Bulletin des vrais chrétiens orthodoxes sous la juridiction de sa B. Mgr. André archevêque d'Athènes et primat de toute la Grèce

N° 3

DÉCEMBRE 1978

Hiéromoine Cassien

Foyer orthodoxe

66500 Clara (France)

SOMMAIRE
ET PAIX SUR LA TERRE
L'ÉCHELLE SAINTE (EXTRAITS)
VIE DE SAINT ETIENNE
LA REBAPTISATION
TEMPLES "BIDONS" ET PSEUDO-EGLISES
LE JÉSUS DE LA TRADITION
LE TEMPS LITURGIQUE ET LA CULTURE CHRÉTIENNE

ET PAIX SUR LA TERRE

Gloire à Dieu dans les hauteur et paix sur la terre, bienveillance parmi les hommes, chantait la multitude des anges lors de la naissance du Sauveur.

Quelle paix le Christ est-Il venu nous apporter ? La paix avec Dieu. Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. Voilà le but de l'incarnation : Dieu descend pour devenir homme, être avec nous et pour faire de nous des dieux, - après que nous nous soyons séparés de Lui. Abolir la séparation tressée par nos péchés, rétablir la paix avec l'humanité, c'est bien cela le message de Noël.

On peut expérimenter cette paix - c'est la paix du coeur. Une fois purifié de nos vices, l'Esprit saint descend en nos coeurs, et y fait sa demeure. "Voici, je me tiens devant la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre, j'entre chez lui ..."(Ap 3,20). Cette synergie - l'homme qui s'ouvre, brise son égocentrisme et Dieu qui se donne dans son Amour sans borne - en cela consiste le mystère de notre salut.

Sans le consentement de la Toute Sainte, le Christ n'aurait pu s'incarner. Il a fallu des millénaires jusqu'à la réalisation de ce dessein, jusqu'à ce que la Vierge toute pure donne son Fiat - que la Volonté de Dieu soit faite. Dès ce moment débuta la réalisation de notre salut pour franchir plusieurs étapes : Nativité du Messie, Crucifixion, Résurrection, Ascension - jusqu'au terme final : le second et glorieux Avènement du Christ.

Pour la première fois le Christ est venu sous la forme du serviteur, s'humiliant jusqu'à la mort, la mort sur la croix. La seconde fois Il viendra en gloire juger les vivants et les morts et tout oeil le verra.

Célébrons, fidèles, plein d'allégresse la fête de sa Naissance et attendons avec crainte et espérance son Retour glorieux !

hm. Cassien

 

C'est le dernier bulletin avant mon départ en Amérique. J'y irai finalement après notre Noël. Nous célébrerons la fête de Noël à Hanovre.


"Oui, s'il existe un ciel des cieux, si des eaux très élevées reçoivent les étendues célestes, et s'il existe un lieu, ou un état, ou encore un ordre par-delà ce monde, rien de tout cela n'est plus admirable, ni plus honorable, que la grotte, la crèche, les vases pour les ablutions, et les langes de nourrisson."
(Homélie pour la salutaire Nativité dans la chair de
notre Sauveur Jésus Christ.1 )

L'ÉCHELLE SAINTE
de saint Jean Climaque (extraits)

Celui qui s'enorgueillit d'avantages naturels, comme sont par exemple la pénétration d'esprit, la facilité à apprendre, l'aisance pour la lecture, une élocution facile, un bon naturel, et les autres dons que nous possédons sans travail, n'obtiendra jamais les biens qui dépassent la nature; car celui qui est infidèle et vaniteux dans les petites choses l'est aussi dans les grandes et en tire vanité.(21,31)

La droiture est une pensée sans complication, un caractère loyal, un langage franc et sans déguisement.(24,25)

Les anges sont une lumière pour les moines, et la vie monastique une lumière pour tous les hommes. Que les moines s'efforcent donc de devenir de bons modèles en toutes choses, ne donnant à personne occasion de scandale dans leurs oeuvres ou dans leurs paroles. Car si la lumière devient ténèbre, combien plus obscures deviendront les ténèbres elles-mêmes, je veux dire, ceux qui vivent dans le monde.(26,25)

Il est impossible à ceux qui n'ont pas d'abord vécu dans l'obéissance d'obtenir l'humilité; quiconque en effet veut apprendre un art en ne suivant que sa fantaisie s'illusionne.(26,55)

Entre les différents ordres de créatures, il existe, comme on le dit couramment, une grande diversité. De même, dans la société des frères, il y a des différences entre les progrès et les dispositions de chacun. Ayant ainsi remarqué que certains aimaient à se montrer quand des séculiers venaient au monastère, le médecin leur infligeait devant les visiteurs les plus graves injures et leur enjoignait les services les plus humiliants, de telle sorte qu'ils partaient désormais en courant dès qu'arrivaient des séculiers. Et l'on pouvait voir une chose étonnante: la vaine gloire se persécuter elle-même et fuir les hommes.(4,36)

Je ne veux pas être un injuste cachottier ou un accapareur inhumain en ne vous parlant pas de ce qu'il n'est pas permis de passer sous silence. C'est l'illustre Jean le Sabaïte qui m'a raconté ces choses dignes d'être entendues. Par ta propre expérience, vénéré père, tu sais qu'il est un homme parvenu à l'impassibilité, pur de tout mensonge et de toute parole ou action mauvaises. Voici donc ce qu'il m'a raconté: "Il y avait dans mon monastère, en Asie - c'est de là-bas en effet que venait ce saint homme - un vieillard très négligent et déréglé. Je dis ceci sans porter sur lui de jugement, mais pour rapporter la vérité des faits. Il arriva, je ne sais comment, qu'il reçut un jeune homme nommé Acace, simple de coeur et prudent d'esprit. Celui-ci eut à endurer de la part de ce vieillard des choses telles qu'elles pourraient paraître incroyables à beaucoup. Il l'accablait journellement non seulement d'outrages et d'injures, mais même de coups. Et sa patience n'était pas une stupide résignation.

Le voyant donc chaque jour en aussi pitoyable état que le dernier des esclaves, je lui demandais souvent quand je le rencontrais: "Que se passe-t-il donc, frère Acace,et comment vas-tu aujourd'hui?" Pour toute réponse il me montrait tantôt son oeil noirci, tantôt son cou ou sa tête meurtrie. Sachant quel ouvrier c'était, je lui disais: "Bien, bien, supporte, et cela te profitera."

Ayant ainsi passé neuf ans sous cet impitoyable vieillard, il s'en alla vers le Seigneur. On l'enterra dans le cimetière des pères. Cinq jours après, le maître d'Acace s'en fut trouver un grand ancien qui habitait près de là, et il lui dit: "Père, le frère Acace est mort." Entendant cela, le vieillard répondit: "Pour sûr, père, je n'en crois rien." L'autre reprit: "Viens et vois." Le vieillard se leva aussitôt et se rendit au cimetière en compagnie du maître de ce bienheureux lutteur. S'adressant comme à un vivant à celui qui en vérité était vivant jusque dans son sommeil, il s'écria: "Frère Acace, es-tu mort?" Et cet authentique obéissant, témoignant même après sa mort de son obéissance, répondit au grand ancien: "Père, un homme qui a été ouvrier d'obéissance, comment pourrait-il mourir?"

À ces mots, le vieillard qui avait été le prétendu maître d'Acace, fut saisi de terreur et tomba la face contre terre en pleurant. Il demanda ensuite à l'higoumène de la laure une cellule proche de la tombe, et il y mena le reste de ses jours une vie réglée, répétant sans cesse: "J'ai commis un meurtre. Et je crois bien, père Jean, que celui qui parla au mort est le grand Jean lui-même. Car cette âme bienheureuse m'a raconté une histoire pareille comme s'il s'agissait d'un autre, alors que c'est de lui qu'il s'agissait, comme j'ai pu m'en assurer soigneusement par la suite.(4,120)

 

Ce livre vient d'être traduit et présenté par le père Placide Deseille, d'une manière vraiment admirable. Le père Placide se trouve depuis deux ans avec sa communauté au Mont Athos, au monastère de Simon Petra, où j'ai eu le bonheur de le rencontrer il y a un an.


