la responsabilité de ces crimes.

Mikhail A. Vassilievitch, 35 ans, très croyant, travaillait comme chauffeur. A la suite d'une maladie des reins, il se retrouva à l'hôpital. Il ne se sentait pas très bien, et se mit à faire ses adieux et à demander pardon aux malades. Il priait sans se cacher. On le transporta immédiatement dans une section psychiatrique. Là-bas, il continua à demander pardon et à prierÉ Un médecin arriva avec une grande aiguille, lui fit une injection, et l'homme ne bougea plus. (Cela se passa à Orenbourg.)

Selon la formule acceptée en 1918 (le 31 mars) par le Patriarche Tikhon, l'Église dit des messes pour tous les martyrs et les morts :

« Seigneur, Tu connais le nom de tous les nombreux prêtres, moines ou laïcs qui sont morts pour la foi et l'Église orthodoxeÉ »

Mais quand donc cette Église du Christ persécutée et détruite, devenue secrète et cachée, est-elle apparue en Russie ? Elle est née en même temps que la persécution. Et la persécution a commencé en même temps que la prise du pouvoir par les bolchéviques ; à partir du moment où les chrétiens, d'une façon ou d'une autre, ont été obligés de se cacher, de dissimuler leur foi et de fuir les ennemis du ChristÉ Elle est apparue à partir du moment où on a commencé à enlever les croix des églises, à blasphémer contre les icônes, à profaner, à fermer, à détruire les églisesÉ Quand les prêtres privés d'églises n'ont plus su où allerÉ Quand les premiers évêques et prêtres ont été soumis à toutes sortes de railleries et de tortures, et ont été ensuite enfermés et fusillésÉ Elle est apparue lorsque les chrétiens, poussés à agir ainsi par la parabole de l'Écriture et leur conscience chrétienne : - « Tu sauves ceux qui sont pris par la mort, est-il possible que tu refuses de sauver les condamnés au massacre ? » (Pr 24,11) -, ont commencé à donner asile à ceux qui étaient recherchés par les criminels et les persécuteurs de la foi.

Voilà quand est apparue l'Église des Catacombes ! Et non comme on le pense et l'écrit, en reportant ce fait aux années trente de ce siècle.

L'Église des Catacombes s'est constituée en Russie quand est apparu celui qui « avait pour nom la mort », celui à qui « fut donné le pouvoir sur les 4 parties du monde. » (Ap 6,8).

à suivre.

Un frère demanda à abba Macaire : « Mon père, je suis tombé dans une faute. » Abba Macaire lui dit : « Il est écrit, mon fils : " Je ne désire pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie " (Ez 33,11). Convertis-toi donc, mon fils ; tu verras un homme plein de douceur, notre Seigneur Jésus Christ, le visage rempli de joie à ton sujet, comme une nourrice dont le visage est plein de joie à l'égard de son fils, s'il lève les mains et son visage vers elle; même s'il est rempli de tout immondice, elle n'est pas retenue par la puanteur ni les excréments, mais elle a pitié de lui, elle le presse sur sa poitrine, le visage plein de joie, et toute chose qui est arrivée est douce pour elle. Si donc cette créature est pitoyable pour son enfant, à combien plus forte raison l'amour du Créateur, notre Seigneur Jésus Christ, pour nous ? »

ORTHODOXIE ET «ORTHODOXIE»

Il est difficile et presque impossible pour un non-orthodoxe de reconnaître l'Orthodoxie dans tous ces groupements qui se disent et se veulent orthodoxes. Son jugement sera conditionné par sa formation religieuse, soit catholique-romaine, soit protestante, ou autre. Dans le premier cas, il voudra à tout prix trouver une unité administrative avec soumission à la hiérarchie au premier plan. Dans le second cas, il se contentera d'une fédération de groupes qui se tolèrent et se reconnaissent malgré des divergences dans la croyance.

L'Orthodoxie n'est pourtant ni l'un ni l'autre. Pour reconnaître la vraie monnaie de la fausse, il faut comme pierre de touche la pureté de la foi dans la fidélité à la Tradition. Si notre hiérarchie s'éloigne de cela, les canons nous obligent à nous en séparer. D'autre part, une unité qui n'est pas basée sur la même foi, sur les mêmes sacrements, n'est pas concevable pour un orthodoxe.

Au temps de l'Église primitive, lors de la grande persécution, il n'a jamais existé deux Églises : une dans les catacombes, confessant courageusement sans compromis l'évangile, et une autre qui aurait fait des concessions pour être tolérée par le césar païen. Par conséquent, «l'Église» communiste qui se dit orthodoxe, derrière le rideau de fer, se prostitue avec les forces des ténèbres, apostasie.

Pourtant, il ne s'agit pas d'être simplement anticommuniste pour être orthodoxe comme le croit l'ERHF qui a «quitté la pluie pour tomber dans l'égout», pour employer une expression allemande (vom Regen in die Traufe). Car elle fuit le communisme pour se vendre aux francs-maçons.

De son côté, «l'Église» officielle de Grèce, dans sa complicité avec l'état manipulé par les ennemis de l'Église, persécute les vrais orthodoxes pour tranquilliser sa conscience.

Pour des intérêts terrestres, soumis aux influences politiques, aux pressions des sociétés secrètes, etc, ils trahissent l'Église comme Judas le fit avec son Maître.

Les chrétiens d'aujourd'hui sont tentés par le même espoir que les Juifs du temps des apôtres et comme le seront les fidèles du temps de l'antichrist. Les Juifs voulaient un Messie qui vienne chasser les Romains, rétablir la justice sociale et redonner à Israël son ancienne gloire. Au temps de l'antichrist, ce Messie-là viendra - le grand bienfaiteur de l'humanité avec son Église unie si puissante, telle qu'on la souhaite aujourd'hui. Malheur aux vrais chrétiens de cette époque ! Si on nous traite déjà de fanatiques bornés qui ne se conforment pas aux exigences du monde moderne et ne suivent pas son évolution, qu'auront alors à subir ces quelques-uns qui garderont fidèlement la foi de nos Pères, au temps du grand séducteur  ?

Une Église compréhensible, installée dans ce monde déchu, qui veut à la fois servir le monde et Dieu n'est pas à l'image de son Maître dont le royaume n'est pas de ce monde, qui ne savait où reposer sa tête, incompris («qui peut le comprendre ?») et qui à travers l'«échec» sur la Croix, nous a tracé le chemin à suivre, l'exemple à imiter.


Là où est l'Église est l'Esprit de Dieu, et là où est
l'Esprit de Dieu, là est l'Église et toute grâce.
saint Irénée de Lyon.