Personne, en effet, n'approche autant de la connaissance de la vérité que celui qui comprend que, dans les choses divines, même s'il avance beaucoup, il lui reste toujours quelque chose à chercher. En effet, si quelqu'un pense être arrivé au but vers lequel il tend, ce n'est pas qu'il ait trouvé ce qu'il cherchait, mais c'est qu'il a défailli dans sa recherche.
saint Léon le Grand

Fresque et à l'hermitage Saint Etienne (Clara PYR. OR.)

VIE DE SAINT ETIENNE L'APOTRE,

ARCHIDIACRE ET PROTOMARTYR
fêté le 27 du mois de décembre
"De diadèmes d'éloges et de précieuses pierres,

'Je couronne Étienne, qu'exhortèrent les pierres
'Vingtime-septime, mort prit Étienne au visage de pierre."

Après la Pentecôte et l'effusion du saint Esprit sur les apôtres, nombreux furent ceux qui commencèrent à se convertir, saisis par les paroles de feu des apôtres et par leurs prodiges. Une fois devenus membres du Corps du christ par le saint Baptême, les croyants abandonnaient tous leur biens pour les déposer aux pieds des apôtres et, se détachant ainsi de tout lien et de toute affection ils menaient vie commune, n'ayant qu'un coeur et qu'une âme. Après s'être acquittés assidûment de leurs devoirs religieux au temple, ils se réunissaient pour suivre l'enseignement des apôtres, louer le Seigneur Jésus Christ et participer avec allégresse au festin de la vie éternelle, la sainte Eucharistie, sceau de leur communion avec Dieu et de leur mutuelle charité (cf. Actes 2, 42-47; 4, 32-34).

Comme les disciples augmentaient sans cesse, les Douze décidèrent de désigner sept frères, appréciés de tous pour leur sagesse et remplis de l'Esprit saint, pour les soulager dans le soin matériel de la communauté, notamment dans le service. Diacre vient du verbe diakonein: "servir"; * des frères pendant les repas communs et dans l'assistance des veuves et des déshérités, de sorte que les apôtres pussent se consacrer sans autre souci à la prière et à l'enseignement. Ces sept diacres auxquels les apôtres imposèrent les mains, étaient: Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas (Ac 6,1-6). L'activité d'Étienne, qui était à leur tête, s'étendait bien au-delà de la seule subsistance matérielle de la communauté. Rempli de la grâce du saint Esprit pour accomplir des miracles et parler avec l'autorité des envoyés de Dieu, il faisait l'admiration de tous, à tel point qu'un jour, des Juifs, furieux de ne pas pouvoir répondre à ses arguments, l'accusèrent faussement de blasphème et de complot contre les institutions de la Loi, et le traduisirent devant le Sanhédrin, le tribunal du grand-prêtre.

Le jeune homme s'avança sans crainte devant les juges et l'Esprit que le Christ a promis de donner à ses disciples en de telles circonstances (Mat. 10, 19), lui inspira un discours enflammé, dans lequel il rappelait aux Juifs durs de coeur quelle bienveillance et quelle patience Dieu n'a cessé de montrer pour son peuple, promettant son Alliance aux patriarches et venant sans cesse au secours de ses élus. Merveilles, prodiges, actions d'éclat, promesses, révélations terrifiantes par l'entremise de Moïse, au Sinaï, dans le désert et dans toute l'histoire d'Israël, sans se lasser Dieu fit tout pour élever son peuple au-dessus de l'attachement aux créatures et pour le délivrer de l'idolâtrie; mais toujours ils résistèrent, et lorsque vint sur la terre la promesse des Patriarches et l'accomplissement des prophéties, ils montrèrent le même coeur incirconcis, la même résistance obstinée aux voies de l'Esprit saint: "Tels furent vos pères, tels vous êtes! Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils pas persécutés ? ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d'assassiner." (Ac 7, 51-52).

La grâce de Dieu, qui remplissait le coeur d'Étienne et le rendait semblable au Ciel, faisait jaillir de sa bouche ces paroles inspirées et se répandait aussi sur son corps, irradiant son visage d'une lumière divine, comme le Seigneur le jour de sa Transfiguration (cf. Mat. 17, 6; Luc 9, 29). En le voyant ainsi revêtu de gloire étincelante, tel un Ange de Dieu (Ac 6, 15), les Juifs siégeant au tribunal grinçaient des dents de haine, et leur rage éclata quand, levant les yeux au ciel et contemplant la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite du Père aussi clairement que lorsqu'Il reviendra à la fin des temps, le saint s'écria : "Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu." (Ac 7, 56). Incapables de supporter cette révélation de l'exaltation au ciel de Jésus Christ et de son séjour corporel dans le sein de la bienheureuse Trinité, les Juifs se bouchèrent les oreilles et, se ruant sur Étienne, ils le menèrent hors de la ville où ils le lapidèrent.

Tandis qu'on le mettait ainsi à mort, Etienne, calme et radieux, exultait de joie de suivre ainsi l'exemple de son Maître, et les pierres qu'on lui jetait devenaient pour lui autant de degrés qui l'élevaient jusqu'à la vision glorieuse du Christ qu'il avait entrevue. En invoquant le Nom du Seigneur, il laissa échapper dans son dernier souffle, comme Jésus Christ sur la Croix, ce cri de suprême amour pour ses ennemis: "Seigneur, ne leur impute pas ce péché !" (Ac 7, 60. Cf. Luc 23, 34).

Ornant l'Église des perles précieuses de son sang, Etienne fut le premier à emprunter la voie que le Christ a ouvert vers le Ciel par sa Passion. Sa mort volontaire pour la vérité lui a ouvert les Cieux et lui a fait voir la gloire de Dieu. Son parfait amour envers Dieu et pour son prochain, allant jusqu'au pardon de ses bourreaux, l'a fait siéger au premier rang des amis de Dieu; c'est pourquoi les fervents émules des martyrs qui contemplent en ce jour la lumière resplendissante de son visage mêlée à celle de l'astre de Bethléem, se fient avec confiance en son intercession.

Le corps de saint Étienne, enseveli par des hommes pieux, fut retrouvé en 415 à Caphargamala par le prêtre Lucien, à la suite d'une apparition, et transféré à Jérusalem dans l'église bâtie en son honneur par l'impératrice Eudocie, épouse de Théodose le Jeune. Par la suite, on les transféra de nouveau à Constantinople.

Commémoré le 27 septembre

Icône sculptée

(hermitage Saint Etienne)

Nous ne cherchons pas une paix "pour avoir la paix" avec les hommes, mais nous cherchons celle qui résulte de l'union avec Jésus Christ qui a dit : "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie!","Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, non comme le monde vous la donne!" La paix de Jésus Christ, personne ne peut nous l'enlever, nous pouvons la conserver intacte en prison, en captivité, dans l'affliction, dans la maladie, dans la misère, dans la mort. Mais cette paix n'a rien de commun avec le "pacifisme" ou le "désarmement" qui nous prêche et nous propose un monde adultère et dégénéré ... La paix du monde restera pour toujours une illusion, pour autant que l'homme n'aura pas retrouvé son Dieu, non dans l'espace, ni ailleurs, mais dans son coeur.

p. Basile Sakkas

LA REBAPTISATION

Un de nos lecteurs nous a demandé à plusieurs reprises pourquoi l'Église orthodoxe rebaptise les personnes qui viennent d'une autre confession à l'Orthodoxie.

La rebaptisation fait partie de l'ecclésiologie. Chaque Église locale a sa propre ecclésiologie, sa propre pratique. C'est pourquoi nous voyons au court des siècles telle Église qui rebaptise les hérétiques, telle autre qui les reçoit seulement par la confirmation (le saint Chrême), et une autre encore qui applique avec discernement tantôt la rebaptisation, tantôt seulement la confirmation. Dans le recueil des canons (Pedalion), sont contenus des canons qui se prononcent pour la rebaptisation et d'autres qui sont contre. l'Église se contredirait-elle ? Non, certes pas. Mais ces deux pratiques se complètent. De même quand l'Église applique tantôt l'économie, tantôt la précision (l'acribie). Il s'agit là de pratiques relatives et non de la vérité absolue ou des dogmes. Chaque Église locale est donc autorisée à constituer sa propre ecclésiologie, guidée par l'Esprit saint, et en tenant compte des circonstances.

Il y eu des controverses entre saint Cyprien de Carthage et le pape de Rome, saint Etienne 1er, à propos de la rebaptisation. Pourtant, aucune de ces pratiques n'a pu annuler l'autre et se donner pour absolue. Il reste donc qu'il n'y a pas de règle absolue en ce qui concerne cette pratique et que chaque Église locale a la possibilité et le droit d'appliquer dans son ecclésiologie la pratique qu'elle juge adéquate.