A celui qui jamais ne proféra
l'insulte ni la malédiction,
viendra du paradis, avec grande liesse,
la bénédiction.
Celui qui garda purs les regards de ses yeux
contemplera beauté plus excellente encore.
Pour qui sut rendre douces ses amères pensées,
des sources de douceurs en ses membres sourdront.
C'est selon qu'ici-bas chacun rend pur son oeil
qu'il pourra contempler la Gloire du Très-Grand.
C'est selon que chacun ouvre ici ses oreilles
qu'il pourra embrasse la Sagesse.
C'est selon que chacun rend large ici son coeur
qu'il pourra pour sa part accueillir ses trésors.
Seigneur de toute chose, Il est trésor de tout.
A chacun Il fera, selon son aptitude,
entrevoir quelque trait
de sa Beauté cachée et de sa Majesté
tout entière irradiante.
Sa Splendeur fait briller chaque être en son amour :
Ses lueurs, les petits - ses rayons, les parfaits.
Seul, quant à la vigueur de sa Magnificence
peut L'égaler son Fils.
Hymnes de saint Ephrem le Syrien

L'AME APRES LA MORT

(suite)

Tiré de « The Orthodox Word »

 

2. La rencontre avec d'autres

L'âme reste dans son état de solitude initial pendant très peu de temps après la mort. Le Dr Moody cite plusieurs cas de gens qui, même avant de mourir, ont soudain vu des parents et des amis morts depuis longtemps : « Le médecin avait renoncé à me sauver et il a annoncé à ma famille que j'allais mourirÉ je me suis aperçue de la présence d'un tas de monde, presqu'une foule, planant à la hauteur du plafond de ma chambre. Tous étaient des gens que j'avais connus autrefois et qui étaient passés dans l'autre monde. Je reconnaissais ma grand-mère, et une ancienne camarade de classe, et aussi d'autres parents et amisÉ C'était une circonstance heureuse et je savais qu'ils étaient venus pour me protéger ou pour me guider. »

« Une femme m'a rapporté que, lors de sa décorporation, elle avait vu non seulement son propre corps spirituel, transparent, mais également un autre, celui d'une personne qui venait de mourir très récemment. Elle ne savait pas qui était cette personne. »

Cette expérience de la rencontre d'amis et de parents décédés n'est pas du tout une découverte nouvelle, même pour les savants modernes. Il y a plus de 50 ans, elle a servi de matière à un petit livre écrit par un pionnier de la « parapsychologie » ou de la recherche psychologique moderne, Sir William Barrett (Berth-bed Visions, Methuen, London, 1925). Après la parution du premier livre du Dr. Moody, un récit bien plus détaillé de cette expérience inspirée par le livre de Sir William était publié et il s'est avéré que les deux auteurs de ce livre avaient fait une recherche systématique sur les expériences des mourants pendant des années. Ici, nous devons dire un mot sur les découvertes contenues dans ce nouveau livre (Karils Osis et Erlendur Haraldsson, At The Hour of Death, Avon Books, New-York, 1977).

Ce livre est le premier ouvrage entièrement scientifique paru sur les expériences des mourants. Il se base sur les résultats des questionnaires et entretiens détaillés, faits avec un groupe de docteurs et d'infirmières pris au hasard dans les États Unis de l'Est et aux Indes du Nord (ce dernier pays étant choisi pour un maximum d'objectivité, pour tester les divergences dans les expériences qui peuvent provenir de la différence de nationalité, de psychologie, et de religion). Le matériel ainsi obtenu comprend plus de mille cas d'apparitions et de visions survenant aux mourants (et à quelques-uns de ceux revenus à la vie après la mort clinique). Les auteurs trouvent qu'en général les découvertes du Dr. Moody sont en harmonie avec les leurs. Ils montrent que des apparitions de parents et d'amis décédés (et aux Indes, beaucoup d'apparitions de « dieux » hindous) surviennent aux mourants, souvent dans l'heure et, en général, dans la journée précédant la mort. Dans un nombre deux fois moindre des cas, il y a la vision d'un environnement d'autre-monde, « céleste », qui suscite les mêmes sentiments (cette expérience « céleste » sera discutée plus bas). Cette étude est d'une valeur particulière en ce qu'elle distingue les hallucinations (incohérentes) de ce monde des apparitions, des visions clairement perçues de l'autre monde, et fait une analyse statistique de la présence de facteurs tels que : usage de drogues hallucinogènes, fièvre élevée ou maladies du cerveau, qui tous peuvent produire de pures hallucinations plutôt que de réelles perceptions de quelque chose d'extérieur à l'esprit du patient. De manière très significative, les auteurs montrent que les expériences les plus cohérentes et les plus clairement surnaturelles sont vécues par des patients qui sont le plus en contact avec la réalité de ce monde-ci et les moins enclins aux hallucinations ; en particulier, ceux qui voient des apparitions de morts ou d'êtres spirituels sont d'habitude en pleine possession de leurs facultés mentales et voient ces êtres avec la totale conscience de leur environnement hospitalier. De plus, ils découvrent que ceux qui font des hallucinations voient d'habitude des personnes vivantes, tandis que les véritables apparitions survenues aux mourants semblent plutôt être des personnes décédées. Les auteurs, tout en restant prudents quant à leurs conclusions se trouvent enclins à « accepter l'hypothèse d'une vie future comme l'explication la plus plausible de nos données ». Ce livre complète ainsi les découvertes du Dr. Moody, et confirme de façon impressionnante l'expérience de la rencontre avec des morts et des êtres spirituels au moment de la mort. La question de savoir si ces êtres sont bien ceux pour lesquels les mourants les prennent sera discutée plus bas.

De telles découvertes sont évidemment quelque peu effrayantes lorsqu'elles font irruption dans le milieu d'agnosticisme et de l'incroyance qui a si longtemps caractérisé les affirmations de la science moderne. Pour un chrétien orthodoxe, par contre, elles n'offrent rien de surprenant ; nous savons que la mort n'est qu'un passage à une autre forme d'existence et nous sommes familiers avec beaucoup d'apparitions et de visions qui arrivent aux mourants, tant à des saints qu'à des pécheurs ordinaires.

Saint Grégoire le Dialogue, en décrivant beaucoup de ces expériences dans ses Dialogues, explique ce phénomène de rencontre avec d'autres : « Il arrive fréquemment que l'âme, au seuil de la mort, reconnaisse ceux avec qui elle a la même demeure éternelle à partager par punition ou récompense égale » (Dialogues IV,36). Et spécifiquement, pour ceux qui ont mené une vie de juste, saint Grégoire remarque « qu'il arrive souvent que les saints du ciel apparaissent aux justes à l'heure de la mort, pour les rassurer. Et, avec la vision de la compagnie céleste dans leur esprit, ils meurent sans éprouver ni peur, ni agonie » (Dialogues IV,13-18).

Le Dr. Moody donne un exemple de la rencontre d'une personne mourante non pas avec un parent ou un être spirituel, mais avec quelqu'un de totalement étranger (citation par erreur page 14 : « Une femmeÉ »).

Saint Grégoire décrit un phénomène semblable dans ses Dialogues : il raconte plusieurs cas où un mourant crie le nom de quelqu'un qui meurt au même moment à un autre endroit. Et ce n'est pas du tout une question de clairvoyance accordée seulement aux saints, car saint Grégoire décrit comment un pécheur ordinaire, apparemment destiné à l'enfer, envoie chercher un certain Étienne qui, inconnu de lui, doit mourir au même moment, pour lui dire que « notre navire est prêt à nous transporter en Sicile » (La Sicile étant un endroit de fréquentes activités volcaniques, symbolisant l'enfer). (Dialogues IV,36). Sans aucun doute, il s'agit ici de ce qu'on appelle aujourd'hui « perception extra-sensorielle », qui devient particulièrement aiguë chez beaucoup juste avant la mort, et, bien sûr, continue après la mort, quand l'âme est entièrement en dehors du royaume des sens physiques.

Ainsi, cette « découverte » particulière de la recherche psychologique moderne ne fait que confirmer ce que le lecteur de l'ancienne littérature chrétienne sait déjà au sujet des rencontres au moment de la mort. Ces ýrencontres, bien qu'elles ne soient pas vécues par tout le monde, avant la mort, peuvent cependant être considérées comme universelles en ce sens qu'elles peuvent survenir sans égard à la nationalité, la religion ou à la sainteté de vie du mourant en question.

L'expérience d'un saint chrétien, par contre, tout en partageant les caractéristiques générales qui accompagnent apparemment l'expérience de n'importe qui, a une toute autre dimension, et qui ne saurait être définie par les chercheurs en psychologie. Dans cette sorte d'expérience, des signes spéciaux de la faveur de Dieu sont souvent manifestes, et la vision venant de l'autre monde est souvent visible par tous ou par beaucoup de ceux qui sont présents, et pas seulement par la personne qui meurt. Citons seulement un exemple, pris dans les mêmes Dialogues de saint Grégoire :

« Comme donc, au milieu de la nuit, elles étaient auprès du lit de la malade, soudain une lumière venue du ciel remplit tout l'espace de la cellule, et la splendeur de cette lumière venue brilla si fort qu'elle frappa d'une terreur indicible ces deux qui étaient là, et que, comme elles le rapportèrent ensuite, tout leur corps s'était raidi et elles avaient été soudain clouées sur place de stupeur. Et de fait, on commença d'entendre le bruit comme d'une grande foule qui entrait, et la porte de la cellule était ébranlée comme si la masse de qui entraient la pressaient. Elles avaient bien, à ce qu'elles disaient, la sensation de l'entrée de cette masse, mais, par l'excès de la crainte et de la lumière, elle ne pouvaient la voir ; car la terreur leur avait fait baisser les yeux et l'éclat même de cette si forte lumière les repoussait. Après cette lumière, il y eut aussitôt l'odeur suave d'un délicieux parfum, si bien que leur esprit, qui avait été épouvanté par la lumière, était maintenant ranimé par le parfum. Mais, alors qu'elle ne pouvaient supporter la violence de cette lumière éclatante, Romula se mit à rassurer doucement sa directrice spirituelle Rédemta qui était là tremblant, elle lui dit : « N'aie pas peur, mère, je ne vais pas mourir tout de suite. » Elle dit cela à plusieurs reprises et peu à peu la lumière qui avait lui s'évanouit, mais le parfum qui avait suivi demeura. Ainsi passèrent un deuxième jour et un troisième, de sorte que l'odeur suave du parfum répandu restât là. La quatrième nuit, elle appela de nouveau sa maîtresse et, lorsqu'elle fut venue, elle demanda le viatique (la sainte Communion) et le reçut. Or, Rédemta, ainsi que son autre disciple, ne s'étaient pas encore éloignées du lit de la malade que voilà soudain sur le hall devant l'entrée de la cellule deux choeurs de psalmistes qui se tiennent là, et, selon qu'elles disaient avoir fait, d'après les voix, la distinction des sexes, les hommes entonnaient le chant des psaumes et les femmes leur répondaient. Pendant que se célébraient devant la porte de la cellule ces funérailles célestes, la sainte âme de Romula se détacha du corps. Elle fut emmenée au ciel, et à mesure que les choeurs des psalmistes montaient plus haut, la psalmodie peu à peu se fit entendre plus faiblement, jusqu'à ce que le bruit de la psalmodie et la suavité du parfum eussent pris fin avec la distance. » (Dialogues IV,15). Des chrétiens orthodoxes se souviendront de cas semblables dans les vies de plusieurs saints (saint Sisoès, sainte Thaïs, le bienheureux Théophile de Kiev, etc.)

En nous avançant plus loin dans l'étude des expériences des mourants et de la mort, nous devons bien nous rappeler les grandes différences qui existent entre l'expérience habituelle de la mort qui suscite tant d'intérêt à l'heure actuelle et cette autre expérience accordée par grâce aux justes chrétiens orthodoxes.

Cela nous aidera à comprendre quelques-uns des curieux aspects des expériences de la mort, vécues et décrites de nos jours.

Une connaissance de cette distinction, par exemple, peut nous aider à identifier les apparitions que les mourants voient.

Parents et amis reviennent-ils réellement du royaume des morts pour apparaître aux mourants ? Et ces apparitions elles-mêmes sont-elles différentes des apparitions de saints aux chrétiens justes à leur mort ?

Pour répondre à la première question, rappelons-nous que les Drs. Osis et Haraldsson rapportent que beaucoup de mourants hindous voient les « dieux » de leur « Panthéon Hindou » (Krishna, Shiva, Kali, etc.) plutôt que les parents et amis couramment mentionnés en Amérique. Pourtant, comme saint Paul l'enseigne si clairement, ces « dieux » ne sont rien en réalité (1 Co 8,4-5) ; toute réelle expérience des « dieux » suppose l'action des démons (1 Co 10,20). Qui donc ces Hindous mourants voient-ils réellement ? Les Docteurs Osis et Haraldsson croient que l'identification des êtres rencontrés est en grande partie le produit d'une interprétation subjective, ayant son ţfondement dans son milieu religieux, culturel et personnel ; cela semble en effet un jugement raisonnable et qui conviendra à la plupart des cas. Dans les cas américains aussi, les parents décédés que le mourant voit ne doivent pas être réellement « présents » comme il les croit être. Saint Grégoire dit seulement que l'homme mourant « reconnaît » des gens, tandis qu'au juste apparaissent les saints du ciel - distinction qui, non seulement indique l'expérience différente du juste et du pécheur ordinaire quand ils meurent, mais est directement liée à l'état différent dans la vie future des saints et des pécheurs ordinaires. Les saints ont une grande liberté d'intercéder pour les vivants et viennent à leur aide, tandis que les pécheurs décédés, sauf dans des cas très spéciaux, n'ont pas de contact avec les vivants.

Cette distinction est tout à fait avancée clairement par le bienheureux saint Augustin, Père latin du Vème siècle dans son traité qu'il écrivit à la demande de saint Paulin de Lola concernant « les soins aux morts », où il essaie de réconcilier l'indéniable fait que des saints tels le martyr Félix de Nola a nettement apparu à des croyants, avec le fait également indéniable que les morts, en règle générale, n'apparaissent pas aux vivants.

(à suivre.)