Le concile d'Arles (en 314) applique uniquement la confirmation (dans le cas où le candidat était déjà baptisé au nom de la sainte Trinité), mais reconnaît que les Africains ont leur propre loi, c'est-à-dire qu'ils rebaptisent. Voici le texte du canon :

"Quant à la coutume des Africains de rebaptiser, il a été décidé que si quelqu'un quittait l'hérésie pour rentrer dans l'Église, on devait l'interroger sur le symbole. Si, par les réponses, on voit qu'il a été baptisé au nom du Père, du Fils, et du saint Esprit, on lui imposera seulement les mains, afin qu'il reçoive le saint Esprit, c'est-à-dire que l'on lui donnera le sacrement de confirmation; s'il ne répond pas sur la Trinité, on devra le rebaptiser." (8e canon).

Le mot "symbole" désigne le symbole de la foi, c'est-à-dire le Credo. Ce canon ne figure pas dans le Pedalion.

Nous mentionnerons quelques autres canons qui traitent de cette question en l'éclairant :

"L'évêque, le prêtre ou le diacre qui a reconnu le baptême ou le sacrifice des hérétiques, nous ordonnons qu'il soit déposé; quel accord peut-il en effet exister entre le Christ et Béliar, et quelle part peut avoir l'infidèle avec le fidèle ?" (46e canon apostolique).

Il s'agit, dans ce canon, non de la rebaptisation, mais de la valeur du baptême en lui-même.

 

"Si un évêque, un prêtre ou un diacre baptise à nouveau celui qui a reçu le vrai baptême, ou bien ne rebaptise pas celui qui a reçu le baptême souillé des hérétiques, qu'il soit déposé, parce qu'il se rit de la Croix et de la Mort du Seigneur et ne distingue pas les prêtres des faux-prêtres."

(47e canon apostolique)

Il ne faut pas rebaptiser un apostat, puisqu'il a déjà reçu le vrai et unique baptême, qu'on ne peut pas annuler. Tandis que le canon prescrit la rebaptisation de celui qui n'a reçu que le baptême simulacre des hérétiques.

 

"Au sujet des clercs de ceux qui s'appellent eux-mêmes les cathares le grand concile décide, si jamais il veulent entrer en groupe dans l'Église catholique et apostolique, qu'on leur impose les mains, et qu'ils restent ensuite dans le clergé; mais avant tout il promettront par écrit de se soumettre aux règles disciplinaires de l'Église catholique et apostolique et d'y conformer leur conduite..."

(8e canon du concile oecuménique de Nicée)

Il est question dans ce canon des Novatiens ou Cathares et non des Cathares de France. Si des schismatiques reviennent en groupe à l'Orthodoxie, l'Église facilite leur entrée par économie.

"Ce canon témoigne en faveur d'une grande douceur envers les Novatiens et donne à penser que si, dans l'Église, on blâmait, avec raison, leur excessive sévérité, on ne les confondait pas cependant avec les hérétiques qui cherchaient à dénaturer les doctrines de l'Église." (W. Guettée)

"Si quelques-uns reviennent de l'hérésie des paulianistes à l'Église catholique, il est statué qu'ils devront être baptisés..."

(19e canon du Concile oecuménique de Nicée)

"Paul de Samosate, ne croyant pas à la divinité de Jésus Christ et errant sur l'essence divine, n'administrait pas le baptême au nom du Père, du Fils et du saint Esprit; c'est pourquoi le concile regarde son baptême comme invalide." (W. Guettée)

 

"Ceux qui passent de l'hérésie à l'Orthodoxie et à l'héritage des élus doivent être reçus de la manière suivante. Les ariens et les macédoniens, les sabbaziens et les novatiens qui se qualifient de purs, et les aristeroi; de même que les tétradites et les apollinaristes, ne doivent être admis qu'après avoir anathématisé par écrit toutes les hérésies qui ne s'accordent pas avec la sainte, catholique et apostolique Église de Dieu, et aussi après avoir été marqués du saint chrême en forme de croix au front, aux yeux, à la bouche et aux oreilles; et en les marquant du signe de la croix nous disons : Sceau du don du saint Esprit. Quant aux eunomiens qui ne baptisent qu'avec une seule immersion, et aux montanistes que l'on appelle phrygiens, et aux sabelliens qui enseignent la doctrine du Fils-égal-Père et commettent d'autres choses abominables, et enfin, pour les autres hérétiques, (et il en existe ici un grand nombre, surtout ceux qui viennent de la Galatie), s'ils veulent passer à l'Orthodoxie, nous ne les recevons que comme des païens : le premier jour nous les marquons du signe du chrétien, le deuxième jour nous en faisons des catéchumènes, le troisième jour nous les exorcisons en leur soufflant trois fois sur le visage et sur les oreilles, et nous les instruisons alors et les laissons venir à l'église pendant un an à entendre les saintes Écritures, après cela nous les baptisons."

(7e canon du concile oecuménique de Constantinople).

Le 95e canon du concile "in Trullo" reprend ce canon-ci en citant d'autres cas d'hérétiques.

Le 7e et le 8e canon du concile de Laodicée fait la même distinction en recevant les uns par le saint chrême et les autres par le baptême.

 

"Nous avons été chargés d'en référer à vous au sujet de la décision du synode de Capoue, c'est-à-dire qu'il est interdit de procéder à des rebaptisations ou à des réordinations ou des transferts d'évêques d'un siège à un autre..."

(48e canon du concile de Carthage)

Ce canon ne fait que confirmer le 47e canon apostolique, c'est-à-dire qu'il est interdit de rebaptiser un apostat.

 

"... Les enfants en bas âge baptisés par les donatistes et qui n'ont pu encore connaître l'abîme de leur erreur, si parvenus à l'âge de raison et la vérité reconnue, ils détestent la perversion des donatistes, ils seront reçus dans l'Église catholique répandue dans tout l'univers par la simple imposition des mains comme le veut la règle ancienne; ces mêmes enfants ne doivent pas se voir refuser l'accès à l'ordre clérical à cause du nom de leur erreur précédente, puisqu'en venant à la vraie foi, ils admirent la véritable Église comme la leur et par leur foi au Christ, ils y reçoivent les saints mystères de la sainte Trinité; mystères qui sont tous, nous le savons bien, vrais et saints et divins, et en eux est placée toute l'espérance de notre âme, quoique l'audace mentionnée des hérétiques a l'effronterie d'enseigner sous couvert de vérité certaines propositions contraires à la vérité, mais comme ces saints mystères sont simples, comme l'enseigne l'Apôtre en disant : 'Un seul Dieu, une foi, un baptême', et que ce qui a été donné une fois, il n'est pas permis de le renouveler : ayant anathématisé le nom de l'erreur, ils seront reçus par l'imposition de la main dans le sein de l'unique Église, l'Église appelée colombe et seule mère des chrétiens, dans laquelle tous les sacrements sont reçus pour le salut éternel et la vie de l'âme. Ces sacrements procurent à ceux qui persistent dans l'hérésie un plus grand châtiment de condamnation, car ce qui eût été pour eux un point plus lumineux à suivre vers la vie éternelle s'ils étaient dans la vérité, cela est dans l'erreur un point plus obscur et plus abhorré..."

(57e canon du concile de Carthage).

Il s'agit des enfants qui ont donc reçu le baptême hérétique, mais dont la conscience n'a pas encore été souillée par des doctrines corrompues.

 

Suit le canon XIX de saint Timothée d'Alexandrie:

"Question : Pourquoi nous ne rebaptisons pas tous les hérétiques, lorsqu'ils font retour à l'Église catholique ?

Réponse : Si cela se faisait, c'est sans empressement qu'un homme reviendrait de son hérésie à l'Église, ayant honte d'être rebaptisé; par ailleurs, le saint Esprit descend aussi normalement sur les hommes par la simple imposition des mains, comme en témoignent les Actes des apôtres."

Ce canon montre bien que l'imposition des mains contient la valeur et l'efficacité du baptême. Si par économie, on ne reçoit que la confirmation, l'effet est donc le même.