L'abbé Antoine a dit : « Les anciens pères sont partis au désert et ont été guéris ; ils sont devenus médecins et, se penchant sur d'autres, ils les ont guéris. Mais nous autres en même temps que nous sortons du monde, avant d'être guéris, nous voulons en soigner d'autres et nous avons une rechute, et le dernier état est pire que le premier; et nous entendons le Seigneur nous dire : " Médecin, guéris-toi toi-même d'abord " (Lc 4,23).

LA VIE DE SAINT
JEAN KOUKOUZÉLES

 

Venez tous, peuples, prêtres, gouvernants, écoutez ; Venez que je vous parle de Jean, nommé Koukouzélès, de sa vie et de ses actes. Il naquit dans la célèbre ville de Durazzo (sur l'Adriatique), pendant la Prima Justiniana (ville fortifiée par Justinien le Grand). Son père mourut jeune ; il ne lui resta que sa mère qui l'envoya apprendre l'Écriture Sainte. Koukouzélès avait une belle voix, et pour cette raison on le nommait « la belle voix angélique ». Il était d'usage de réunir à la Cour de l'empereur de jeunes garçons qui avaient une parole claire, de bonnes dispositions pour l'étude et une belle voix ; on prit ainsi Koukouzélès et on le plaça à l'école impériale pour que, ayant une belle voix, il étudiât et apprît l'art musical ; d'autres garçons y étudiaient la philosophie, d'autres encore la calligraphie. Koukouzélès, étant intelligent et bien doué, réussissait en tout, de sorte que chacun s'étonnait de son esprit. Les enfants, ses camarades, selon l'habitude des écoliers, lui demandaient : « Jean, qu'as-tu mangé aujourd'hui ? » Lui, n'étant pas encore habitué à la langue grecque, leur répondait : « Koukia kai zélia » (fèves et choux, en bulgare). De là vient que les enfants le nommèrent Koukouzélès. Ensuite, étant intelligent, il apprit rapidement le grec et la musique. Tout le monde s'étonnait qu'en si peu de temps il dépassât tous les élèves et apprît l'art musical. Pour cette raison, l'empereur l'aimait beaucoup, se réjouissait de le voir et déjà cherchait une jeune fille pour qu'il l'épousât mais Koukouzélès dit un jour à l'empereur : « Je te prie et te supplie, Majesté, permets-moi d'aller voir ma mère ; après, que soit faite la volonté de Dieu et de l'empereur ». Alors l'empereur, sans tarder, le laissa partir avec honneur, suivant la coutume. Koukouzélès, arrivé dans sa ville natale et se trouvant non loin de la maison de ses parents, entendit les pleurs et les plaintes de sa mère qui disait : « Mon enfant Jean, ou es-tu ? » Lui, entrant doucement dans la maison paternelle, dit à sa mère : « Voila, je suis ici, mère ». Étonnée, celle-ci dit : « Où es-tu, mon enfant ? » Et aussitôt ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre ; la mère pouvait à grand-peine arrêter ses pleurs et ses plaintes, et longtemps leurs effusions continuèrent. Ils passèrent plusieurs jours heureux d'être ensemble ; Koukouzélès resta chez sa mère autant qu'elle voulut, se réjouissant comme c'était l'habitude. Ils se séparèrent ; la mère resta à la maison et Koukouzélès se rendit chez l'empereur, dans la capitale. . .

En le voyant, l'empereur, très heureux, ordonna un riche festin à l'occasion de son retour et lui fit rendre de grands honneurs. Une fois, par la suite, Koukouzélès, éloigné dans un lieu isolé, commença à chanter la complainte de sa mère et plus précisément ceci : « Mon enfant chéri, Jean, où es-tu ? Oh ! » De cette manière, adaptant la voix, il créa avec art la mélodie polyéléos qu'il nomma de la Bulgare. Tous estimaient Koukouzélès. Mais la grande affection et la considération qu'on avait pour lui, l'empêchaient de s'isoler et de rester dans le silence ; or, il désirait se consacrer à la vie érémitique et s'éloigner du monde, ce qui s'accomplit avec la volonté de Dieu, selon son désir et sa prière. Il arriva, une autre fois, qu'un Higoumène vint de la Laura du Mont Athos chez l'empereur pour une affaire importante et, après l'avoir terminée, prit le chemin du retour. Koukouzélès, ayant appris cela, s'habilla de vêtements pauvres, s'enduisit le visage pour passer inaperçu et, un bâton de mendiant à la main, suivit avec joie l'higoumène, se tenant à une distance respectable de lui, jusqu'à ce qu'il arrivât à la Sainte Montagne et à la Laura. L'higoumène entra dans le monastère, mais Koukouzélès, en tant qu'étranger, s'arrêta à la porte. Interpellé par le portier sur ce qu'il désirait et le travail qu'il pouvait faire, il répondit : « Je sais faire paître les chèvres et je désire devenir moine. » Quand le portier entendit cela, il annonça sans tarder le nouveau venu à l'higoumène. Ce dernier, ayant appris que dans le monastère vivait un pâtre de chèvres, fut très content qu'on en ai trouvé un, puisqu'à ce moment, on avait besoin d'un homme pour cet emploi. L'higoumène ordonna qu'on laissât immédiatement entrer Koukouzélès dans le monastère ; en peu de temps, on le prépara à prendre le froc, ce qui fut fait, et après ceci, ils l'envoyèrent faire paître les chèvres. Koukouzélès se dirigea avec joie vers son troupeau et en prit grand soin.

Dans la capitale, l'empereur, très affecté de la disparition du célèbre chanteur, envoya des messages dans tout le pays, à l'ouest comme à l'est, pour rechercher Koukouzélès ; mais ce dernier ne fut pas reconnu, on ne le trouva nulle part.

Une fois, se trouvant avec les chèvres sur une colline et voyant qu'il n'y avait personne, Koukouzélès éprouva le désir d'adresser un chant à Dieu ; il commença à chanter. Un des ermites, qui habitait non loin dans une grotte, ayant entendu le chant, croyait qu'il entendait une voix angélique et non humaine. Sortant de la grotte, il jeta un coup d'oeil vers la colline du haut de laquelle venait le chant, et vit que les chèvres ne broutaient plus, mais, comme si elles voulaient apprendre ce chant, elles semblaient faire chorus et se réjouir. L'ermite, voyant tout cela et se rendant compte que le pâtre était ce même Koukouzélès que l'empereur cherchait partout, mais que Dieu ne permettait pas de découvrir, se dirigea sans tarder vers le monastère et raconta à l'higoumène tout ce qu'il avait vu. Immédiatement, l'higoumène fit venir Koukouzélès du désert et lui adressa ces paroles : « Dieu m'a fait savoir que tu es Jean Koukouzélès ; pourquoi, depuis le temps, ne m'as-tu rien dit sur toi ? Voila, maintenant je te demande devant Dieu que tu me dises la vérité ». Koukouzélès avoua, en disant : « Je suis Koukouzélès. Me rendant compte que tout dans le monde est vain, et le considérant comme méprisable, je me suis éloigné dans le désert. Pour cette raison, je te prie et te supplie, laisse-moi dans la situation où tu m'as trouvé ». Alors l'higoumène lui dit : « Écoute-moi seulement, et je te sauverai de tout cela ». Ensuite il empêcha Koukouzélès de retourner au désert et lui donna une cellule pour qu'il put vivre jusqu'au moment où il régulariserait sa situation ; ce qu'il fit. L'higoumène partit pour Constantinople chez l'empereur pour arranger cette affaire, et lui dit : « Je t'en prie, Majesté, cède-moi un homme pour le salut de ton âme et pardonne-lui s'il t'a affligé en quoi que ce soit. » L'empereur, étonné, se demandant de qui il s'agissait, accepta. Alors l'higoumène lui dit : « Si tu ne m'affirmes pas par écrit que tu acceptes cela, je ne te dirai rien ». L'empereur lui donna une lettre. Alors l'higoumène lui dit : « Il s'agit de Koukouzélès », et lui conta tout ce ce qui était arrivé. L'empereur s'étonna et en même temps se réjouit et loua Dieu, tout en méditant sur ce qu'il devait faire, car il se repentait d'avoir donné la lettre à l'higoumène. Il donna l'ordre de préparer immédiatement une galère (une trirème) et se dirigea avec l'higoumène vers la Laura; l'empereur embrassa Koukouzélès. Ensuite, on dressa une table abondante ; il se consolèrent avec toute la confrérie et ensuite ils se séparèrent. L'empereur retourna à Constantinople, et Koukouzélès resta dans la Laura en pleine tranquillité, jouissant du respect de tous ; il fut tout le temps chanteur dans l'église et loua Dieu. Et plus tard, non loin de la Laura, il se construisit une cellule et l'église « Saint Archange », pour vivre et prier tranquillement, éloigné des autres ; mais dans la Laura aussi, il chantait et priait sans arrêt. Et ainsi, un jour du grand Carême, le Samedi de l'Acathiste, selon son habitude, il chanta avec application le chant de la sainte Vierge. Après les Vêpres, quand il s'endormit, la sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Réjouis-toi » ! Et, lui posant dans la main une pièce d'or, elle lui dit : « Chante pour moi et je ne t'abandonnerai pas » ; quand il se réveilla, il trouva la pièce d'or dans le creux de sa main droite. Depuis lors, avec une joie inexprimable et des larmes, il remercia la Sainte Vierge et chanta pour elle ; et il laissa dans l'église cette pièce d'or, qui fit bien des miracles. A partir de ce moment, il ne s'absenta jamais du choeur à droite de l'église, à la suite de quoi un de ses pieds commença à suppurer et son bras à enfler ; on lui appliqua de l'herbe de chat pour que sa blessure s'ouvrit ; mais la Sainte Vierge le guérit en lui disant : « Sois dorénavant en bonne santé » ; pour cela, jusqu'à la fin de sa vie, il la remercia continuellement avec des chants et des hommages ; de même, cet homme de Dieu prédit sa propre mort et après avoir bien mis en ordre ses affaires, il recommanda qu'on l'enterrât dans l'église « Saint Archange » qu'il avait construite lui-même, et il mourut. Telle est la vie et la conduite du grand Magister et chanteur Jean Koukouzélès, deuxième Jean Damascène, à qui la Sainte Vierge guérit le pied et fit cadeau d'une pièce d'or. Parce que chaque chant et hommage à Dieu Lui est agréable, Il donne la santé spirituelle et corporelle à ceux qui Le louent de toute leur âme non seulement de la bouche, mais, comme le saint David, avec « les chants des cors, les coups des cymbales, les cordes et les orgues » ; et aux gens agréables à Dieu, Il donne grande joie et allégresse ; mais ceux qui se lèvent pour une jouissance corporelle et non spirituelle, sont répugnants et désagréables à Dieu, parce qu'ils chantent dans des livres méprisables et immoraux ; le diable les entend et se réjouit pendant que les saints et les anges s'attristent, éprouvent du dégoût et se détournent. Mais nous, les chrétiens orthodoxes, comme nous l'avons appris de nos saints Pères, que nous recevions, de même qu'eux, le bien-être promis au nom du Christ Jésus, notre Dieu, qu'Il soit glorifié et aujourd'hui et demain et dans les siècles des siècles. Amen.

Mes bien-aimés, quand bien même on en parlerait devant vous avec des termes agrestes, que personne n'ait la hardiesse de disputer ni de railler sur ce ministère. Car, devant la majesté de Dieu, la pure simplicité a plus de prix que les arguties des philosophes.

Saint Grégoire de Tours

ÉPISODE DES DEUX ANGES DÉGUISÉS EN VIEILLARDS

De la vie de saint Pachôme et de saint Théodore

Et quand Théodore arriva au bac de Chénoboskion, il monta dans la barque. Il y vint également deux vieillards. L'un d'eux se mit à louer Théodore, disant à l'autre : « Bienheureux ce moine. » L'autre dit : « Qu'as-tu à dire bienheureux ce misérable ? Il n'est pas encore arrivé du tout à la mesure de la corbeille ». L'autre dit : « Quelle est cette mesure ? » Le premier prend la parole et dit : « Il y avait un paysan très sévère, avec qui il était rare qu'on pût vivre une année entière. Or, quelqu'un se leva, vint à lui et lui dit : Je travaille avec toi. - Bien, répondit-il. Or, au jour de l'arrosage, le paysan dit : Tirons l'eau la nuit pour arroser le champ et non pas le jour. L'autre répond : C'est là sagesse, afin que nul, ni bête de somme, ni homme, ni rien d'autre ne boive de l'eau de notre rigole. Et quand il eut à labourer, le paysan dit : Ensemençons notre champ comme ceci : un sillon de froment, un autre d'orge, un autre de lentilles, un autre de pois chiches, et le reste pareillement. L'autre répond : C'est là sagacité plus haute encore que dans le cas précédent. Car le champ ainsi ensemencé se révélera beau par la diversité de ses fleurs. Puis, alors que le semis était en herbe sans avoir encore donné de grain, le paysan dit : Allons moissonner. L'autre répond : Allons. Car il y a grand gain à tirer de cette paille : d'ailleurs, elle se révèle verte et belle. Puis, après le battage, le paysan lui dit d'apporter la corbeille : Et quand nous aurons mesuré la paille, transportons-la à l'intérieur. L'autre répond : C'est là chose plus sensée encore que toutes des décisions antérieures, parce qu'ainsi la paille aussi sera bien conservée. Alors, quand le paysan eut éprouvé l'autre en toutes ces occasions, et qu'il eut constaté qu'il obéissait sans faire de distinction, il lui dit : Tu ne seras pas pour moi un salarié, mais un fils et un héritier. Ainsi donc, si ce moine, lui aussi, a été mesuré par la corbeille, il peut obtenir qu'on le dise bienheureux. »

L'autre vieillard lui dit alors : « Tu m'as dit là une parabole ; eh bien, dis-m'en aussi l'explication. » Le premier répondit : « Le paysan est Dieu : il est sévère, puisqu'il ordonne qu'on porte la croix et n'ait pas de volonté propre. De fait, Pachôme, père de de ce moine, c'est par une obéissance totale qu'il est devenu agréable au regard du Seigneur. Si ce moine lui aussi prend patience à la ressemblance de Pachôme, il sera son héritier. » A ce discours, Théodore reprenait courage, il admirait ce langage aussi bien que ceux qui l'avaient tenu. Or, une fois descendu du bateau, il ne vit plus les vieillards : car c'étaient des anges de Dieu, qui lui étaient apparus ainsi pour son redressement et sa consolation, comme en témoigna plus tard abbas Pachôme.