 

"Le cas des cathares avait été exposé dans le passé et vous avez bien rappelé qu'il faut suivre la coutume de chaque pays, vu que sur la validité de leur baptême, il a été différemment décidé par ceux qui ont traité de leur cas ... Nos anciens décidèrent qu'est seul recevable ce baptême-là, qui ne contrevient uniquement aux articles de notre foi; d'où les noms d'hérésies, de schismes et de conventicules qu'ils ont donnés; d'hérésies, pour ceux qui ont rompu totalement avec l'Église et ont adopté une foi étrangère à la sienne; de schismes, pour ceux qui se sont mis en désaccord avec les autres pour des raisons d'administration ecclésiastique ou sur des questions faciles à régler; de conventicules, aux assemblées réunies en faveur des prêtres ou des évêques insoumis par des gens ignares ... Il a donc été décidé, dès le début, de déclarer absolument nul le baptême des hérétiques, mais de recevoir celui des schismatiques, puisqu'ils font encore partie de l'Église, tandis que ceux qui font partie des conventicules, corrigés par une pénitence et une conversion importantes, ils seront de nouveau réunis à l'Église ...

Quant aux cathares, ce sont, eux, des schismatiques, mais il a été décidé par les anciens ( ... ) de les soumettre tous à la même sentence ( ... ); car leur séparation d'avec l'Église commença bien par un acte de schisme, mais ceux qui se sont révoltés contre l'Église n'ont plus eu en eux la grâce du saint Esprit, la rupture de la succession en a interrompu la transmission; en effet, les premiers partis avaient reçu l'ordination des pères et ils possédaient le don de l'Esprit par l'imposition des mains de ceux-ci, mais une fois la communion rompue, réduits à l'état laïc, ils n'avaient le pouvoir ni de baptiser, ni d'ordonner, étant incapables de donner aux autres la grâce de l'Esprit saint qu'ils avaient eux-mêmes perdue; c'est pourquoi il avait été statué de purifier à nouveau par le vrai baptême, celui de l'Église, ceux d'entre eux qui reviennent à l'Église, vu que leur baptême leur avait été conféré par des laïcs; cependant, comme certains dans le diocèse d'Asie ont décidé de reconnaître leur baptême sans faire de distinction, pour le bien d'un grand nombre, qu'il soit reconnu ..."

(1er canon de saint Basile).

Saint Basile distingue bien entre hérétique, schismatique et conventicule (qui forment une assemblée à part), et parmi les schismatiques, il fait même une distinction: ceux qui ont reçu le baptême dans l'Orthodoxie et ceux qui ont été baptisés dans le schisme. Parce qu'ici le salut est en question, il cède sur l'exactitude (acribie).

"Réunis en synode, chers frères, nous avons lu la lettre que vous nous avez envoyée au sujet des hérétiques et des schismatiques, qui s'estiment baptisés et qui reviennent à l'Église catholique, la seule à nous baptiser et régénérer ..."

(1er canon de saint Cyprien).

Après cette déclaration, saint Cyprien parle de la valeur du baptême hérétique. La suite du canon serait intéressante, mais sort du sujet de notre article et s'étend d'ailleurs sur plusieurs pages. Tous ces canons se trouvent dans le Pedalion, hormis le canon du concile d'Arles.

Saint Vincent de Lérins dit dans son "Commonitorium" :

"Autrefois, Aggrippinus, vénérable évêque de Carthage, eut le premier de tous les hommes l'idée qu'il fallait rebaptiser les hérétiques. Par là, il s'opposait à la sainte Écriture à la règle de l'Église catholique, à l'opinion de tous ses collègues, aux moeurs et aux coutumes reçues de nos pères ..."(chap. VI)

Malgré la haute estime que nous avons pour le "Commonitorium" de saint Vincent, nous constatons cependant qu'il se trompe en prétendant que la rebaptisation est une innovation, puisque le concile apostolique, le concile de Nicée, etc., se prononcent déjà pour la rebaptisation.

Répétons-le encore une fois : la pratique de l'Église peut varier au cours des siècles et selon les circonstances. Chaque Église locale a sa propre ecclésiologie et sait avec discrétion appliquer soit la précision, soit l'économie. C'est toujours le même Esprit qui agit dans l'Église pour le salut de tous et dans la fidélité à la Tradition.

La question de la rebaptisation semble confuse pour un spectateur extérieur. Mais un tapis vu du côté de son revers n'a pas non plus de sens ni de suite. Dans l'Église, avec les yeux de la foi, tout trouve son sens et son harmonie.

hm. Cassien

Il ne faut rien faire à outrance, mais tâcher de permettre à notre ami, le corps, de rester fidèle et de concourir au développement des vertus. La voie médiane est la meilleure (...) A l'esprit il faut donner ce qui est spirituel, au corps, le nécessaire. Il ne faut pas non plus refuser à la vie sociale ce que, légitimement, elle exige de nous : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu." (Mt 22,21)

Il faut être patient envers soi-même et supporter ses propres défauts comme on supporte ceux du prochain, mais sans se laisser aller à la paresse et en s'efforçant constamment de faire mieux.
saint Séraphim de Sarov

TEMPLES "BIDONS" ET PSEUDO-ÉGLISES

Un événement tragique et spectaculaire vient de se passer et dont nos lecteurs ont très certainement pris connaissance : plus de neuf cents adeptes d'une secte qui se dit "Temple de Dieu" se sont donnés la mort. Il fallait cet acte ultime pour que nos contemporains comprennent que ce temple était en fin de compte ..."bidon". Ce qu'il y a de plus tragique, c'est l'existence d'une multitude d'autres temples "bidons" et de pseudo-Eglises. S'ils ne poussent pas leurs adeptes au suicide physique, ils les amènent à la mort spirituelle.

On nous répondra que ce "Temple de Dieu" avait en fait été fondé sur un but financier, et que la croyance n'y était qu'une apparence. Soit. Combien d'autres croyances (en apparence) sont basées sur des fondements humains tels que : politique, pouvoir, humanisme, etc ?..

Derrière une façade de piété se cache la maison de débauche et de corruption de "la grande prostituée" dont parle l'Apocalypse. Tous sont séduits par elle, et ce n'est que le petit nombre des élus qui lui échappe.

Les architectes de toutes ces sectes simplistes et corrompues sont les Sionistes. Ils ont crucifié le Grand Architecte qui leur avait indiqué autrefois le plan exact de la construction du Temple de Salomon qui fut détruit un peu après la vie terrestre du Christ. Aujourd'hui, alors qu'ils ne sont plus capables de reconstruire le Temple de Salomon, ils s'acharnent sur les chrétiens et tentent de décomposer le christianisme de l'intérieur en semant la confusion et le désordre. La franc-maçonnerie fut une de leurs premières réussites, qui à son tour s'infiltre partout et y pond son oeuf de coucou. Une fois que l'oiseau est né, il prend des dimensions démesurées, la catastrophe suit inévitablement et tout le monde s'étonne et se demande qui est l'auteur de cet oeuf. La révolution en Russie, l'oecuménisme, le "Temple de Dieu" et ses victimes entre autres ... qui est capable de dresser une liste de tous ces actes néfastes dont les ennemis de l'Église sont les instruments et le diable l'habile auteur caché, comme au théâtre de marionnettes ?

Soyons sur nos gardes ! Ne nous laissons pas éblouir pas des apparences trompeuses et séduire par des charlatans spirituels. Le Jour du Seigneur viendra - et il est très proche - où les oeuvres de ténèbres seront manifestées au grand jour et précipitées dans le grand gouffre, tandis que l'Église, en jeune épouse parée du sang de ses martyrs et rachetée par le Christ, entrera dans la Jérusalem céleste dont le Seigneur Jésus, son époux, sera lui-même le temple.

hm. Cassien

La théologie orthodoxe a mis tout particulièrement l'accent sur le fait que le Christ n'était pas un être distinct de Dieu et de l'homme, comme un elfe, ni encore un être moitié humain, moitié non, comme un centaure, mais les deux choses à la fois et les deux choses pleinement très homme et très Dieu.

G.K. Chesterton

LE JÉSUS DE LA TRADITION

par P. Bratsiotis

A. Les sources :

Les quatre Évangiles canoniques représentent la principale source de la connaissance de la vie de Jésus Christ, - du Christ de la foi chrétienne -, dans lesquels est conservée la très ancienne Tradition de l'histoire de sa vie. Les autres livres du Nouveau Testament peuvent être considérés comme un complément qui cristallise le point de vue des apôtres, et l'impression générale de l'Église primitive à propos de Jésus.