LE CHEMIN DE LA CONNAISSANCE

Tant l'athéisme que la Réforme peuvent aujourd'hui se tourner contre l'Orthodoxie. Mais cette attaque contre l'Orthodoxie provient d'une erreur. Ils frappent l'Orthodoxie car ils la voient avec leurs propres critères, avec leur propre mentalité. Ils la voient comme une variante du catholicisme.

Cependant, ceci n'est pas dit avec de mauvaises intentions, mais à cause d'une impossibilité complète de juger avec d'autres critères et de penser avec une autre mentalité. Le catholicisme, le protestantisme et l'athéisme se situent au même niveau. C'est le fruit de la même mentalité. Ce sont trois systèmes philosophiques issus du rationalisme, c'est-à-dire de la conception d'après laquelle la raison humaine est la base de la certitude, la mesure de la vérité et le chemin de la connaissance.

L'Orthodoxie se situe à un niveau complètement différent. Les orthodoxes ont une mentalité différente. Ils considèrent la philosophie comme un chemin sans issue qui n'a jamais conduit l'homme à la certitude, à la vérité et à la connaissance. Ils respectent la raison humaine comme personne d'autre et ne le transgressent jamais. Ils la considèrent comme un élément utile au dépistage du mensonge pour découvrir l'erreur. Mais ils ne l'acceptent pas comme capable de donner à l'homme la certitude, l'éclairer vers la vérité et le conduire à la connaissance.

La connaissance est la vision de Dieu et de sa création dans un coeur purifié par la grâce divine et par les luttes et les prières de l'homme : « Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu. »

La vérité n'est pas une série de définitions, mais Dieu Lui-même, qui S'est révélé concrètement en la Personne du Christ qui a dit : « Je suis la Vérité ».

La vérité n'est pas une question d'harmonie intellectuelle, mais un sentiment profond du coeur. Elle parvient à l'homme par la vision intérieure accompagnée de la chaleur de la grâce divine. Jamais l'harmonie intellectuelle qui résulte d'un système logique n'est accompagnée de ce sentiment.

La vérité est caractérisée par la formalisation. La pensée humaine ne peut pas accepter la réalité telle qu'elle est. Elle la transforme premièrement en symboles et ensuite elle modèle ces symboles. Les symboles sont la contrefaçon schématique de la réalité. Les schémas sont aussi éloignés de la réalité que l'image d'un poisson l'est d'un poisson vivant.

La « vérité » du philosophe est une série de schémas et d'images. Les schémas présentent un grand avantage : ils sont compréhensibles. Ils sont coupés à la mesure de l'homme et satisfont l'intelligence. Mais ils présentent un énorme désavantage : ils n'ont aucune relation avec la réalité vivante.

La réalité vivante n'entre pas dans les matrices de l'intelligence humaine. C'est un état au-dessus de la raison. La philosophie, c'est l'effort de transformer ce qui est au-dessus de la raison en ce qui est au-dessous. Mais c'est une contrefaçon et une imposture. C'est pourquoi l'Orthodoxie rejette la philosophie et ne l'accepte pas comme chemin qui puisse conduire à la Connaissance.

Le seul chemin qui conduise à la Connaissance, c'est la pureté du coeur. Elle seule permet à la sainte Trinité d'habiter l'homme. Ainsi seulement Dieu - et avec Lui toute la création - se fait connaître sans devenir un schéma (symbole). Il se fait connaître tel qu'Il est, mais sans devenir compréhensible. Il se fait connaître sans pour autant diminuer jusqu'à arriver à contenir dans les limites étouffantes de la pensée humaine. Ainsi l'esprit de l'homme vivant, et non schématisé entre en contact avec Dieu vivant, et non schématisé.

La Connaissance est le contact vivant d'un amour réciproque de l'homme avec le Créateur et sa création.

L'expérience de la Connaissance est quelque chose qui ne peut pas s'exprimer avec des paroles humaines. L'apôtre Paul quand il a connu a dit qu'il avait entendu des paroles inexprimables, quelque chose qu'il n'était pas permis à l'homme d'exprimer.

Telle est la théologie chrétienne la plus profonde : inexprimable. Les dogmes sont des définitions auxiliaires. Ils ne sont pas la Connaissance réelle. Ils ne servent qu'à conduire et à protéger de l'erreur. Un homme peut avoir la Connaissance sans connaître les dogmes comme il peut également connaître tous les dogmes et les accepter sans avoir la Connaissance. C'est pour cela que les pères ont placé au-dessus de la théologie cataphatique des dogmes la théologie apophatique où aucune définition n'est acceptable, où l'intelligence se tait et s'immobilise, où le coeur ouvre sa porte pour recevoir le grand Visiteur « qui se tient à la porte et qui frappe », là où l'esprit voit celui qui EST. Et que personne ne croie que toutes ces choses ne sont vraies que pour la Connaissance naturelle, qui est un mouvement de Dieu vers l'homme.

L'homme ne peut rien connaître par la raison parce qu'il ne peut être certain de rien. Ni pour lui-même, ni pour le monde, ni pour les choses les plus banales du quotidien.

En vérité, qui attendait le raisonnement de Descartes : « Je pense, donc je suis » pour se rassurer sur le fait de son existence réelle, et qui attendait que les philosophes lui démontrent que le monde environnant est réel pour le croire ? Une telle preuve, d'ailleurs, n'a jamais existé et n'existera jamais et tous ceux qui s'occupent de philosophie le savent bien. Personne n'a pu réellement démontrer avec la raison que notre moi, notre pensée, et le monde qui nous environne ne sont pas des fantômes. Mais même si cela était démontré par la raison (chose impossible en fait), cette preuve raisonnable ne servirait à rassurer personne.

Si nous sommes certains que nous existons, si nous sommes certains que nos amis ne sont pas une création de notre imagination, mais qu'ils existent réellement, nous ne le devons pas aux preuves des philosophes, mais à une connaissance, une sensation intérieure, laquelle, sans raisonnement et sans preuve, nous certifie pour chaque chose.

Telle est la connaissance naturelle. C'est la connaissance du coeur, et non pas du cerveau. Les fondements certains de chaque pensée. Sur elle, la raison peut bâtir sans craindre la démolition. Sans elle, la raison bâtit sur le sable.

C'est la connaissance naturelle qui conduit l'homme au chemin de l'Évangile, qui le fait distinguer entre la vérité et le mensonge, le bien et le mal. Elle constitue les premiers échelons qui font monter l'homme vers le trône de Dieu. Quand l'homme, par sa libre volonté, monte ces premiers échelons de la connaissance naturelle, c'est alors que Dieu Lui-même se penche vers lui et le couvre avec la Connaissance céleste des mystères « dont il n'est pas permis à l'homme de parler. » La prédication des apôtres et des pères, les prophètes et l'Évangile, les paroles mêmes du Christ s'adressent à la connaissance naturelle de l'homme. C'est le territoire des dogmes, de la théologie cataphatique. C'est la crèche où naît la foi.

Le commencement de la foi, c'est la capacité du coeur de comprendre que dans ce petit livre qui s'appelle Évangile parle la vérité, que dans ces églises banales où on voit des hommes pauvres et fidèles, Dieu descend et demeure. Il faut que tu aies peur (que tu sois saisi de crainte) de marcher sur cette terre qu'a étalée la Main de Dieu ; de regarder cette grande et vaste mer, de marcher et de respirer. Alors, de tes yeux commenceront à couler des larmes , des larmes de repentance, des larmes d'amour, des larmes de joie, et tu sentiras les premières caresses des mystères inexprimables.

La connaissance naturelle existe chez tous les hommes, mais elle n'atteint pas le même degré chez tous. L'amour du plaisir a le pouvoir de l'assombrir. Les passions sont comme la brume. C'est pour cela que peu de personnes trouvent le chemin de la vérité. Combien se perdent dans les dédales de la philosophie, en cherchant un peu de lumière qu'il ne verront jamais !

Dans ces dédales, que signifie être chrétien, athée, protestant, ou catholique, platonicien ou aristotélicien ? Il existe un point commun à tous : les ténèbres. Celui qui entrera dans l'antre du rationalisme cessera de voir. Dans leur conversation, ils se comprennent très bien les uns les autres parce que tous ont les mêmes représentations imaginaires : les représentations des ténèbres. Mais il leur est impossible de comprendre ce qui se trouve au fond du dédale, et qu'ils voient la lumière. Ce que dit ceux qui sont dehors, ils le comprennent avec leurs propres représentations imaginaires, et ne peuvent pas voir l'avantage de ceux qui sont dedans.

Alexandre Kalomiros


LETTRE PROPHÉTIQUE AUX
CHRÉTIENS ORTHODOXES

écrite par Mgr. Eugène Boulgaris contre l'Uniatisme

Celles sont les méthodes de machination de l'ennemi des âmes: tromper les fidèles avec le temporel, pour les priver de l'éternité. Comment, au commencement le malin a-t-il pu tromper nos premiers parents? Il a réussi en leur faisant une grande promesse: "mangez de ce fruit, leur dit-il, si vous voulez que vos yeux s'ouvrent, que vous puissiez discerner le bien du mal, devenir comme des dieux, semblable à Dieu".

De quelle manière le malin tenta le Dieu fait homme, notre Seigneur Jésus Christ, sur la montagne? Ne faisait-il pas des promesses, des dons de valeur? "Prosterne-toi devant moi et je te donnerai tous les royaumes que tu vois"; "Je te donnerai tout ceci si tu te prosternes devant moi". Ces serviteurs du diable, ces persécuteurs de l'Orthodoxie, ces tyrans n'ont-ils pas utilisé de temps à autre cette méthode?

Ils faisaient monter ceux qu'ils attirent dans la hiérarchie, promettaient des richesses et du bonheur ou toute autre chose, ayant le pouvoir d'attirer la volonté faible et méprisable, afin qu'ils fassent passer les fidèles de la piété à la perfidie.

Les Moabites n'ont pas pu vaincre les Hébreux par la force des armes, mais comment les ont-ils vaincus? Ils leur ont envoyé leurs femmes et leurs filles avec de la bonne chère et de quoi boire. A l'aide de cette cohabitation intempérante, ils ont affaibli le noble esprit et la fierté de ces hommes invincibles et les ont éloignés de Dieu, les ont obligés de se prosterner devant les idoles de Moab, de cette manière, ils ont vaincus et presque entièrement exterminés.

Par cette même ruse, hélas, les serviteurs de Rome en les aidant, ou en faisant des dons, attirent vers le papisme les simples d'entre nous. "Venez, leur disent-ils communier avec nous, unissez-vous avec notre Église, acceptez comme seul évêque, seigneur de l'Église, tête du Corps du Christ, maître lui même législateur, juge aux conciles, infaillible, irrépréhensible, irréprochable, le pape! Si vous aimez en même temps que votre salut, votre bonheur, devenez donc nation régnante et non régentée, libre et non esclaves. Ayez la sécurité, le confort, la souveraineté, le salut de tous les hommes, la gloire, l'honneur dont nous nous réjouissons nous aussi. Ayez l'aide des riches, la faveur des grands, la bienveillance des seigneurs, la prise en charge de toute votre nation, autant que tant d'autres royaumes d'Europe. Si vous voulez gouverner, vous le pourrez. Si vous voulez des offices et charges, vous les aurez. Si vous désirez quelques directions lucratives vous l'aurez. Même la plus grande et la plus glorieuse autorité, petit à petit, vous pourrez espérer l'obtenir. Nous vous promettons tout cela et encore plus". "Je te donne tout ceci". A partir de maintenant, vous serez libres de vos poids, libérés de vos chaînes, sans empêchement dans votre fonction publique, préférés dans la société, aimés, aidés de tous, honnêtes et dignes, illustres et distingués"; "Vous serez comme des dieux". "Dans notre Église, avec la force et l'autorité que Dieu a donnée au pape, vous pourrez acquérir le salut avec facilité et repos, sans durs régimes, et sans peine, sans veilles et jeûnes, sans règles sévères et luttes insupportables, vous obtiendrez à la fin de votre vie la justice et la béatitude. Le chemin nous est large et facile à marcher. Même les joies mondaines que Dieu a créé pour le plaisir du genre humain, largement vous y goûterez. Et si jamais étant humains, vous commettez un péché, vous trouverez tout prêts la guérison et le pardon par le serviteur des serviteurs de Dieu, par l'allégorique Samaritain et par ses serviteurs, plus par la douceur de l'huile de la miséricorde que par le vin de la sévérité. Les clefs du paradis sont dans les mains de l'héritier de Pierre qui peut facilement et sans peine vous en permettre l'entrée."

Quand ces sirènes vous chantent de telles promesses et de tels discours, frères chrétiens, bouchez aussitôt vos oreilles afin de ne pas vous mettre en danger. Ne laissez point ce miel arriver dans vos oreilles jusqu'à votre coeur, si vous tenez à votre salut. Dites vous, en choeur avec le roi David "que les sentences de la Loi sainte sont plus douces que le miel", plus enviée que tout le bonheur du monde, que toutes les jouissances du corps et tout le confort de la vie qu'ils vous promettent. Vous, frères bienheureux, répondez-leur: "Vous nous séduisez avec le miel du bonheur et du bien temporel, mais nous pensons à la bile en laquelle ils se transformera plus tard. Nous ne voulons point nous approcher de la mort comme Jonathan, juste pour goûter un peu de miel avec un peu d'eau. Nous ne consentons pas, pour apaiser notre soif avec un peu d'eau, et perdre, non un royaume temporel comme Lysimandre, mais le royaume du ciel. Nous préférons maintenir la loi que nous avons reçue de nos saints pères que tous les biens que vous nous offrez. Nous jugeons préférable notre foi respectée et donnée par Dieu que tout le bonheur sur terre, la richesse, la gloire, le confort, est-ce avec cela que vous croyez nous séduire? Quelle est la comparaison avec ces biens célestes que nous espérons acquérir? A quoi nous servirait-il le peu de temps que nous passons sur terre, s'il cause du tort à notre âme? Qu'avez-vous d'aussi précieux que notre âme achetée avec le Sang de Dieu à nous donner? " "Qu'est-ce que l'homme peut donner en échange de son âme?"