B. Les noms de Jésus :

Le nom principal qui lui a été donné par Dieu le Père Lui-même, est Jésus (Mt 1,21 et Luc 1,31), nom hébraïque, qui signifie "le Seigneur sauve", conformément à l'oeuvre qu'Il devait accomplir dans le monde. "Car c'est Lui qui sauvera réellement son peuple de ses péchés" (Mt 1, 21). Il est aussi nommé "Christ" dans les Évangiles, - un nom lié à plusieurs reprises au nom principal, dans le Nouveau Testament - et qui le désigne comme Sauveur envoyé par Dieu. Car le mot Christ (en hébreu Messiah et en araméen Messiha, qui s'héllénise en Messias) signifie "l'Oint" par Dieu et consacré à l'accomplissement de la mission du salut. Les surnoms qui Lui sont attribués par son entourage sont assez nombreux : L'Agneau de Dieu, le Roi, l'Instituteur, le Seigneur, le Messie, le Maître, le Fils de David, le Fils de Dieu, etc. Jésus ne se désignait Lui-même que comme : le Fils de l'Homme.

C. Chronologe de la Naissance de Jésus :

Les chronologies fournies par les Évangiles étant rares et assez imprécises, cette question a donné lieu à plusieurs controverses. C'est pourquoi seule une chronologie assez générale de sa naissance et de sa vie a été établie. Concernant celle de sa Naissance, on observe que la chronologie chrétienne, sacrée, dite dyonisienne - dont le père est le moine latin saint Denis le Petit (Ý 544 env.) - est erronée, car elle établit la Naissance du Christ le 25 décembre 752 depuis la fondation de Rome, tandis que d'après le témoignage de Flavius Josèphe, Hérode, - pendant le règne duquel naquit Jésus, selon les Évangiles - est mort autour de pâques de l'an 750 depuis la fondation de Rome, c'est-à-dire en 4 av. J.C.; par conséquent, Jésus serait né au moins en 748, c'est-à-dire en 6 av. J.C., ou même plus tôt. Les témoignages chronologiques de saint Luc (3, 1 et 23) sont en accord avec cette hypothèse. Le jour où sa Naissance est fêtée, à l'heure actuelle, c'est-à-dire le 25 décembre, ne semble pas reposer sur une tradition très ancienne, mais a été introduite dans l'Église vers le milieu du 4e siècle, et a plutôt été établie par convention.

D. De la Naissance à l'Apparition publique :

Parmi les évangélistes, seul saint Matthieu et saint Luc racontent la naissance surnaturelle de Jésus ("de l'Esprit saint et de la Vierge Marie"), dans des récits simples et gracieux . Les apôtres saint Jean et saint Marc, ainsi qu'aucun des auteurs du Nouveau Testament ne les contredisent. Saint Jean notamment y voit l'Incarnation du Verbe de Dieu (1,1). C'est à l'évangéliste saint Luc, en particulier, que nous devons les récits les plus tendres et les plus pleins de grâce, non seulement en ce qui concerne la Naissance de Jésus dans un lieu pauvrement abrité, dans un séjour provisoire (2,1-7), mais pour ce qui est de l'Annonciation de sa Naissance surnaturelle à la sainte Vierge (1,26-35). Saint Matthieu et saint Luc, en accord avec saint Marc, présentent le Christ descendant selon la chair du roi glorieux David. Et bien que l'événement de la naissance surnaturelle de Jésus soit attestée à tout lecteur sans distinction par des témoins dignes de foi , la vérité est pourtant vivement contestée par les rationalistes qui considèrent la très ancienne Tradition des chrétiens conservée dans les Évangiles comme un mythe ou une légende. Et pour certains de ces chercheurs rationalistes actuels, la mythologie païenne aurait une influence importante sur la création de ce soi-disant "mythe" ou "légende", de façon soit directe, soit indirecte; selon d'autres chercheurs, c'est la théologie juive qui en est à l'origine. Mais malgré les efforts constants de nombre d'entre eux, on n'a encore découvert aucun récit authentique, parallèle et similaire à celui de la Tradition apostolique de "la Naissance sans tache de Jésus, conçu de l'Esprit saint et de la Vierge Marie", dans aucune mythologie païenne. On peut aussi montrer la fragilité d'une telle hypothèse par le désaccord de ses divers sectateurs, qui, selon les cas, "décèlent" tour à tour les influences de la mythologie et de la littérature babylonienne, persane, égyptienne, bouddhique ou hellénique. Le plus souvent, ces hérétiques ne se posent même pas les questions suivantes,et lorsqu'ils le font, elles restent sans réponse :

a/ Comment la foi chrétienne en la Naissance immaculée du Fils unique du seul vrai Dieu par la Vierge Marie a-t-elle pu voir le jour, tout en ayant pour origine des mythes païens polythéistes, dont les héros sont des fils de dieux à figure humaine?

(à suivre)

Les saints vivent dans l'autre monde et y contemplent la gloire de Dieu dans le Paraclet ; ils voient aussi notre vie et toutes nos actions. Ils connaissent nos souffrances et entendent nos ardentes prières. Pendant leur vie terrestre, le saint Esprit leur a appris l'amour de Dieu, et celui qui en ce monde possède cet amour est par lui transporté à la vie éternelle ; dans les cieux, l'amour grandit et devient parfait. Et si déjà, ici-bas l'amour ne peut oublier le frère, combien plus les saints ne se souviendront-ils pas de nous et ne prierons pas pour nous. Les choses célestes sont révélées par le saint Esprit, et les choses terrestres par l'intelligence, mais celui qui veut connaître Dieu par son intelligence tombe dans l'illusion, car Dieu ne se révèle que par l'Esprit saint.

J'ai la nostalgie de Dieu, qui se dérobe à mon regard.
Starets Sylvain du Mont Athos

LE TEMPS LITURGIQUE ET LA CULTURE CHRÉTIENNE

"Celui qui, une fois la vérité trouvée, cherche à découvrir encore quelque chose, cherche le mensonge."

Actes du septième Concile oecuménique

La sanctification liturgique du temps est à la base de toute culture, car elle donne un sens suprême à l'activité humaine. Le mot "Liturgie" provient des mots grecs: (leitos) - public - et érgon - service, action. Traduit littéralement, le mot liturgie (leítourgía) signifie "service public". Dans toute culture traditionnelle, la conscience collective de ses porteurs est organisée sur le plan liturgique autour du culte. Ainsi, la culture est liée à la notion de "culte" non seulement étymologiquement, mais aussi substantiellement. C'est au culte qu'est indissolublement lié le temps liturgique de la culture, incarné dans l'office liturgique et dans le calendrier liturgique.

"L'année de la nature" ou "année cosmique", qui se compose d'environ 365,25 jours - la période du retour du soleil vers les points des équinoxes et des solstices - marque le rythme planétaire auquel est soumise la vie de toute la biosphère et des communautés humaines. Mais "l'année de la nature" ne donne pas de réponse à l'homme quant au sens de sa propre existence. Cette réponse est donnée à l'homme par la religion et la culture qu'elle a engendrée. Ce sont elles qui organisent la conscience collective à l'aide du rythme qui leur est propre et que l'on appelle "année liturgique". L'"année liturgique" ou "année de culture" a toujours un début historique. En règle générale, c'est la date de naissance de la religion. Elle est enregistrée par la mémoire historique du peuple et est ensuite liturgiquement reproduite en tant qu'événement sacré central dans le cycle liturgique annuel. Pour le christianisme, c'est la date de la Nativité du Christ : le début de la chronologie mondiale actuelle.