"Ces biens que vous promettez sont des fleurs vite fanées, des biens périssables, temporels et passagers; mais notre âme est impérissable, immortelle et éternelle. Alors quel genre d'échange insensé et déraisonnable essayez-vous de conclure avec nous? Si notre foi nécessite un régime dur et des peines, nous nous en réjouissons.

La bouche sans mensonge de notre Législateur nous a dit que sur terre nous aurions de la peine; que le royaume de Dieu arrive; que le chemin de la vie est étroit et plein de tristesse. Ces épines nous sont agréables parce qu'elles donnent vie aux roses de la nourriture céleste. Cette peine nous est douce, parce qu'elle nous nourrit avec les mûres du salut de notre âme. Ces embûches nous semblent aplanies et lisses parce qu'elles nous conduisent au lieu du repos, à la haute Jérusalem, notre pays désiré. Quelle est votre manière pour enseigner, bons Uniates?

Attirer l'esprit avec les joies du corps, gagner les âmes avec les biens matériels, garantir l'éternité à travers le temporel. Qui d'entre les apôtres a annoncé de telles choses? Qui d'entre les saints pères a enseigné ainsi? Qui d'entre les saints a gagné les âmes de cette manière. Personne. Par vos paroles, nous reconnaissons que vous n'avez pas l'Esprit divin en vous, mais l'esprit malin; vous ne témoignez pas animés de zèle pour le Christ, mais pour le pape. Alors, éloignez-vous de nous, fuyez derrière nous. Vous ne pourrez jamais nous séduire comme des enfants insensés, nous hommes de la grâce!"

La violence et les persécutions

Ils agissent donc de telle manière, voulant nous séduire avec des promesses et des flatteries. Mais ces apôtres ont encore d'autres manières pour attirer vers eux les enfants de notre Église, et cause de cela, vous devez être prêts et attentifs pour vous garder saufs. Car eux, s'ils ne réussissent pas avec de calmes, douces et séduisantes paroles, ils se servent de la contrainte et de la violence lorsqu'ils s'aperçoivent que leurs paroles restent inutiles et vaines. Là où la langue ne réussit pas, le bâton s'y emploie. Je veux dire que, lorsqu'ils ne persuadent pas, alors ils persécutent les pauvres orthodoxes en se servant des seigneurs auprès de qui ils ont des pouvoirs, les mettant en guerre contre les chrétiens orthodoxes. Entre les persécutions des premiers chrétiens et celles-ci, il y a a une seule différence: les premières étaient ouvertes et franches; mais les secondes cachées et couvertes. Mais c'est la même choses: ils persécutent, ils expulsent, ils emprisonnent!

Nous avons l'exemple récent de nos temps: lorsque les légions germaniques sont arrivées victorieuses jusqu'à l'Hongro-Valachie, et ont envahi une grande partie de cette province, les Uniates qui les accompagnaient sont accourus tout de suite et ont demandé que les pieux et respectueux moines qui étaient installés dans leurs monastères, soient chassés comme des schismatiques et comme refusant l'union des deux Églises. Et les malheureux orthodoxes, au lieu de trouver, sous la victoire des rois chrétiens, la sécurité et le confort, ainsi qu'ils espéraient, ont même risqué à cause de l'outrage hostile et de la lutte acharnée contre eux des apôtres de Rome, la perte de leur liberté. A tel point même que les ennemis du christianisme, les Arabes, plus tolérants que les Uniates, laissent au niveau de la foi, leurs esclaves chrétiens libres de croire au Christ!

Lorsqu'ils vous combattent de cette manière, frères chrétiens, quel conseil puis-je vous donner, sinon celui de subir les persécutions au nom de l'orthodoxie et vous comporter avec grandeur d'âme, car de telle façon, non seulement vous sauverez vos âmes comme simple chrétiens, mais encore vous obtiendrez la couronne du martyre. Vous risquez deux choses pensez-vous: l'âme et le corps. Lequel des deux est-il sage de protéger? Sûrement votre âme, car elle est plus précieuse. Voyez. Même le plus cupide d'entre les hommes, lorsqu'il voit surgir le naufrage, se dépêche de jeter à la mer toutes ses richesses, la gloire et les valeurs pour sauvegarder l'éternité bienheureuse que vous espérez. Quand les hommes voient un coup qui va leur tomber sur la tête, ils essaient de l'arrêter de la main. Pour sauver l'âme, que le corps souffre, si c'est nécessaire. Ainsi qu'il est écrit au sujet de Job: "Il donne pour son âme, sa peau, toute sa peau et tout son corps". Vous aussi donnez jusqu'à votre peau; que le corps souffre encore si cela est nécessaire, pourvu que l'âme soit sauve. C'est à cause de notre âme que notre Seigneur nous a ordonnés de rester prudents comme des serpents et innocents comme des colombes. Le serpent, pendant tous les coups qu'on lui porte, tente tout le temps de garder sa tête intacte. Ainsi vous, à travers les persécutions, le fouet et le supplice, vous devez sauvegarder votre tête, c'est-à-dire votre loi, votre foi, votre orthodoxie. Vous avez de nombreux exemples de martyrs qui sont allés avec joie aux plus atroces supplices, à la mort la plus horrible afin de ne pas trahir leur foi en Jésus. De notre temps, vous avez l'exemple de tant d'autres frères chrétiens qui, sous le joug des Arabes, ces malheureux ou plutôt ces bienheureux subissent toutes les horreurs pour ne pas manquer de respect à Dieu.

Vous avez l'exemple le plus grand: celui du Fils de Dieu et Dieu Lui-même qui, par amour pour nous est devenu homme, a eu faim et soif, a été inspué ???, jugé, emprisonné, couronné d'épines, crucifié et est mort pour notre salut.

Quel est le supplice équivalent à son supplice, Lui qui a tellement toléré, accepté et subit pour nous, des mains de ses ennemis?

Quel mal sera assez puissant pour qu'il nous arrive de renier son Église, sa confession, son amour?

"Qui nous séparera de l'Amour du Christ?" (Ro 9,35) dit saint Paul l'apôtre. Personne et rien. A cause de cela, nous devons subir le mal afin de rester pendant cette vie terrestre immuablement fidèles à la confession de la vraie foi afin de pouvoir hériter de la béatitude éternelle dans la vie céleste.

Tachons d'être tous dignes de cette béatitude, grâce à la Bienveillance de notre Seigneur.

Gloire Dieu pour les siècles des siècles Amen.