Pour mieux comprendre l'essence du temps liturgique chrétien, il faut revenir au moment initial de la religion chrétienne, marqué dans le temps historique. Conformément à l'Évangile, Jésus Christ mourut sur la croix le vendredi 14 du mois de Nisan, le premier mois de printemps selon le calendrier lunaire, à la veille de la Pâque juive. Dans le ciel matinal de Jérusalem, on voyait encore les contours de la pleine lune quand, sur la colline appelée "Golgotha" (Calvaire), où, selon la tradition, avait été inhumé l'Adam de l'Ancien Testament, s'éleva vers le ciel une croix sur laquelle était crucifié le Fils de Dieu. Le monde vétérotestamentaire mourut avec la crucifixion de Jésus Christ et l'humanité néotestamentaire - la chrétienté - naquit avec sa Résurrection. La dernière nuit de sa vie terrestre, Jésus rassembla ses disciples : Or, pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : "Prenez et mangez, ceci est mon Corps." Puis, prenant une coupe, Il rendit grâces et la leur donna en disant : "Buvez-en tous, car ceci est mon Sang, le sang de la nouvelle Alliance, qui va être versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés." (Mt 26, 26-28). Et pendant le sacrifice eucharistique (d'actions de grâces), célébré depuis lors durant presque deux millénaires, par l'Église chrétienne, chaque fois que le pain et le vin se changent en Corps et Sang du Seigneur, le temps de l'existence humaine se transforme une nouvelle fois en temps sotériologique, en "temps du salut". "A cet instant, chaque communiant, écrivait N. V. Gogol, reçoit le Corps et le Sang du Seigneur et, en eux, reçoit un instant de rencontre avec Dieu en se présentant face à Face devant Lui. Cet instant est hors du temps et ne se distingue en rien de l'éternité même, car Celui qui est le début de l'éternité y est présent."

Tout le Nouveau Testament est pénétré du sens du temps sotériologique. Chez les trois premiers évangélistes (Matthieu, Marc et Luc), il s'exprime par la notion grecque de "Kairos", ce qui, dans le contexte néotestamentaire, est rendu le plus correctement par "temps bon" ou "temps bienfaisant". A l'opposé du Chronos dévorant de la tradition mythopoétique grecque ancienne, le Kairos est un temps qui a une valeur spirituelle impérissable; c'est une nouvelle qualité du temps. Quand le Christ dit à ses disciples : "Mon temps est proche" (Mt 26, 18), on entend dans ces paroles non seulement l'approche de la Crucifixion, mais aussi l'approche de l'entrée dans un temps qui commence à faire partie d'un point divin hors du temps, de l'instant où est célébré le sacrifice eucharistique. Le temps de la liturgie fait revenir la conscience des fidèles vers le mystère de la mort et de la Résurrection de Jésus Christ, joint à nouveau les vieux morceaux d'un monde déchiré par le péché, y découvrant un sens durable nouveau et une perspective eschatologique. La conception vétérotestamentaire du temps, découlant du sentiment d'"attente éternelle" du futur Messie, si développée dans le judaïsme ultérieur, cède la place à la conception néotestamentaire du temps, résultant du sentiment de l'accomplissement, en tant que réalité, de la venue du Messie en la personne de Jésus Christ. On attend toujours la seconde venue du Messie et le Jugement dernier, mais le "centre du temps" n'est plus dans "l'avenir attendu", mais dans le passé accompli. Le Verbe s'est fait chair (Jn 1,14) et est entré dans l'histoire au temps du roi Hérode (Mt 2,1). Il n'existe pas de conception judéo-chrétienne du temps, comme il n'existe pas de culture judéo-chrétienne. Au lieu de l'eschatologisme qui attend un messie national, le christianisme a annoncé une perspective spirituelle néotestamentaire inverse (semblable à celle que nous voyons sur les icônes), la perspective d'un Sauveur de l'humanité déjà venu une fois. Conformément à la révélation chrétienne, au dogme chrétien et à l'expérience collective bimillénaire de toute la culture chrétienne, le véritable sens du temps et de la vie humaine s'est révélé au monde dans l'événement de la venue de Jésus Christ. Ce sens s'est incarné liturgiquement dans un système qui a donné à la nouvelle culture son "algorithme spirituel" unique en son genre, qui organise la conscience collective de ses porteurs. Cet "algorithme" est l'année liturgique dont la formation allait de pair avec le développement de la sotériologie, de l'ecclésiologie et de la dogmatique chrétiens. Depuis le temps des apôtres, le martyrologe des justes et des martyrs pour la foi n'a cessé de se développer. A l'époque des Conciles oecuméniques, l'année liturgique se forma et un système de calendrier liturgique chrétien fut établi, organisant jusqu'à nos jours la conscience de millions de fidèles. Ce calendrier a pour base "l'année liturgique" qui comprend l'ensemble des fêtes, des jeûnes, des jours de commémoration des saints et le cycle de Pâques en tant que pivot intérieur de toute la liturgie chrétienne. Le rythme liturgique a trois parties (quotidien, hebdomadaire et annuel), avec son point culminant dans la fête pascale de la Résurrection, transforme la personnalité humaine et tout l'ordre de l'univers, l'empêchant de se diviser en intervalles de temps absurdes n'ayant rien de commun entre eux.

Puisque l'auto-organisation de la culture va de pair avec la création du calendrier liturgique, tout changement dans ce calendrier révèle le déclin de la culture traditionnelle et de la formation sur ses ruines d'une nouvelle tradition culturelle. Le serment prêté par les pharaons égyptiens, lors de leur accession au trône, de ne pas changer le calendrier sacré avait non seulement un caractère symbolique, mais aussi un sens historico-culturel et étatique tout à fait réel. L'une des premières tentatives de rompre avec cette tradition ancienne fut faite par le souverain hellénistique d'Égypte Ptolémée III Evergète en 238 av. J.C. Cette réforme devait devancer de deux siècles la célèbre réforme du calendrier de Jules César. Néanmoins, elle échoua, car la force des traditions était encore assez grande. En 167 av. J.C., le souverain hellénistique de Syrie Antiochos IV Épiphane, ayant commencé la persécution des Juifs, pilla le temple de Jérusalem et interdit le calendrier vétérotestamentaire traditionnel. Ces actions provoquèrent la révolte des Macchabées, étouffée avec peine par Antiochos V; Jules César fut tué deux ans après avoir procédé à la réforme du calendrier, qui, selon l'observation de O. Spengler, fut "un acte d'émancipation à l'égard de la conception du monde antique". Il fallut plus de trois siècles pour que le calendrier julien acquît son nouveau sens sacral quand, uni au comput pascal alexandrin au Concile de Nicée en 325, il devint la base du calendrier liturgique de toute la chrétienté. Une autre réforme du calendrier vaut la peine d'être mentionnée : la réforme à l'époque de la Révolution française. Elle supprima l'ère débutant par la "Naissance du Christ", ainsi que le calendrier liturgique avec le calendrier des saints. Ce fut une tentative de programmation nouvelle de la conscience collective de toute une nation et de rupture totale avec la tradition culturelle chrétienne millénaire. Ayant subsisté environ quatorze ans (1793-1806), le calendrier républicain fut supprimé par Napoléon et sa dernière récidive fut le calendrier de la Commune de Paris de 1871. L'ordre nazi "SS" avait son propre calendrier ésotérique, de même que les francs-maçons avec leur fête principale : le jour de solstice d'été. L'une des dernières réformes du calendrier fut celle de l'ancien shah d'Iran Muhammad Rizah Pahlavi. En 1976, il ordonna de changer l'ère d'État et de compter les années non pas à partir de la date musulmane traditionnelle de l'Hégire (622), mais à partir de l'ère de la fondation de la dynastie des shahs achéménides (550 av. J.C.). Après deux ans de troubles, l'ère précédente fut rétablie et le shah fut bientôt contraint de fuir, abandonnant le trône. Tous ces exemples, qu'on pourrait encore citer, témoignent que le calendrier est toujours le gardien de la mémoire collective du peuple, de sa culture, l'organisateur de sa conscience collective. Le changement du calendrier est un réorientation de la conscience collective, un décalage du temps liturgique établi, une rupture avec l'ancienne culture.

Depuis l'époque du Concile de Nicée (325), l'Église chrétienne se servait, dans sa pratique liturgique, d'un système unique de calcul du temps, réunissant organiquement en lui-même le calendrier julien au comput pascal alexandrin. Ce système s'appelait en Occident "Le Grand Cercle" (Circulus Magnus); à Byzance, "La Grande Indiction" (c'est-à-dire "Le Grand Indicateur"); en Russie, "Le Cercle Cosmogonique". Les créateurs de ce mécanisme de régulation du temps sacré l'avaient fait tellement parfait et stable que, même après la séparation tragique des Églises de l'Occident catholique et de l'Orient orthodoxe (1054), il continua, pendant encore un demi-millénaire (jusqu'à la réforme grégorienne de 1582), à les relier par un dernier pont, celui du calendrier liturgique, jusqu'au moment où le pape Grégoire XIII le brûla, introduisant un "schisme du calendrier" irréversible dans l'Église chrétienne. Pourquoi Grégoire XIII avait-il besoin d'une réforme aussi radicale du calendrier ? Peut-être avait-elle un sens liturgique particulièrement important ? En effet, extérieurement, les motifs de la réforme portaient un caractère religieux. Le décalage progressif de la date de l'équinoxe vernal dans le calendrier julien faisait craindre que Pâques se déplaçât vers l'été et, 2000 ans après, perdît sa position printanière traditionnelle dans l'année. Au moment de la réforme grégorienne, les dates traditionnelles de Pâques s'étaient déplacées en direction de l'été de plus de 10 jours par rapport à l'époque du Concile de Nicée qui avait adopté le calendrier julien et le comput pascal alexandrin à des fins liturgiques. La réforme faisait revenir le date de l'équinoxe vernal à son ancienne position astronomique dans l'année. Mais, cherchant à corriger ce qui semblait une perturbation des canons astronomiques de la célébration de Pâques, Rome viola la règle liturgique principale de cette fête chrétienne centrale : la succession sacrale des événements historiques. Les réformateurs grégoriens violèrent le "saint des saints" de la vie ecclésiastique. L'essence de cette succession sacrale, selon l'Évangile, consistait dans le fait que le Christ fut crucifié à la veille de la Pâque juive (le 14 de Nisan) et ressuscita au lendemain de cette fête (le 16 de Nisan). C'est dans ces brefs intervalles de temps que se produisent les événements centraux de l'histoire néotestamentaire. Voilà déjà 2000 ans que cette succession est reproduite par le cycle liturgique. Les décisions apostoliques et les Règles du Concile d'Antioche, interdisant la coïncidence des deux Pâques, confirmés par les VIe et VIIe Conciles Îcuméniques, avaient reconnu l'intangibilité de cette succession historico-mystérieuse pour tous les temps. Après l'adoption de la réforme grégorienne, elle fut perturbée. Il suffit d'indiquer, par exemple, qu'en un siècle, depuis 1888 jusqu'en 1988, la Pâque catholique a été célébrée dix-neuf fois avant la Pâque juive et a coïncidé avec elle quatre fois.

L'absurdité mathématique du calendrier grégorien vaut aussi d'être mentionnée. Le rythme traditionnel du calendrier julien est bien connu : trois années simples et une quatrième bissextile (c'est-à-dire trois années composées de 365 jours et une quatrième, composée de 366 jours). Mais tout le monde ne sait pas que dans le calendrier grégorien, ce rythme est perturbé chaque siècle dont le nombre de centaines n'est pas multiple de quatre. Dans le calendrier julien, tous les siècles sont bissextiles; dans le calendrier grégorien, un siècle sur quatre est considéré comme bissextile. Ainsi, le calendrier grégorien introduit en fait la notion de "non bissextile" ou "siècle simple" par analogie avec la notion d'"année bissextile" dans le calendrier julien. Mais, si l'année bissextile crée un rythme, un siècle privé de bissexte le perturbe. Considérons maintenant dans ce plan le rythme du calendrier grégorien depuis sa fondation. Si l'on commence par l'année 1600, sur les années séculaires 1600, 1700, 1800, 1900, 2000, 2100, 2200, 2300 ... seules les années mises en gras correspondent à des siècles bissextiles. Or, dans le calendrier julien, tous les siècles mentionnés sont bissextiles. Par conséquent, le calcul grégorien, transformant trois siècles bissextiles sur quatre en siècles simples, raccourcit de trois jours chaque période de 400 ans du calendrier julien. Cela conduit au fait que la durée moyenne de l'année grégorienne est vraiment beaucoup plus proche de la valeur de l'année solaire tropique que la durée de l'année julienne. Mais, premièrement, il y a quand même une erreur qui s'accroît avec le temps. Et, deuxièmement ce qui est le plus important, cette précision abstraite est obtenue à un trop haut prix. C'est que, en raison de l'introduction de siècles privés de bissextes, les siècles grégoriens ne comportent plus un nombre égal de jours. Et, en effet, dans les siècles juliens, il y a toujours un nombre égal de jours grâce au rythme bissextile julien continu. (365, 365, 365, 366). Grâce à ce rythme, dans quatre années juliennes nous aurons 1461 jours et dans un siècle julien, 36525 jours.

Or, si maintenant, nous regardons les siècles grégoriens, nous verrons que dans le premier siècle après la réforme, c'est-à-dire au XVIIe s., il y avait 36525 jours comme dans les siècles juliens ordinaires. Cependant, aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles, il y avait déjà un jour de moins, c'est-à-dire 36524 jours dans chaque siècle : le XXIe siècle en aura de nouveau 36525, etc. A l'intérieur des siècles, c'est encore pire, puisque les intervalles de temps qui tombent à la fois sur le siècle bissextile et le siècle simple s'avèrent inégaux aux périodes de temps analogues entre des siècles non bissextiles voisins. Bien sûr le calendrier grégorien a aussi une période composée d'un nombre entier de jours, mais dans le calendrier julien, une telle période comporte 4 années ou 1461 jours, dans le calendrier grégorien, elle comporte 400 années ou 146097 jours. Tout système de calendrier se caractérise par un laps de temps composé d'un nombre entier de jours, après l'écoulement duquel on amortit une certaine erreur par rapport à la durée moyenne adoptée de l'année. De ce point de vue, les catholiques ont compliqué le calendrier en introduisant dans la chronologie mondiale une période de calendrier d'une durée aussi immense. En outre, la durée moyenne du siècle grégorien s'est avérée égale à un nombre fractionnaire de jours (36524, 25 jours), ce qui, déjà en soi, semble assez absurde du point de vue de la chronologie élémentaire.

Bien que la précision du calendrier grégorien par rapport à la valeur de l'année solaire tropique soit assez grande, elle donne quand même une erreur égale à une journée en 3280 ans. Cela signifie que, 3280 ans après la réforme grégorienne, la date de l'équinoxe vernal sera décalée dans ce calendrier d'une journée par rapport à sa véritable valeur astronomique et ne sera plus le 21, mais le 20 mars. Pour ce qui est de la lune, là, l'erreur est incommensurablement plus grande: presque comme dans le calendrier juif, environ tous les 210 ans, les pleines lunes pascales astronomiques des catholiques devanceront l'équinoxe d'un jour. Il est facile de s'imaginer que, 1000 ans après, les pleines lunes de la 14e lune, qui étaient considérées comme les premières après l'équinoxe, seront les deuxièmes, c'est-à-dire que la règle du Concile de Nicée sera de nouveau violée, même dans l'interprétation qui lui était donnée par la réforme grégorienne.

La vague d'impiété de la Renaissance, favorable à la réalisation de la réforme grégorienne, mit près de trois siècles et demi pour atteindre aussi l'Église orthodoxe. Le Patriarcat de Constantinople s'opposa résolument, pour la dernière fois, à la propagande catholique tout au début du XXe siècle lorsqu'en 1901, à l'initiative du fameux patriarche de Constantinople Joachim III, toutes les Églises orthodoxes autocéphales procédèrent à un échange d'opinions sur les questions générales de l'Église, y compris sur la question du calendrier. Dans leurs réponses officielles (1903), elles se prononcèrent toutes résolument contre l'acceptation du style grégorien, et, dans son acte final du 12 mai 1904, le patriarche Joachim déclara sans ambiguïté qu'il n'y avait aucune raison sérieuse, ni ecclésiastique, ni scientifique, pour réformer le calendrier julien.

Le Concile de l'Église russe de 1917-1918 à Moscou, déclara que l'ancien style devait être maintenu et préservé aussi bien pour le calcul des fêtes de l'Église que dans la pratique liturgique. Le mouvement appelé "église vivante", qui apparut à peu près au même moment, fit, malgré ces recommandations, une tentative d'introduire le calendrier grégorien qui était devenu le calendrier officiel civil de la Russie Soviétique depuis 1918. Cette tentative s'avéra vaine.

Le Patriarcat de Constantinople fut le premier à rompre l'unité de l'Église Orthodoxe en créant un "schisme de calendrier" dans le monde orthodoxe. Lors d'une assemblée, réunie en 1923 à Constantinople par le patriarche Mélétios IV (en l'absence de représentants des Églises orthodoxes de Russie, de Serbie, de Bulgarie et de Jérusalem), on proposa à l'Église d'adopter un calendrier corrigé. D'après ce calendrier, qu'on appelle parfois "néo-julien", on célèbre les fêtes fixes d'après le calendrier grégorien mais la date de Pâques doit être calculée d'après l'équinoxe astronomique et de la pleine lune pour le méridien de Jérusalem. Cette dernière condition s'est avérée irréalisable en pratique et le calendrier néo-julien représente en fait un hybride artificiel du calendrier grégorien et du comput pascal alexandrin. L'indignation de la population orthodoxe de Constantinople força Mélétios IV à se retirer. Cependant les catholiques et les modernistes pouvaient être contents: l'unité de l'Église Orthodoxe était enfin troublée par les questions de calendrier. Le calendrier néo-julien fut introduit, après avoir été corrigé, dans le Patriarcat de Constantinople ainsi que par les Églises de Grèce, de Chypre et de Roumanie. Les patriarcats orientaux (Alexandrie, Antioche et Jérusalem), ainsi que les monastères de l'Athos repoussèrent résolument ces innovations. Un schisme entre adeptes du nouveau style et adeptes de l'ancien style surgit au sein de l'Église de Grèce et des autres Églises qui avaient accepté le nouveau calendrier. De cruelles persécutions sévirent contre les adeptes de l'ancien style.

Presque un quart de siècle plus tard, en raison du caractère toujours plus actif du mouvement oecuménique après la Seconde guerre mondiale et du renforcement de la propagande des autres églises, l'Église Orthodoxe russe, une fois de plus, dut confirmer avec la plus grande clarté possible son attitude traditionnelle à l'égard du calendrier. Cela fut fait en juillet 1948 à Moscou, lors de l'Assemblée des représentants des Églises Orthodoxes autocéphales, consacrée au 500e anniversaire de l'autocéphalie de l'Église Orthodoxe russe. Mais nous aimerions invoquer plusieurs études sérieuses consacrées à la question du calendrier et publiées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle par d'éminents historiens, théologiens et astronomes russes tels que D. F. Goloubinski, E. A. Predtetchenski, V. V. Bolotov, I. I. Sokolov, D. A. Lébédev, N. N. Gloubokovski.

Leurs longues recherches fondamentales, minutieuses et objectives les conduisirent à la conclusion suivante qui, outre son importance scientifique, peut être résumée par ces paroles de feu le Métropolite de Saint-Pétersbourg Antoine (Vadkovski): "Dans son application pratique par l'Église, le calendrier julien est, dans tous les cas, une ancre sûre qui retient les orthodoxes du danger d'être engloutis par le monde de ceux qui professent une foi étrangère; c'est un drapeau sous lequel se rassemblent les enfants de l'Orthodoxie. L'autorisation donnée à certains des enfants de l'Orthodoxie de se séparer de nous dans leur pratique ecclésiastique pour suivre la pratique des porteurs d'une foi étrangère, malgré le semblant d'utilité que cela peut avoir si les dogmes ne sont pas violés, peut conduire à des conséquences indésirables ou même néfastes pour le bien de l'Église universelle et servir d'arme entre les mains de ses ennemis qui, sous le prétexte des soi-disant intérêts des peuples orthodoxes, s'arment depuis longtemps contre l'unité oecuménique".

Le mouvement oecuménique contemporain, qui aspire à trouver un langage commun à tous les niveaux de relations interconfessionnelles, le recherche aussi pour le calendrier qui est une source de l'union ou de la séparation des Églises. La question n'est pas de savoir si une telle "union de calendrier" est désirable mais sur quelle base elle peut être réalisée. Si l'on prend pour point de départ les trois calendriers ecclésiastiques réellement existants, on ne peut envisager que trois variantes:

1) le calendrier julien allié au comput pascal alexandrin,

2) le calendrier néo-julien allié au comput pascal alexandrin,

3) le calendrier grégorien avec le comput pascal grégorien.

Nous avons suffisamment parlé des aspects négatifs du calendrier grégorien, aussi bien sur le plan canonique que sur le plan astronomique. Pour ce qui est du calendrier néo-julien, il est d'une inconséquence évidente, car les fêtes fixes y sont célébrées d'après le calendrier grégorien, alors que Pâques, les fêtes mobiles et les semaines qui en dépendent sont instituées d'après le comput alexandrin. Si on adopte ce calendrier mixte, on violera immanquablement les règles de l'Église sur la célébration des fêtes et les carêmes, instaurées par le statut de l'Église appelé Typikon. "Le Typikon n'est autre chose que la voix de notre Mère l'Église. Si nous désirons rester fidèles et dévoués à la sainte Église et à ses normes orthodoxes, nous n'avons pas le droit de dédaigner cette voix, nous lui devons une obéissance éternelle et inconditionnelle." (Métropolite Séraphim Loukianov [+1959]. Actes de l'Assemblée des chefs et représentants des Églises orthodoxes autocéphales... vol. 2, Moscou, 1949, p. 311). Voilà pourquoi le calendrier néo-julien ne peut être considéré comme un calendrier indépendant, mais comme une variante du calendrier grégorien. Parlons maintenant des projets d'un nouveau calendrier ecclésiastique, qui ont pour objectif central la recherche d'une entente concernant la date de la célébration de Pâques. Au cours des travaux préparatoires au Concile des Églises orthodoxes, qui ont lieu depuis 1961, les deux projets suivants ont été avancés :

1) célébrer Pâques un jour fixe du calendrier grégorien;

2) célébrer Pâques conformément aux règles instaurées par le Concile de Nicée, mais d'après le calendrier grégorien, en donnant aux notions d'"équinoxe" et de "pleine lune" leur sens astronomique littéral.

Le premier de ces projets, qui ne tient absolument pas compte de la tradition de Nicée, ni de la Tradition de l'Église dans son ensemble, fut curieusement soutenu par l'Église catholique au concile de Vatican II en décembre 1963. Le second projet, soutenu par le Centre du Patriarcat de Constantinople, qui semble, à première vue, suivre les formes des décisions de Nicée sur la fête de Pâques, est substantiellement en contradiction avec elles. Pour sauver la "précision astronomique" prise à la lettre, ce qui ne pouvait pas être le souci des Pères du Concile de Nicée (leur but étant de créer un système organique pour le calcul de Pâques et non un mécanisme artificiel d'adaptation sporadique à l'astronomie), les auteurs du projet sont prêts à sacrifier le calendrier julien et le comput alexandrin qui constituent, dans leur union, la "Grande Indiction" des Byzantins ou le "Cercle cosmogonique"des Russes, un instrument d'une harmonie, d'une grâce et d'une simplicité inégalée. Autrement dit, le Patriarcat de Constantinople veut, vraisemblablement, faire appliquer définitivement la résolution adoptée par l'Assemblée de Constantinople de 1923, en l'absence de nombreuses Églises orthodoxes, sur le passage de l'Église de Constantinople au calendrier néo-julien, accompagné de la condition, non appliquée alors, de la définition astronomique de l'équinoxe et de la pleine lune pour le méridien de Jérusalem. Si le futur Concile des Églises orthodoxes acceptait cette décision, cela équivaudrait au passage des Églises orthodoxes à une des variantes du calendrier grégorien sous une forme modernisée; autrement dit, à une "union de calendrier". Les partisans de la réformation du calendrier ne peuvent rien avancer d'autre que les propositions inacceptables de l'Assemblée de Constantinople de 1923.

Pourquoi, cependant, les Églises chrétiennes doivent-elles s'unir sur la base du calendrier grégorien imparfait et de ses modifications, et non sur la base du calendrier julien et du comput pascal alexandrin qui fut leur ciment pendant un millénaire, depuis l'époque de Denys le Petit (VIe siècle), le fondateur de la chronologie chrétienne, jusqu'à la réforme grégorienne de 1582 ?

L'expérience chrétienne de près de deux millénaires est à pour confirmer la justesse des computations pascales d'Alexandrie. S'il est donné un jour aux Églises chrétiennes de s'unir, cette union, au niveau du calendrier ecclésiastique liturgique, doit s'appuyer sur un fondement solide, inébranlable. Seul le système liturgique sacral du Grand Cercle cosmogonique, cette oeuvre de génie, fruit du travail commun de nombreux serviteurs fidèles de la foi et de la science restés anonymes, peut en constituer le fondement.

A. N. Zélinski